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Avenir de la civilisation européenne
Au moment où les pays européens se disputent sur des sujets importants comme l'accueil des migrants et d'autres moins fondamentaux, je crois utile de prendre de la hauteur comme le fait cette chronique publiée dans Permanences, la revue de notre association sceurlchtus.
Jean Delaunay

Avenir de la civilisation européenne

Deux phénomènes se conjuguent dans la crise actuelle de l'Europe Le premier est la crise de sens de l'Union européenne. Celle-ci peine à agréger à un grand projet des peuples et nations européennes qui voient mal la finalité de ce grand projet. L'hypothèse selon laquelle ce grand projet serait rendu difficile principalement en raison des populismes ne tient plus vraiment. Les plus chauds partisans de l'Union européenne formulent aujourd'hui une critique de la construction européenne telle qu'elle se déroule notamment depuis le tournant des années 1990. qui sont celles de la marchandisation-financiarisation -globalisation.
Le second phénomène est la crise existentielle de l'Europe en tant que continent-civilisation. A cet égard, l'islam, qui a des ambitions pour le monde, sert de révélateur à ce vide de sens civilisation nel qui saisit l'homme européen. Et il y a une crainte : quelle civilisation dominera le monde demain ? Cette crainte ne concerne pas seulement l'islam, elle concerne aussi cette civilisation technique qui se profile, ce que l'on pourrait appeler la « civilisation google ». Cette perspective ne laisse-t-elle pas craindre une vision de l'homme, de la société, de la culture, qui pourrait être bien différente de celle qui a prévalu jusqu'ici en Occident ?
Il y a donc une question politique et une question civilisationnelle. Et il n'est pas impossible que les deux questions aient partie liée. Une constructiosn politique sérieuse est-elle possible à l'échelle d'un continent comme l'Europe sans une vison de civilisation ? Si nous voulons une véritable politique à l'échelle de l'Europe, il ne suffit pas de partager une certaine communauté de destin ou d'intérêts entre nations et peuples, il faut encore partager quelque chose qui ait quelque substance mystique.
L'idée revient aujourd'hui que le corps politique a besoin de se fonder sur une mystique, une métaphysique politique, et il a besoin d'un grand projet, d'une épopée. L'Union européenne, comme structure, comme système de droit, comme somme de traités où l'économie est première, peine à incarner une mystique et une épopée.
Dans une Europe sécularisée, la mystique commune qui nous est accessible est dans notre culture, dans notre histoire, dans ce que saint Augustin nomme « la communauté des objets aimés ». Partager des objets aimés, c'est partager des représentations, des affects, des symboliques.
Et dans cette Europe que l'on dit vieille et fatiguée, quelle autre épopée nous est accessible sinon celle de poursuivre une œuvre de civilisation qui porte un certain regard sur la personne humaine, reliée, enracinée ; et un certain regard universel qui embrasse tous les hommes comme équivalents en nature et en dignité ?
Cela implique, pour l'Europe, de sortir d'une certaine amnésie culturelle et de se ré enraciner dans ce qu'elle est et qui l'a forgé, une civilisation civique, une civilisation du droit, une civilisation de la personne qui s'est déployée, entre ruptures et continuités, avec la Grèce, Rome, le christianisme puis les temps modernes. Les pays européens, parmi lesquels malheureusement la France en tête, ont eu bien tort d'évacuer d'un revers de main la question des racines de l'Europe.
Ce sont ces racines qui nous disent qui nous sommes et quelle œuvre de civilisation, quel grand projet, nous pouvons porter.
Il est peut-être encore temps de se reprendre.
Guillaume de Prémare

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Permanences



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