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Le billet de la semaine
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Ethique et écologie humaine
Ethique et écologie humaine

Depuis des années, France-Valeurs s’inquiète de l’évolution de sujets comme la PMA, La GPA, le transhumanisme et donne la parole à des spécialistes comme Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita. C’est le cas aujourd’hui. Il répond à une interview.
Jean Delaunay


« L’année 2018, celle de la révision des lois bioéthiques, risque de provoquer dans notre pays de grands débats. Alors qu’un récent sondage montre que deux tiers des Français sont maintenant favorables à l’extension de la PMA pour toutes les femmes et compte tenu de la gravité des enjeux, Alliance Vita veut décrypter ces sujets pour nous informer et de nous mobiliser pour nous protéger.
Elle a deux objectifs principaux : l’aide aux personnes confrontées aux épreuves de la vie et la sensibilisation du public et des décideurs à la protection de la vie humaine.
Son réseau de volontaires agit dans plus de 130 sites en France et dans 12 autres pays

Sous le titre d’Université de la vie, elle organise ainsi un cycle de 4 soirées de formation les 15, 22, 29 janvier et 5 février 2018 à Toulouse. Ce cycle de formation décrypte les enjeux actuels de la bioéthique par rapport au respect de la vie et de la dignité humaine.
Depuis 13 ans, elle suscite ainsi une réflexion concrète, ancrée dans le quotidien. Elaborée et animée par les permanents d’Alliance VITA, l’Université de la vie s’appuie sur l’expérience des deux services d’écoute, SOS Bébé et Sos Fin de vie, ainsi que sur son expérience du contexte politique, législatif, scientifique, et l’analyse de cas médiatisés.
Depuis 2006, plus de 36 000 participants ont ainsi pu échanger avec près de 200 experts en bioéthique: médecins, scientifiques, philosophes… partager leur questionnement et leur expérience de la rencontre avec des personnes confrontées à la vulnérabilité.

• Votre université de la vie 2018 traite du rapport au temps ? Quel lien avec la bioéthique ?
TD. Notre relation au temps est en mutation du fait des progrès techniques. Le sentiment d'une accélération irrépressible, d'une perte de maîtrise, d'une frénésie croissante de nos modes de vie pose à chacun des questions cruciales. Est-ce ainsi que nous voulons vivre ? Est-il satisfaisant de ne pouvoir échapper à la dernière évolution technique mais aussi à son obsolescence programmée, à ce « tout, tout de suite » éphémère qui nous coupe du temps de la nature, de ses cycles et de sa patience ? Ce sujet intime est aussi bioéthique car les biotechnologies ont parfois rompu avec les lois du temps. Par exemple, la congélation d'embryons - auxquels on impose, alors qu'ils sont vivants, d'être figés dans leur évolution – induit déjà des confusions généalogiques inédites... Le post-humanisme promet d'affranchir l'homme de limites, qui, toutes, sont liées au temps, comme le vieillissement du corps et la mort. Le temps est assurément LE sujet de notre temps !

• Que souhaitez-vous apporter aux milliers de participants de cette cinquième édition ?
TD Notre priorité est d'aider chacun à se situer personnellement dans ce domaine. Nous avons tous à nous libérer pour mieux habiter le temps qui nous est donné, goûter le présent, prendre du recul et distinguer ce qui mérite d'être permanent des évolutions positives. Il serait ainsi absurde de poser un regard critique sur la façon dont est maltraitée la procréation humaine (à cause d'une rupture de l'unité temps-espace] sans réaliser que nous sommes aussi souvent victimes des mêmes syndromes compulsifs de frénésie consumériste.
Pour définir l'objet de notre formation, nous allions deux verbes : comprendre pour agir. L'un ne va pas sans l'autre.
Si les participants repartent avec des clés d'une transformation personnelle et de quoi aider la société à relever les défis bioéthiques, nous aurons réussi.

• Les questions éthiques que vous abordez, ne sont-elles pas condamnées à demeurer à la traîne des progrès scientifiques exponentiels que connaît notre monde ?
Il ne s'agit pas de condamner le progrès, notamment celui de la connaissance médicale et scientifique. Nous vivons dans un monde rempli de nouvelles opportunités. Mais il faut faire le tri. L'homme est devenu si puissant qu'il doit absolument acquérir davantage de sagesse, et d'humilité. La toute-puissance est toujours autodestructrice. Nous avons assez de recul pour savoir que « faisable » n’est pas synonyme de bien. La célèbre maxime de Rabelais trouve une actualité renouvelée: «science sans conscience n'est que ruine » …de l'humanité!

• Le gouvernement a annoncé pour 2018 les états généraux de la bioéthique. Alors ?
Ce sujet en particulier, et nos universités de la vie en général, veulent échapper aux déterminations excessivement politiques ou conjoncturelles. D'autant plus que notre univer¬sité de la vie possède un ancrage international croissant... Mais il est vrai que cette année nous offre en France une opportunité. Alliance VITA inaugure ainsi cette année bioéthique hexagonale en proposant aux participants de prendre de la hauteur sur les enjeux législatifs pour les appréhender de façon globale et réfléchie, sans se limiter aux débats « chauds » (PMA, fin de vie), que poussent certains groupes d'intérêts.

•Quel impact en attendez-vous sur la façon dont les citoyens s'approprient ces questions ?
Le grand risque des débats « biotechniques » sur des sujets de plus en plus complexes, serait que les citoyens en soient tenus à l'écart. Certains « spécialistes » affirment même que le grand public ne peut rien y comprendre. Ce n'est pas notre avis. Une éthique sans citoyens est vite livrée à un microcosme que les conflits d'intérêts vouent à la partialité. Les politiques ne doivent pas se défausser de la « biopolitique » sur une caste d’experts dont chacun est juge et partie. Leur bioéthique relève trop souvent de l'art de compliquer les choses simples pour dissimuler la gravité des atteintes à l'écologie de l'homme. Par ses alertes et ses interventions médiatiques, Alliance VITA a pu montrer que nous sommes tous concernés.

« Nous voulons rendre accessibles les sujets qui concernent l'avenir de l'humanité et encourager les citoyens à s'impliquer dans ces débats une manière de servir la démocratie. »
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D’après un article paru dans France Catholique le 12 janvier 2018

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