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Le billet de la semaine
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Conservateurs, soyez fiers !
En 1984, venant de démissionner de mon poste de CEMAT, préparant la sortie de mon livre : « La Foudre et le Cancer » et la création « France-Valeurs », je faisais beaucoup de conférences. Un jour, j’ai eu la surprise de recevoir d’un groupe de parlementaires américains se disant conservateurs une invitation à parler de mes idées à la Chambre des Représentants de Washington. 33 ans après, je viens de retrouver dans un article récent beaucoup de mes arguments de l’époque. Faute de retrouver mon texte, je juge utile de vous faire bénéficier de celui-ci que je trouve excellent.
Jean Delaunay
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Conservateurs, soyez fiers !

Vous chérissez la France et vous voulez préserver et transmettre ce qu'elle a de meilleur. Vous vous savez débiteurs d'un héritage qui vous dépasse et vous crée des obligations. Vous aimez l'ordre, la paix, pouvoir admirer les cathédrales, lire Ronsard, La Fontaine, Victor Hugo, Péguy... Bref, vous êtes un conservateur !
Relevez la tête, arrêtez de raser les murs et n'ayez aucune honte : vous avez bien raison d'être conservateur, et vous devez même persévérer ! C'est le message franc et direct que Guillaume Perrault nous livre.
Et pour cela, il s'appuie, dans une première partie, sur l'histoire de l'époque moderne : à travers cinq exemples que sont la violence révolutionnaire de 1789, l'affaire Dreyfus, le Front populaire, la Résistance et les colonisations, il nous montre combien on nous a menti dans les récits officiels.
Toutes les occasions ont été saisies de monter en épingle les torts qu'auraient eus (ou qu'ont eus) les tenants de ce qu'on appelle la droite, de même qu'ont été soigneusement ignorés ou carrément mis à charge tout ce qui fut à leur crédit pour le bien et l'honneur de la France.
Inversement, le rôle des «progressistes» a été systématiquement réécrit, en dépit des faits connus et rappelés, pour en faire les héros des avancées politiques, sociales et économiques jusqu'à nos jours.
Ses démonstrations sont soigneusement documentées et argumentées. On réalise combien certains travers français, qui participent à ce maquillage des simples faits, traversent les siècles sans prendre une ride.

DÉCOMPLEXER LA PARTIE CONSERVATRICE DE LA FRANCE
De par ces constats sur le passé, Guillaume Perrault veut décomplexer la partie conservatrice de la France et lui donner le goût de se dresser pour relever les défis actuels du pays.
Et pour cela, il part de la conviction que le peuple, d'une manière générale, est conservateur. Citant Edmund Rurke, historien anglais de la Révolution française, Montaigne, Tocqueville ou Chateaubriand, il conclut ; «Spontanément conservateur, l'homme de la rue regrette l'amputation du passé, l'accélération frénétique du temps, le poids oppressant d'un audiovisuel sans mémoire, le prêchi-prêcha moralisateur qui veut lui faire honte de ses chagrins ... L'idéologie du progrès conserve son emprise sur la vie publique et empêche toute franchise».
Or, la France, pour reprendre un de ses titres, «n'est pas une pâte à modeler». Elle n'est pas transformable au gré des désirs fous de ceux qui la gouvernent, ni soluble dans un grand tout mondialiste.
À l'inverse d'un Condorcet affirmant, de manière très moderne, à l'Assemblée législative : «Le peuple m'a envoyé pour exposer mes idées, non les siennes», les Français souffrent de ne plus pouvoir s'exprimer à travers leurs représentants. Ils rejettent les frénésies de changements qui caractérisent les progressistes.

RÉTABLIR LE PRINCIPE D'AUTORITÉ
Ils souffrent aussi de l'instabilité et de l'insécurité qui en résultent ; ils sont pour l'ordre, indispensable au véritable progrès. Et donc, ils devraient se trouver du côté des représentants, des gardiens de l'ordre public. Le climat actuel ne les y incite guère, résultat de la décomposition «organisée» de notre société ; et pourtant, il est urgent que soit rétabli le principe d'autorité, comme nécessaire équilibre de celui des droits individuels.
Un principe d'autorité qui fait singulièrement défaut face au communautarisme montant, fruit amer du manque d'assimilation des populations issues de l'immigration.
«Une nouvelle étape est franchie en 2013. Le rapport remis au Premier ministre de l'époque recommande d'abandonner l'intégration [on ne parle même plus d'assimilation] au profit d'une «inclusion» qui œuvre pour l'accès du citoyen aux infrastructures et aux services sociaux, culturels et économiques, de même qu'au pouvoir». Vous avez bien lu : « de même qu'au pouvoir» ! «Vos concitoyens éprouvent ainsi un sentiment de dépossession démocratique aussi bien que culturelle». Sur ce sujet, comme sur bien d'autres, il est urgent de rejeter la culpabilisation des Français, et de ne pas leur imposer une fausse compassion.
Pour une fois, on dira avec Jean-Jacques Rousseau : «Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins ».
Et puis bien sûr l'école, lieu qui devrait être celui de la transmission et donc de l'assimilation ; tout a été dit, ou presque, sur sa faillite et son renoncement à transmettre.
Guillaume Perrault nous rappelle que «rien de grand ne se fait sans admiration», sans l'amour de notre langue et de notre histoire Mais quel chantier ! Et c'est, par excellence, celui des conservateurs.
L'auteur note combien la gauche progressiste consacre d'énergie à transformer la société, obsédée qu'elle est par tous les sujets liés aux minorités «le féminisme exacerbé et égalitaire, la galaxie LGBT, les communautés issues de l'immigration … » et mise sur ces causes des ressources considérables qu'elle refuse aux forces réelles de la société, comme les PME et les travailleurs indépendants (professions libérales) qui sont systématiquement brocardés ou, au mieux, oubliés.
Enfin, dans un dernier chapitre court mais excellent, Guillaume Perrault nous montre que si le capitalisme et le libéralisme ont pu, dans leurs versions débridées, filles des Lumières et très opposées aux thèses conservatrices, participer ou même être à l'origine des nombreuses destructions et maux dont souffre la société (familles, corps intermédiaires, nation), un libéralisme «discipliné», au service d'une politique (et non l'inverse !), est nécessaire et la condition de l'épanouissement des initiatives et de la liberté d'entreprendre. «Le terme de libéralisme désigne ainsi désormais des réalités si différentes qu'il faudrait trouver un nouveau mot pour dissiper tout malentendu».
«La pensée libérale classique exige que la politique ne se laisse pas dominer par les forces aveugles. L'économie et le droit doivent demeurer au service de fins sociales, sous peine de voir la nation courir le risque de se disloquer. Un libéralisme économique pondéré ne trouvera une légitimité qu'inséré dans une vision du bien commun de la France qui le dépasse et le discipline».

Un livre bien écrit, bien documenté, qui nous donne de bonnes raisons d'avancer sans complexes !
Emmanuel Engelmann

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Conservateurs, soyez fiers !
Par Guillaume Perrault, grand reporter au Figaro.
Ed. Pion, coll. Tribune libre
248 p. 15 €

Paru dans Permanences
La revue d’ICHTUS Avril 2017
49 rue des Renaudes Paris XVII°

"La Foudre et le Cancer"