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Chronique de Jean-Marie Le Mené
Au moment où, au nom du « droit à l’enfant », certains réclament la possibilité d’utiliser la procréation médicale assistée (PMA), en faveur de femmes célibataires et lesbiennes ; au moment où, au nom de l’intérêt de la société, laquelle a le devoir d’aider les personnes handicapées à vivre, un représentant de l’ONU insiste sur la nécessité d’éliminer les bébés handicapés dans le ventre de leurs mère car ce ne sont, dit-il, que des fœtus qui ne deviendront humains qu’à leur naissance… il est réconfortant pour nous de lire l’avis opposé, émanant d’une voix autorisée.
Quant à moi, je témoigne que plusieurs parents d’un enfant trisomique (relativement peu atteint) me disent que celui-ci est source de bonheur dans leur famille.

Jean Delaunay

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Chronique de Jean-Marie Le Mené
Président de la fondation Jérôme Lejeune


L'explication du monde par la technique seule manque parfois de souffle. On rêve de respirer aussi avec le poumon des arts et des lettres qui complète ce que nous apporte le poumon scientifique. Ainsi pourrait-on soutenir que les trisomiques sont des aborigènes. Loin de moi l'idée de revenir à ['appellation initiale de mongoliens. Il ne s'agit pas de les comparer à une peuplade hâtivement jugée primitive mais de reconnaître qu'ils sont parmi nous depuis l'aube des siècles. Etymologiquement, le mot latin aborigenes désigne en effet ceux qui sont présents dès les origines. Les trisomiques ne sont pas des primitifs, ils sont des « premiers ». C'est l'histoire de l'art qui nous le montre le mieux. Les visages de certaines statues précolombiennes – plusieurs centaines d'années avant JC -portent nettement les marques caractéristiques de la trisomie. Mais surtout des tableaux de peintres flamands et italiens des XVème², XVIème et XVIIême siècles représentent de nombreuses Adoration de l'enfant Jésus, Vierge à l'enfant, Adoration des bergers comportant la présence d'un visage trisomique. La trisomie est portée tantôt par un ange, un berger ou par l'enfant Jésus lui-même.
Quel que soit le degré d'intentionnalité des artistes, l'effet est réussi. Les trisomiques ne sont pas en arrière-plan dans l'histoire du monde, ils sont aux premières loges, voire dans des rôles de Jeunes « premiers »
. J'irai même plus loin, les trisomiques sont des figures archaïques de l'humanité. Là encore, faisons un détour par les langues anciennes. L'adjectif archaïque, en grec, vient de arkhè qui désigne à la fois ce qui commence et ce qui commande. Ce qui n'a pas de précédent, par définition, est en tête. L'archaïsme n'est pas ce qui est révolu mais ce qui est refoulé, qui demeure et ne peut que revenir. Depuis la nuit des temps, avec génie ou sagesse, des artistes ont choisi de représenter l'humanité, dans des scènes très symboliques, sous les traits de la personne trisomique. (Il y a peu de temps, en revanche, que la modernité a fait de la trisomie un repoussoir et une source d'enrichissement pour des laboratoires exterminateurs,) c'est-à-dire a refoulé des icônes de ce que nous sommes. Mais ce qui est le plus ancien est aussi ce qui est le plus résistant.

La superficialité fait long feu et le substrat profond remonte à la surface. Les trisomiques sont les premiers, ils sont en avance et ils sont les chefs. Ce sont eux qui jugent si nous restons encore humains. Sur une ligne de crête, ils dominent, d'un côté, ceux qui déshumanisent avec violence et, de l'autre, ceux qui transhumanisent avec cupidité. Traités de bouches inutiles aux jours les plus sombres, les trisomiques sont les plus utiles de nos contemporains et les sourires les plus lumineux de notre humanité.
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