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Harcèlement sexuel et Pornographie (suite du dernier billet)
Harcèlement sexuel et Pornographie (suite du dernier billet)

S’agissant du livre « Les parfums du château » que je citais à la fin de mon dernier billet, je l’ai lu à regret. C’est un gentil roman qui évoque d’assez loin l’horreur et l’étendue du péril que je dénonce. Il met en scène à Versailles une vraie jeune fille qui rencontre un vilain garçon, chef d’un groupe de rap, objet d’une addiction, entre autres, à la pornographie.
Le charme de Clotilde, sa pureté, son talent musical classique jouent autant que ses arguments sur le mal qu’il se fait et qu’il propage : elle réussit à convertir le rappeur.
L’idée générale est que nous pouvons et devons tous essayer de jouer ce rôle.
C’est d’abord une question de courage moral.
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Qu’on se rassure, je ne vais pas continuer longtemps sur ce thème pénible mais mon précédent billet étant très général, je me permets de le compléter ici par un article paru récemment dans le Figaro.
Il met, lui, les points sur les i, à commencer par son titre. Il est écrit par une jeune sexologue qui emploie d’autres arguments et d’autres mots que moi et qui, pourtant, aboutit à la même conclusion. Si l’on veut lutter contre le harcèlement, il faut commencer par agir contre la pornographie et l'hyper sexualisation de la jeunesse. »
Jean Delaunay
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« Génération porno » : la fabrique du porc
Par Thérèse Margot*

Les porcs que l'on balance, ce sont nos maris, nos frères, nos fils, nos oncles, nos grands-pères, nos amis, nos collègues, nos professeurs, nos religieux, nos employeurs.
Exit le grand méchant loup ! Le porc est parmi nous. Un flot incessant de témoignages déferle sur la Toile. On a attendu l'aval des célébrités pour enfin dire, enfin dénoncer. Moi aussi, moi aussi. Oui, comme ces femmes adulées mondialement pour leur corps de rêve, objet de tous les fantasmes, moi aussi. Face à la perversité, nous sommes à égalité. Et c'est un soulagement. « Ah bon, je ne suis pas seule ? »
Pourtant, dans le secret de mon cabinet, c'est plusieurs fois par jour qu'elles me confient l'agression, le harcèlement, l'attouchement, le viol subi. J'ai fini par douter qu'il puisse exister une femme au monde qui n'ait jamais perçu dangereusement son corps féminin.
J'ai fini par douter aussi qu'il puisse exister un homme sur terre qui n'ait jamais été « ce porc », en pensée ou en acte. Comment pourrait-il en être autrement ? N'est-ce pas ce qui nous est demandé à nous, les femmes, que d'être objets de jouissance? N'est-ce pas ce qui est demandé à vous, les hommes que d'être consommateurs de ces objets ? Et ne dit-on pas qu'il faut « jouir sans entraves» ? Je suis née en 1984 et pardonnez-moi si je n'ai pas bien compris la leçon. Je veux dire la leçon de morale à laquelle on assiste depuis quelques semaines. Pourquoi s'offusquer tout d'un coup ? Déshumaniser femmes et hommes, faire des premières des appâts et des seconds des porcs à qui on peut faire avaler n'importe quoi en les maintenant au stade pulsionnel de leur développement pour favoriser l'achat compulsif, c'était l'objectif, non ? Sinon comment voulez-vous que la société de consommation puisse fonctionner ?
La fabrique à pouf et à porc commence très tôt. Il s'agit, non pas d'une « culture », comme le disent les féministes, mais au contraire d'un principe d'acculturation. Là où la différence des sexes était apprivoisée par la civilité, elle est aujourd'hui caricaturée dans l'univers marchand.
Pendant que des pseudo-féministes s'acharnent à faire disparaître les Blanche- Neige et Belle aux bois dormant des bibliothèques des enfants par peur, pensez donc, que les petites filles veuillent épouser des preux chevaliers, on bombarde ces jeunes esprits à coup d'images publicitaires mêlant femme et objets à vendre, on pose pour modèle féminin les starlettes en « a » au corps ultra sexualisé, touchantes et désespérantes à la fois.
Réussir, quand on est une fille, c'est réussir à provoquer le désir. Au même moment, des millions d'heures de vidéos pornographiques sont consommées par des adolescents à peine pubères, que dis-je, des enfants laissant libre cours à des pulsions sexuelles qui, pourtant, demandent à être éduquées pour vivre en société.
On y représente des morceaux de corps qui s'emboîtent et se désemboîtent à la faveur des fantasmes mis en scène pour exciter toujours plus l'individu qui les regarde tout en se masturbant et le faire revenir, encore et encore, habituant ainsi et le plus tôt possible et durablement à « consommer du sexe ».
La sexualité pulsionnelle, récréative, génitale, mécanique et technique est exaltée. Dans la rue, sur les écrans, au travail: sollicités à outrance, les hommes sont tout autant victimes de cette hyper sexualisation de la société. Et personne ne semble s'émouvoir que cela puisse produire, et de façon massive, harceleurs, agresseurs, abuseurs, violeurs, c'est-à-dire des individus enchaînés dans un rapport compulsif au sexe, à l'autre sexe.

En France, mon inquiétude face au devenir de la « génération porno » me vaut le doux titre de puritaine par Les Inrocks, le même journal qui affiche à la Une un homme qui a battu à mort sa femme. Mais puisqu'il fait vendre, où est le problème ? Le profit. Voilà à quoi concourt tout le système dans lequel libéralisme sexuel et libéralisme économique marchent main dans la main : pousser à la consommation en faisant de nous des enfants capricieux qui maximisent leur plaisir à coup de « C'est quand je veux, si je veux, comme je veux ».

Par vengeance ou par revanche, nommer « porcs » des hommes qui ne respectent pas la dignité des femmes, revient à les déshumaniser à notre tour et entretenir de ce fait un rapport de domination. La condescendance des femmes à l'égard des hommes « Ils ont des besoins sexuels, eux » et « Ils ne savent pas se maîtriser, eux » est une forme de violence à l’encontre de ceux qui auraient préféré être nos preux chevaliers, eux.
La délation sur les réseaux sociaux est basse, elle introduit de la suspicion. Entre la vierge et la putain, entre le gentil garçon et le macho, qui sait aujourd’hui sur quel pied danser ?
Si l’on ne comprend pas que les hommes sont aussi victimes de ce système tout en condamnant sévèrement les actes, la dénonciation est non seulement vaine mais intensifie la guerre des sexes.
Trêve d'hypocrisie. Ne nous trompons pas de cible. Pour éviter d'avoir à instaurer une police des mœurs dans le monde adulte, la première des priorités est de protéger la jeunesse des ravages de la pornographie et de l'hyper sexualisation.
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*Auteur d'Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), Éditions Albin Michel, 2016.

Paru dans le Figaro du 28 octobre 2017