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Le billet de la semaine
Retour
Retour à la terre ?
     Retour à la terre ?

    Lors des récentes élections, l’on a évoqué beaucoup de sujets (dont certains mineurs à mes yeux) mais l’on en a omis d’autres que je juge importants, à commencer par la ruralité (dont seul s’est, je crois, inquiété, le candidat Mariton.)

    Pourtant, ne s’agit-il pas d’un problème sérieux ? Dans ma jeunesse, 75 % des français vivaient à la campagne et seulement 25 % en ville. Aujourd’hui, où la proportion, inversée, ne cesse d’augmenter, l’essentiel des préoccupations des gouvernants donc des dépenses publiques concerne les villes pour lesquelles il n’y a rien de trop beau, y compris les voies de circulation interurbaines… Est-ce juste ?

    Du coup, en dehors de zones privilégiées comme le golfe du Morbihan ou la côte d’Azur, (aux maisons souvent vides 2/3 de l’année), l’essentiel du territoire devient un quasi-désert. Loin des autoroutes, l’on ne traverse guère que des villages abandonnés avec des milliers de « maisons à vendre » et l’on n’aperçoit dans la campagne que, de loin en loin, un énorme tracteur dans un champ immense d’où l’on a fait disparaitre les haies… donc les oiseaux…)
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    Ceci-étant, reviennent en moi les souvenirs d’un autre temps dans un autre monde. J’ai en effet dès le berceau été imbibé de références campagnardes par mon père, né paysan devenu citadin et resté amoureux de la nature. Pendant l’affreuse Occupation, je passais l’été dans une ferme où, au saut du lit, j’avais à changer la litière d’une dizaine de percherons… avant le petit déjeuner et bien d’autres labeurs. Le concours de St Cyr passé, je devins chef d’équipe aux Chantiers de Jeunesse. J’abattais des arbres en Belledonne avec une douzaine d’appelés après avoir marché une heure en montagne avec nos scies et nos haches pour rejoindre la coupe. C’est là que j’ai découvert la responsabilité : à l’époque, celle de faire exécuter à 20 ans un travail pénible et dangereux par des camarades dont je partageais la vie spartiate, 24 heures sur 24. (Plus méritoire que de commander une armée !)

    De tout cela, j’ai gardé 1/ du respect et de l’admiration pour les « petits chefs », 2/ l’amour de la nature 3/ et un certain droit de parler tout cela autant que certains écolos…

    Mais les temps ont changé, les outils mécaniques réduisent la peine des hommes. La vie à la campagne reste sévère car dépendante de la météo mais elle garde ses avantages, notamment sur le plan du rythme. Alors que nos corps et nos cerveaux souffrent si souvent en ville, je cherche pourquoi nos responsables favorisent autant l’urbanisation et pourquoi ils n’incitent pas des volontaires à vivre à la campagne en réduisant d’autant sa désertification.

    Je sais que l’urbanisation est un phénomène mondial. Je sais que les paysans s’en vont car l’agriculture est trop dure et rapporte trop peu et que beaucoup de femmes n’en veulent plus. Quant aux retraités, ils souffrent de l’éloignement des commerces et des soins médicaux. Pourtant, l’automobile, l’électrification, la TV et internet ont changé la donne. Je connais des écrivains, des chercheurs, des informaticiens, des professeurs qui travaillent à la campagne, sans parler de nombreux retraités en bonne santé qui ont choisi d’y vivre. Par opposition, la vie est si stressante pour certains habitants des grandes villes, du fait notamment des déplacements, que beaucoup songent à changer d’état. Le retour à la terre, ne serait-ce pas une cause nationale ?

    En plus, nous sommes en pleine montée de l’écologie. Il y a certes à boire et à manger dans ce mouvement mais certains de ses aspects recouvrent ma propre préoccupation : permettre aux hommes de vivre mieux en contact accru avec la nature, à respecter et à protéger davantage.
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    Loin de moi la prétention de développer ici un immense domaine qui vient en plus d’être confié, au niveau gouvernemental, à un expert mondialement connu. Je veux au moins, à notre modeste niveau, effleurer le sujet par le biais de la formation des hommes au contact de la nature et par le travail au profit de la nature. L’un de nos amis développera le sujet dans notre prochain billet auquel je vous conseille de prêter une attention particulière.
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    En attendant, je vous rappelle une réalisation humaine d’un ordre voisin qui a déjà été expérimentée pendant plusieurs années à l’échelon national et qui pourrait être utilement reprise. Il s’agit de JET.

    Dans les années 1980, le ministre de la Justice, déjà désireux d’éviter la prison (criminogène) à certains jeunes délinquants, demanda à celui de la Défense de lui prêter un officier général pour l’aider à résoudre ce problème. Il s’agissait de concevoir et de diriger une organisation nouvelle pour sanctionner et réhabiliter au cours de stages adaptés (sous encadrement militaire) des jeunes détenus primo délinquants. Mon ami, l’Amiral Brac de la Perrière, fût cet homme et conçut « Jeunes en équipes de travail » (JET) sur les bases suivantes.
     Jeunes volontaires immergés pendant 3 mois sans visites ni permissions dans des camps de travail en forêt. Encadrés de près, 24 X 24, par des officiers et sous-officiers des 3 armées désignés et assujettis à rester, eux aussi, au camp en permanence pendant 3 mois. Emploi du temps strict et tonique : ni Dachau (pas de barbelés) ni Disneyland... Tenue, hygiène et discipline militaires : salut quotidien aux couleurs, lit au carré… Travail en forêt 5 jours par semaine. Samedi et dimanche, entretien du casernement, auto-école (objectif : permis de conduire pour tous !), initiation à la recherche d’un travail, sports + éducation morale =
(Donc, rien à voir avec la vie en prison où les jeunes sont livrés à eux-mêmes (à 3 minimum dans une cellule pour 2), avec 2 h de « promenade » dans une cour, le tout sans obligation de travail… Les surveillants, débordés, n’ont aucune responsabilité de formation et le personnel socio- éducatif, souvent féminin, est plein de bonne volonté mais dépassé par sa tâche immense…)
Pour des raisons de sécurité, le travail en forêt (par tous les temps) relevait plutôt du nettoyage des parcelles, de la création de pistes… que du bûcheronnage.
Résultats. Selon l’autorité responsable : 1/3 d’échecs (dont certains effrayés à l’idée de subir ce que certains mauvais conseillers leurs présentaient comme un bagne (sic) et demandant d’emblée à retourner devant la TV en prison (plus cool !). 1/3 d’incertitude positive et 1/3 de francs succès, ce qui est déjà admirable dans ce contexte.
(La qualité de l’encadrement est le facteur déterminant face à des jeunes qui ne s’étaient jamais trouvés plongés dans un tel moule)
    J’ai été à l’époque suivre des équipes en forêt et j’ai noté le dévouement admirable des sous-officiers face à de pauvres jeunes non éduqués, plutôt que mauvais garçons, mais menacés aussi de récidive. (Interrogés par moi, ces cadres expérimentés n’étaient pas ravis au départ d’avoir été désignés pour tenir ce rôle, mais ils convenaient à la fin que c’était une expérience intéressante.)
JET a fait fonctionner 3 ou 4 camps pendant plusieurs années mais a cessé d’exister sur demande des Armées lors de la suppression de la conscription.
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    Le prochain billet traitera d’une autre initiative, actuelle celle-là, « IRVIN »..
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