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Le vote orphelin

     A propos du billet du 10 mai.

Autrefois collaborateur à Famille Chrétienne dans l’équipe de Marie-Joëlle Guillaume, journaliste et historienne de renom, je suis vite devenu son admirateur. Elle m’honore de son amitié et il m'arrive souvent de reprendre comme billet de France-Valeurs l’un de ses textes que j’aurais aimé avoir écrit.

Cela vient d’être (malheureusement)le cas pour notre billet du 10 mai publié sous sa signature alors que je l’avais modifié sans lui demander son accord. Par un étrange souci de précaution (assez hypocrite) en cette période de campagne électorale, j’avais supprimé les noms propres qui donnaient tout son sens à l’article, d’abord dans le titre (le vrai titre de l’auteur étant : « Macron-Bayrou, l’alliance qui déracine »), puis à l’intérieur du texte. Ainsi Macron était-il devenu sous ma plume « le favori des sondages », et le nom de Bayrou avait-il tout simplement disparu. Il est vrai que les attaches paysannes et universitaires de ce dernier, soulignées par Marie-Joëlle Guillaume, n’avaient pas disparu du texte modifié et que le lecteur pouvait donc encore l’identifier, mais ce n’est pas une raison.

C'’était là de ma part une incorrection notoire vis à vis de l’auteur qui me l’a gentiment fait remarquer.

Elle ajoute: « il est vrai que l'article, à la fois expurgé de ses noms propres et présenté à une date où le candidat est devenu président, fait un effet bizarre. Comme c'est un article auquel je tiens et qu'à l'époque beaucoup de gens m'avaient dit que cela les avait éclairés, j'ai réagi un peu vivement. Ne m'en veuillez pas. »

Je me fais un devoir d’exposer ici la vérité. Je renouvelle à Madame Guillaume l'expression de ma grande confusion et je lui demande d’accepter mes excuses. Mon manquement caractérisé aux usages m’incitera dorénavant à une prudence accrue.

En signe du pardon que je sollicite, Je demande à mon amie de m'autoriser à publier son dernier article.
Jean Delaunay

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Parlons clair
Par Marie-Joëlle Guillaume
Journaliste et écrivain.

Le vote orphelin

Il faut remonter à l'élection présidentielle de 1969, oppo¬sant au second tour deux candidats de centre droit, pour trouver une abstention plus forte (31,15 %) que celle du 7 mai (25,8%). De surcroît, alors que l'abstention de 1969 tenait à l'ab¬sence d'enjeu politique, celle de 2017 a été explicitement recom¬mandée par certains comme signe d'un refus des deux candidats. Les chiffres sont encore plus significatifs si l'on passe aux votes blancs (plus de 6 % des votants) et nuls (plus de 2%). Près de 9 % des votants, soit plus de 4 millions d'électeurs, se sont déplacés pour dire leur refus de choisir. Ils apparaissent comme les témoins de moralité d'une campagne qui fut en porte-à-faux de bout en bout.
Mise à mort orchestrée de la candidature victorieuse de Fillon ; promotion orchestrée du candidat Macron par l'ensemble des médias et des personnalités d'influence avant le premier tour ; pressions inouïes, avant le second tour, pour contraindre au vote Macron ceux qui, en conscience, pouvaient avoir de légitimes refus.

Aucune confrontation raisonnée
En exerçant leur liberté de dire non aux menaces pour ne pas saborder leur attachement àl'essentiel, les électeurs du vote blanc et nul ont clarifié les choses. Ils ont témoigné que la France sortait du second tour orphelined'un vrai combat d'idées : la réa¬nimation d'une mobilisation anti¬fasciste hors de saison a tué dans l'œuf la confrontation raisonnée. Orpheline aussi d'un choix digne : la prestation dégra¬dante de Marine Le Pen le 3 mai a mis à mal une vision de la France qui valait mieux que ce qu'elle en a fait. Cela dit, le vote blanc, pour être courageux, n'en est pas moins lui aussi orphelin, puisqu'il ne compte pas dans les suffrages exprimés. Toutes les victoires l'oublient.
« L'autre France » meurtrie
Celui-là ne doit pas être oublié. D'abord, c'est grâce à lui que le « vote-Macron-qui-ne-vaut-pas-adhésion » gagne par ricochet une crédibilité. Ensuite, si le pré¬sident de la République élu tient de nos institutions une légitimité incontestable, les élections légis¬latives ont la leur.
Or, les fractures et les fidé¬lités de la France demeurent. L'élection d'Emmanuel Macron laisse meurtrie «l'autre France», celle que bafoue socialement, culturellement et moralement le libéralisme absolu. Les idées, dans cette campagne présiden¬tielle, ont été souvent trahies par des insuffisances personnelles. D'autres personnes, rayonnantes et convaincues, ont vocation à les porter lors des législatives. Avec, en récompense, notre suf¬frage... exprimé.

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Paru dans Famille Chrétienne du 13 mai 2017