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Le billet de la semaine
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Un Texan qui aime la France !

     Un Texan qui aime la France !
Par Jean Delaunay

Comme presque toute ma génération d'officiers, j'ai gardé un grand attachement pour les Vietnamiens. Peut -être plus encore que d'autres, parce qu’un petit soldat vietnamien m’a, un jour, sauvé la vie, au prix de la sienne.
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C’est pourquoi j’avais été particulièrement heureux en 1979 de voir un jeune garçon vietnamien arriver dans une famille amie. C’était l’un des 120 000 boat-people, en majorité chrétiens, qui, craignant la persécution communiste, avaient fui leur pays pour la France. Nos amis, déjà parents de 5 enfants, avaient recueilli Tien et l'élevaient comme leur fils.
Au fil des ans, j’admirais les progrès de ce jeune qui promettait déjà beaucoup.

(Je l’avais invité un jour à la maison pour lui narrer l’implication de ma famille en ex Indochine : sans parler de moi, un oncle tué en 1940, un cousin tué en 1945, un autre déporté par les Japonais en 1942 et son frère, planteur d’hévéas depuis 30 ans, tombé en 1970 aux mains des rouges et délivré in extremis par un détachement héliporté américain.)

Quand il a eu 18 ans, son bac en poche, Tien a choisi d’aller retrouver sa vraie famille aux États-Unis. (Ce sont ses parents nourriciers qui l’avaient aidé à la retrouver…)
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Il vient de revenir en France pour la 1° fois pour les voir et j’ai été hier le témoin ému de leurs retrouvailles. J'ai admiré que ce vietnamien devenu américain soit resté si français de cœur.
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D’abord, par miracle, après bien des vicissitudes, sa famille a réussi à se rassembler au complet au Texas. Ses parents, d'origine modeste, avaient 10 enfants. A l’arrivée des communistes à Saïgon, son père a été emprisonné. Il a totalisé 16 années dans divers camps, notamment en URSS*. Sa mère a réussi à faire sortir tous ses enfants de l’enfer et à rejoindre Houston où elle a ouvert un petit commerce. Le père, enfin libéré, les a rejoint. Tous les enfants ont bien réussi, chacun dans un secteur différent (dont 3 ingénieurs) et ils assurent ensemble l'entretien de leurs vieux parents.

En ce qui concerne mon héros, son frère et ses 4 sœurs d'adoption l'ont invité chacun à venir passer une journée chez eux, avant de se rassembler tous dimanche autour de lui chez les parents.
Hier, il nous racontait comment, après de fortes études scientifiques, il est devenu ingénieur chercheur en informatique dans un secteur de pointe où il réussit très bien. Il est marié à une femme de même origine que lui et père de deux enfants.
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Ce qui m'a le plus ému, alors que les vietnamiens sont réputés peu expansifs, ce sont les sentiments qu’il exprimait avec une grande liberté et presque avec enthousiasme.
Il dit d'abord sa grande reconnaissance à ses merveilleux parents temporaires qui l'ont nourri, formé et aimé pendant une dizaine d'années. Il a bénéficié grâce à eux d’une vraie éducation française et chrétienne dans une famille où les personnalités étaient très riches et l’ambiance joyeuse.

De plus, ce brillant sujet affirme qu’il garde un excellent souvenir de sa scolarité française.
L'apprentissage du français a, dit-il, façonné au départ son esprit d'une façon plus profonde qu’il n’aurait pu le faire aux USA, où, sauf exception, l'enseignement est plus utilitaire et superficiel.

Il dit aussi avoir été marqué pour la vie par les scouts d'Europe où il a appris à faire équipe avec d’autres, tout en découvrant à la fois la notion de service, l’accès progressif aux responsabilités, la discipline et la tenue, caractéristiques d’une certaine rigueur, l’amour de la nature et le goût de l'aventure, le tout dans une ambiance de foi chrétienne et de joie de vivre.
(Il a demandé à revoir son ancien chef de troupe qui a exercé une profonde influence sur lui.)

Il était né chrétien mais sa foi s'était approfondie chez nous et, depuis, il en a fait bénéficier ses proches, à commencer par son épouse et la famille de celle-ci, tous anciens bouddhistes convertis.

Enfin et surtout, il témoigne de la grande place qu’a prise la France dans son cœur. Il ressent sa chance immense d'avoir pu intercaler, à l’adolescence, cet heureux épisode français entre sa prime jeunesse vécue au Vietnam, pays imbibé de belles traditions mais abîmé par la dictature rouge,et l’espèce de paradis matérialiste américain où il s’est épanoui professionnellement et où la vie est facile pour ceux qui réussissent (Il est propriétaire de sa belle maison avec jardin) mais dure pour les autres. (Il a voté Républicain…)

Comme il exprimait son immense chance, je l’en félicitais mais j’évoquais aussi les qualités foncières de ses compatriotes de naissance : leur courage physique et moral, leur intelligence, leur patience, leur aptitude stupéfiante à s’adapter aux circonstances. Il en convenait et disait que ce que ses patrons américains appréciaient surtout en lui, c’était sa puissance de travail, lui qui mène de front trois projets. (Il est au bureau de 7 H 30 à 15 H 30, horaires adaptés aux embouteillages périurbains, mais travaille 3 heures de plus à domicile.)

Revenant à la France, il disait sa joie d’avoir vécu dans une famille unie et cultivée de grande tradition mais simple. Je me souviens que les 4 filles y étaient aussi belles que brillantes et battantes ; c’est sans doute à leur contact que le mystère typique des asiatiques a fait place chez lui à une grande aisance de bon aloi.
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Habitant enfant à côté du Château de Versailles, ce Texan de 50 ans se réjouit d’avoir connu ici la mesure, l’équilibre, le goût. Il nous envie notre longue histoire et notre civilisation, lui qui a débarqué dans un pays neuf et qui travaille pour accélérer encore le temps et améliorer les performances.
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Merci à Tien, le chanceux, d’être venu de si loin nous dire tout cela. Nous pouvons être fiers qu’un homme accompli comme lui, américain de surcroît, pense et dise du bien de notre pays.

Merci aussi, et peut être surtout, à cette famille qui a permis cette splendide aventure humaine.
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(*)Les dirigeants du Vietnam communiste remerciaient alors ceux de l’URSS de son aide matérielle lors des guerres de décolonisation en mettant à leur disposition des « esclaves » issus de leurs « camps de rééducation » pour travailler, par exemple à poser des rails dans la toundra sibérienne par grand froid…