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Le billet de la semaine
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VIEILLIR EST UNE CHANCE

     Je regrette, entre autres, que les questions relatives à la démographie et à la crise de la famille soient quasi absentes des débats préparatoires à l’Election Présidentielle. Le monde politique se glorifie souvent du taux de natalité en France mais omet de signaler que les immigrés y contribuent beaucoup. Il masque aussi la gravité du vieillissement de notre population. L’article qui suit ne répond pas directement à ces questions mais évoque cependant des questions sociétales importantes. Personnellement très chanceux sur le plan familial, je souffre notamment de compter parmi nos amis, des personnes qui le sont moins. Exemple récent attristant, hors de toute force majeure, deux jeunes étaient absents aux obsèques de leur grand- père.
Jean Delaunay

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VIEILLIR EST UNE CHANCE
Marie de Hennezel et son fils Edouard montrent que les relations entre générations ont considérablement changé, et qu'une adaptation de part et d'autre est devenue nécessaire.
Marie de Hennezel est une psychologue écrivain qui a beaucoup travaillé depuis dix ans sur la question du vieillissement. Elle est l'auteur de La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller (Robert Laffont, 2008), ou encore de Une vie pour se mettre au monde (Carnets Nord, 2010).
Edouard de Hennezel est consultant en communication et affaires publiques. Il est délégué général du Club Autonomie et Dépendance, bien vieillir ensemble
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A la suite de votre enquête, quel constat faites-vous sur les rapports entre les différentes générations?
Marie: Les personnes de 65 à 80 ans que je rencontre sont hantées par la question du poids qu'elles pourront représenter pour leurs enfants quand elles deviendront plus fragiles et plus vulnérables. Celles de plus de 80 ans souffrent beaucoup d'isolement du fait de l'absence de liens intergénérationnels. Lors des témoignages recueillis pour notre livre, nous avons rencontré deux extrêmes : d'un côté, les familles traditionnelles qui se font un devoir de ne pas abandonner leurs parents vieillissants ; de l'autre, les familles qui considèrent que la génération de leurs parents, celle des Trente Glorieuses, a une dette envers la société et doit se débrouiller toute seule. Entre les deux, 70% des familles reconnaissent que leurs parents les aident. Elles ont de la gratitude, mais elles sont inquiètes. Elles ne savent pas si elles auront les moyens financiers et humains pour les aider en retour.

Edouard : Les solidarités familiales sont surtout le fait des femmes (62% des aidants).
Etonnamment, elles sont même souvent plus fortes quand il y a peu de moyens. Les enfants qui ne veulent pas venir en aide à leurs parents vulnérables sont une exception qui confirme la règle. Je ne crois pas au risque d'un conflit entre les générations du fait de la transition démographique et de l'allongement de la durée de la vie.

Comment percevez-vous aujourd'hui les relations intergénérationnelles ?
Marie: Aujourd'hui, ces relations ne vont plus de soi. La notion de devoir a disparu. Elles existent seulement s'il y a du plaisir à communiquer. Nous assistons dans certaines familles à un véritable naufrage social. La culpabilité fait des ravages, car elle empêche le plaisir dans la relation et provoque des incompréhensions. Les enfants se culpabilisent de mettre leurs parents en maison de retraite, et ces derniers se culpabilisent d'être un poids pour eux.
D'où l'idée qui émerge d'une solidarité inversée : pour éviter ce scénario, des personnes âgées considèrent qu'il faut savoir partir et évoquent le suicide assisté. C'est à la jeune génération de préciser que l'existence de ses ainés a du sens pour elle.

Edouard: II est étrange de constater que cette nouvelle génération de grands-parents se projette d'office comme « un poids » sur ses enfants sans se préoccuper d'abord de sa¬voir comment ces derniers le ressentent. Je crois que ce sentiment de culpabilité affiché masque surtout une autre réalité plus importante : la peur de vieillir et éventuellement de perdre son autonomie (ce que leurs aînés acceptaient beaucoup plus facilement). C'est à cette génération de montrer que vieillir est une chance.
Prend-on suffisamment conscience de cette évolution des rapports intergénérationnels ?

Marie : La société réfléchit beaucoup pour maintenir et recréer du lien entre les différentes générations, notamment dans les EHPAD (établissements pour personnes âgées dépendantes). La loi d'adaptation de la société au vieillissement de Michèle Delaunay va dans ce sens (2014) NB Ce n’est pas une parente JD.

On constate aujourd'hui la progression exponentielle des « résidences services », qui permettent aux per¬sonnes âgées encore valides de s'acclimater aux maisons de retraite tout en restant autonomes. Cela leur enlève de la culpabilité ainsi qu'à leurs enfants, qui viennent les voir plus souvent. C'est une évolution très positive.

Edouard : La bascule démographique s'est faite en 2015 (20,8% de plus de 60 ans contre 20,2% de moins de 20 ans). En 2060, un Français sur trois aura plus de 60 ans. Et, dans la même période, les plus de 75 ans vont quadrupler ! Le poids grandissant des seniors est une réalité que nos politiques doivent anticiper rapidement, car le rapport entre les générations et la cohésion sociale sont des enjeux clés de la transition démographique.
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Livre « Qu'allons-nous -faire de vous ? »
Avec 35 témoignages touchants et humains, mère et fils posent une réflexion sur la vulnérabilité des parents vieillissants.
L'objectif est de sensibiliser toutes les générations aux notions de transmission et de solidarité. Marie et Edouard de Hennezel, éd. Carnets Nord, 368 p., 20 €
http://www.carnetsnord.fr/titre/qu-allons-nous-faire-de-vous
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Des relations renouvelées
En quelques décennies, le rapport entre les générations a été complètement modifié. La pyramide des âges s'est inversée avec le passage à la retraite des baby-boomers. La durée de vie s'est nettement allongée. En 2015, pour la première fois, le nombre des plus de 60 ans a dépassé celui des moins de 20 ans.
Cette nouvelle donne n'est pas sans conséquence sur les relations entre les différentes générations, petits-enfants, parents et grands-parents, dans un monde où mœurs et technologie évoluent aussi considérablement. Les rapports ont complètement changé. Les grands-parents ne logent plus chez leurs enfants dès lors qu'ils deviennent dépendants : s'occuper de ses grands-parents n'est plus une évidence. L'individualisme pousse chaque génération à faire son propre chemin. Les jeunes générations, plus mobiles, vivent souvent loin de leurs parents. Il faut faire face aussi aux nouvelles situations familiales et à la multiplication des divorces, autant chez les parents que les grands-parents, ce qui complique les retrouvailles.
Pourtant, les relations renaissent d'une manière nouvelle : beaucoup plus actifs et en bonne santé plus longtemps, les grands-parents sont très présents pour leurs petits-enfants : ils s'occupent souvent de jouer les nounous en les gardant, aidant ainsi les parents contraints de travailler tous les deux.
Le renouvellement des liens intergénérationnels bouleverse les relations humaines, pas seulement dans le domaine sociologique et familial : les conséquences sont d'ordre économique, social, politique, juridique ... Cette révolution ne doit pas être vue comme une contrainte, maïs bien comme la chance d'une meilleure cohabitation entre les différentes générations.
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12,2 millions de Français ont plus de 65 ans, 36,5 millions ont entre 20 et 64 ans et 15,7 millions ont moins de 20 ans.
(lNSEE , 2016)

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Paru dans la vie des Associations Familiales Catholiques
Janvier 2017
http://www.afc-france.org/attachments/article/2825/AFC169-Dossier.PDF