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Le billet de la semaine
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De la colonisation vue en 2017
De la colonisation vue en 2017
Par Jean Delaunay

     « La colonisation a été un crime contre l’humanité ! »
Cette récente déclaration d’un candidat à l’Election Présidentielle a provoqué en France un débat houleux. Il prouve, s’il en était besoin, que la mauvaise conscience continue à sévir chez nous à propos de la colonisation.
    Je redis ici, en six points, mon point de vue sur ce sujet, en élargissant volontairement le débat par rapport à la phrase en cause, à tous égards, malheureuse.

1/ Les mentalités évoluent et l’on ne peut juger objectivement en 2017 de la colonisation telle qu’elle a débuté au 15° siècle. Je ne prendrai que deux exemples.
− L’esclavage a été toléré pendant plus de vingt siècles avant que l’on ne réalise, sous l’influence initiale de chrétiens comme Las Cases puis de Montesquieu …qu’il était scandaleux … et pourtant la traite dure encore dans certains pays et un peu partout sous des formes déguisées, celle par exemple des philippins au service de riches musulmans.
− En France, l’expansion coloniale du XIX° siècle a été promue par les socialistes. Jules Ferry, disait en 1885:« les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures ! »
‘(Ce, alors que la droite se préoccupait surtout de la menace allemande.)
− Léon Blum reprend la même idée le 9 Juillet 1925 devant la Chambre des députés: «Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et à les appeler au progrès… »
Ces discours prononcés de bonne foi les feraient aujourd’hui passer en jugement !

2/ Chacun de nous doit assumer la totalité de son héritage avec les zones d’ombre et les pages lumineuses. Ce qui est vrai des familles l’est aussi des nations !
Dans notre histoire coloniale, nous devons reconnaitre bien des fautes politiques, des hésitations gouvernementales, des erreurs d’exécution, des bavures aussi car les hommes ne sont pas des saints. Au regard de tout cela, j’ai constaté personnellement un grand effort de mise de valeur de la terre et la volonté marquée mais toujours insuffisante de promouvoir les hommes. Faisant mienne la belle devise anglaise: « right or wrong : my country !», je trouve notamment injuste de mettre en balance la répression du terrorisme révolutionnaire en Indochine et en Algérie et l’immense œuvre humaine accomplie dans notre Empire.

3/ Au final, je crois que notre action a été bénéfique pour les peuples colonisés. Nous leur avons d’abord apporté la paix et l’ordre. Aujourd’hui, l’on entend dire chaque jour que le sang coule et que le désordre et la misère règnent un peu partout. Cela ne se passait pas ainsi « du temps des blancs ». Certes, le soleil brûlait déjà le mil, la malaria tuait, les crédits de métropole tardaient quelquefois et certains chefs faisaient « suer le burnous ».
     Cependant, d’une façon générale, nos administrateurs et nos officiers faisaient régner l’ordre, rendaient la justice le plus équitablement possible, empêchaient les luttes tribales ancestrales, vaccinaient les populations et faisaient entretenir les pistes et les ponts.
     Certes, la mise en valeur des colonies était organisée par la métropole à son profit. Mais l’on raconte que Khadafi, visitant l’Algérie nouvellement indépendante, ses ports, ses vergers, ses usines et ses écoles, disait au président Boumedienne : « Comment, tu te plains des Français alors qu’ils t’ont laissé tout cela ! »
     Dans son livre « Le défi » (1976), le roi du Maroc Hassan II lui-même a écrit « qu’il faudra bien reconnaître un jour les aspects positifs de la colonisation. »

La meilleure preuve des retombées bénéfiques de celle-ci, c’est l’augmentation de la population dans ces territoires autrefois décimés par la mortalité infantile, les famines, les épidémies et la traite des esclaves organisée par les chefs locaux eux-mêmes.

    De même, à des degrés divers selon les peuples, une partie des habitants ont bénéficié de notre système d’Instruction publique et se sont assimilé des éléments de notre culture.

4/ Les français qui ont « fait » les colonies étaient poussés par des motivations très diverses
- désir d’évasion et d’aventure plus ou moins combiné avec le souci de servir la France et d’agrandir sa sphère de rayonnement. C’était le cas des pionniers, de Champlain à René Caillé; et des coloniaux qui ont fait leur travail dans leur cercle, sans être aussi connus que les Marchand, Brazza, Rivière, Gallieni ou Lyautey.
− désir d’évangéliser ou de témoigner de leur foi en toute charité pour les missionnaires, ou de soulager les misères physiques comme les médecins Yersin ou Schweitzer.
− plus prosaïquement, désir de gagner de l’argent en travaillant dur et en prenant de grands risques personnels comme commerçants, planteurs ou forestiers.
Quelle qu’ait été leur motivation, la plupart de ces hommes nous ont donné une belle leçon de courage, d’initiative, de dévouement et souvent d’amour pour les personnes.

5/ Cela dit, il faut reconnaître que feu notre Empire s’est constitué plus de la somme des initiatives individuelles de ces hommes-là que d’une politique gouvernementale cohérente. Notre pays n’a jamais eu de vraie politique coloniale dans la durée.
D’où d’indéniables manques et erreurs. Parmi celles-ci, la sous-administration de certains territoires, souvent parmi les plus reculés, et surtout un certain manque de confiance vis à vis des indigènes. Il nous a conduits à ne pas promouvoir assez tôt les élites pour les éduquer à prendre progressivement en mains les affaires de leur pays.
On peut ajouter la faute des nations colonisatrices d’avoir tracé des frontières artificielles par rapport aux ethnies locales. D’où aujourd’hui la source de nombreux conflits..

6/ Les guerres 1914/18 et 1939/45 entre Européens et nos défaites de 1940 et de Dien Bien Phu ont progressivement estompé chez les peuples de couleur le mythe de la supériorité de la race blanche, entraînant partout des poussées nationalistes.
Elles ont été aggravées à la fois par la prévention des USA contre le fait colonial et par le jeu pervers de l’URSS combattant l’Occident par mouvements indépendantistes interposés. Les anglais et hollandais ont lâché les premiers leurs colonies: le processus était dès lors irréversible. Il en est résulté une décolonisation hâtive et brutale, ce qui aurait pu être évité, et, dans le cas de l’Indochine et de l’Algérie au moins, dramatique.
Je crois qu’une grande partie du désordre actuel dans le Tiers Monde vient du fait que les Blancs sont partis trop tôt et trop vite sans avoir la sagesse de prévoir un temps de transition entre le statut colonial et l’indépendance absolue.
Sur le plan psychologique, cette mutation politique est compréhensible ; les leaders nationalistes voulaient tout, tout de suite, et la métropole, rongée par la mauvaise conscience, était fatiguée de tenir l’Indochine de 1954 et l’Algérie de 1961 à bout de bras.

    Cela dit, pour reprendre la formule d’un ancien agriculteur en Oranie, qui parle de « colonisation réussie » et de « décolonisation ratée », je partage son point de vue.
Ratée, elle me semble déjà l’avoir été sur place, vu la pagaille et la misère actuelles, car nous avons cédé la place à des personnages politiques insuffisamment formés dans l’optique du service et de l’efficacité et souvent imprégnés chez nous de marxisme. Même en Algérie et au Tchad, la manne des pétrodollars ne semble pas avoir profité à tout le monde.

    Ratée, elle l’a été aussi sur notre sol, malgré notre effort financier et psychologique en faveur de banlieues où montent les particularismes et la haine anti françaises..

     Dans ce contexte, faire repentance de notre colonisation me semble à la fois indigne, contre-productif et typique d’une grave méconnaissance de la psychologie des ex-colonisés.

    Je propose donc aux silencieux d’hier de susciter là-aussi dans l’opinion une réaction réaliste.et généreuse mais ferme.
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