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Le billet de la semaine
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Eau potable
Dans la ligne de « Passeurs d’espoir » publié cet été, et en contrepoint des mauvaises nouvelles que nous recevons chaque jour, je voudrais que France-Valeurs fasse dorénavant entendre une note encourageante chaque semaine. Je vous demande de m’y aider en me signalant des cas dignes d’intérêt. Aujourd’hui, c’est Matthieu le reporter qui commence.
Jean Delaunay

Eau potable : un avenir en bleu pour le Cambodge ?

Au zénith, le soleil martèle sans pitié la ville de Phnom Penh. Pearinth, travailleur social au centre Docteur Mérieux, rentre d'une visite de programme la bouche sèche. Quand il tourne le robinet, l'eau potable coule sur son visage. Une performance pour l’un des pays les plus pauvres d'Asie du Sud-Est : le résultat d'un travail lancé au milieu des années 1990 par la régie des eaux de Phnom Penh alors dirigée par Ek Sonn Chan. Celui-ci, depuis devenu Secrétaire d'État à l'Industrie et à l'Artisanat, a laissé un exemple mondial de savoir-faire : plus de 80 % des habitants de la capitale ont accès à l'eau potable.
« L'accessibilité à l'eau potable instituée en droit de l'homme par les Nations unies en 2010 a été appuyée par la Cop 22 qui s'est tenue en novembre 2016 au Maroc, pays où l'enjeu de l'eau est aussi très important, explique Diane d'Arras, présidente de l’Association internationale pour l'eau. Les gouvernements ont désormais l'obligation de mettre en place un service d'eau et d'assainissement. Service de bonne qualité, continu et abordable : la tâche reste immense ! » Au Cambodge, l'exemple de Phnom Penh commence à s'étendre aux autres villes, même s'il peine à gagner les contrées reculées. Le pays n'a pas encore de problème de ressource en eau mais les périodes de sécheresse sont « de plus en plus longues et inégalées en 2015», selon le directeur de l'approvisionnement en eau du Cambodge.
Le pays fait face à trois problèmes : l'accès à l'eau pour les populations, la pollution de l'eau et les catastrophes naturelles. Ils réagissent l’un sur l’autre.
«Les catastrophes naturelles sont fréquentes en Asie du Sud-Est. Or, une inondation, c'est la diffusion généralisée de la pollution. C'est en cas d'inondation qu'il y a le plus d'épidémies.» C'est pour lutter contre celles qui frappent les populations reculées que l'association Espoir en Soie a décidé d'agir. Après avoir creusé des puits et des réservoirs, elle veut équiper tous les villages du Nord-Ouest du Cambodge de filtres en céramique. Enduits de particules colloïdales d'argent, ils arrêtent bactéries et particules solides, rendant ainsi l'eau parfaitement buvable. (…) On estime que 20 à 30 % des familles au Cambodge sont équipées d'un filtre. Les autres boivent l'eau de la mare à buffles Or, Pasteur estimait que nous buvons 90 % de nos maladies. L'urgence est d'autant plus importante qu'au Cambodge, un enfant sur cinq n'atteint pas l'âge de 5 ans. Seul bémol à cette excellente initiative: le filtre ne traite pas la pollution chimique, fréquente ici : en particulier le Mékong regorge d'arsenic. Prenant sa source au Tibet, son débit très rapide entraîne quantité de roches qui contiennent de l'arsenic. (…) Cela nécessiterait un savant système de filtration par oxydation, et un autre qui assurerait la gestion des déchets pollués à l'arsenic. De coûteuses infrastructures qui demanderaient l'appui d'une coopération internationale.
Une course poursuite
« Le problème de l'accès à l'eau potable s'entend ainsi : des politiques volontaristes entrent en conflit avec l’importante croissance démographique. C'est une course poursuite…
» Gérard Payen, ancien conseiller pour l'eau auprès des Nations unies, polytechnicien, expose le problème. « En premier lieu, il y a la ressource. Dans beaucoup d'endroits, il est difficile de satisfaire toutes les demandes car les hommes utilisent de plus en plus d'eau. Comme la quantité renouvelée est toujours plus ou moins la même, la quantité d'eau utilisable se raréfie en raison de la pollution et de la surexploitation des réserves souterraines.
Il y a ensuite le problème de l'accès des populations à l'eau potable et à l'assainissement. Troisième volet : les pollutions dues aux activités humaines. 80 % des eaux polluées par l'homme sont rejetées dans la nature sans aucun traitement. Enfin, il y a les catastrophes liées à l'eau : inondation, sécheresse ou tsunami. »

La réponse par le local
Concernant l'aide internationale, Bruno Nguyen, en charge des problèmes de l'eau à l'Unesco, se veut prudent. Pour lui, « il ne faut pas surestimer son apport. Si elle est très utile par son rôle de catalyseur et de facilitateur, elle ne représente qu'environ 5% de l'aide globale, mais elle est en augmentation. » Gérard Payen surenchérit : « L'aide internationale n'est que l’une des réponses ! Les responsables sont les autorités locales. Ce sont eux qui décident du financement.»(…)
Bot Pao, du bureau d'administration hydrologique provincial, assure que la situation est prise très au sérieux, d'autant plus que la province manque d'eau. En 2016, la sécheresse frappant de nouveau, il a fallu trouver des parades. « Nous avons construit un canal de huit kilomètres pour un budget de 200 000 dollars, qui a pour but de résoudre le problème dans le district. Nous faisons aussi des travaux d'assainissement des mares pour diversifier et améliorer les stocks d'eau. On estime qu'il y a 10 à 15 millions de mètre cubes d'eau par mare, pour un total de quarante-deux mares dans toute la province dont 40 % ont déjà été rénovées. Pour les villages qui ne peuvent pas encore bénéficier de ces politiques, nous apportons de l'eau potable en camions-citernes.»

1001 fontaines est une association cofondée par Chay Lo qui a poursuivi un brillant cursus d'études supérieures en France, soutenu par Enfants du Mékong. Face au drame de la pauvreté que traverse son peuple, épaulé par Virginie Legrand et François Jacquenoud, il a imaginé en 2004, un système stimulant l'entreprenariat local et proposant une autosuffisance en eau pour un prix dérisoire.
Dans un petit village près de Battambang, la station d'épuration turbine. Chay Lo en explique le fonctionnement : « L'eau est pompée dans la mare qu'on amène ensuite dans de grandes cuves en béton. Là, nous séparons l'eau des matières en suspension avec du sulfate d'aluminium. Ensuite on l’envoie vers le filtre à sable, puis à travers du charbon actif qui enlèvera l'odeur. L'eau traverse une série de microfiltrations. Elle est enfin désinfectée par une lampe à ultra-violets qui va détruire l'ADN des micro-organismes ou des bactéries. »
Les matériaux utilisés demandent peu d'entretien. (…). L'association travaille avec les conseils communaux à qui elle apporte une expertise et un budget pour construire le bâtiment et l'équiper. En contrepartie, la communauté locale doit fournir gratuitement le terrain. Un comité gestionnaire se chargera du recrutement d'un entrepreneur. Le salaire légal moyen au Cambodge avoisine les 130 dollars par mois, mais beaucoup de familles ne dépassent pas les trois dollars de revenu par jour. Chez 1001 fontaines, on compte en général deux ou trois personnes par station qui gagnent chacune entre 120 et 300 dollars par mois. Une différence et une stabilité de salaire notables. Une solution simple et claire, comme de l'eau de roche. Ou de l'eau potable.

Matthieu Delaunay
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Après avoir réalisé à vélo en un an le raid Lyon-Vladivostok via l’Afrique du nord, Matthieu, dorénavant féru du Sud-Est asiatique et reporter pour Enfants du Mékong, est l’auteur de «Un parfum de mousson », nouvelles. Editions www.transboreal.fr

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