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Le billet de la semaine
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05/10/2016

Identité et patrimoine culturel
Identité et patrimoine culturel : des cathédrales aux auteurs classiques !

  Annonçant l’ouverture des Journées du Patrimoine, la Ministre de la Culture, Audrey Azoulay, écrit notamment : (…) « Le patrimoine et la citoyenneté sont deux notions dont la jonction raconte notre histoire, notre passé, mais dessine aussi notre présent et notre avenir. 
Aussi je me réjouis de ce grand moment de célébration collective que sont les Journées du patrimoine avec plus de 17 000 monuments ouverts au public.
En cette période où l’esprit civique est plus que jamais appelé à se manifester, il importe de rappeler que le patrimoine est à la fois un symbole de la citoyenneté française, et un lieu où elle peut trouver à s’exercer et à se renforcer. La pleine appropriation du patrimoine renforce le lien social.
(…)
 
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  De son côté, Marie-Noëlle Guillaume écrit dans « Famille Chrétienne » du 24 septembre :
(…) Comprendre d'où l'on vient
« Dans notre temps de doute culturel officiel, il y a là un vrai motif d'espoir. En effet, le patrimoine de la France, pétri de beauté, a des vertus nourricières. Églises, châteaux, manoirs, villages et jardins remarquables, vestiges industriels, techniques artisanales, gastronomie... les créations des Français de naguère sont aujourd'hui notre bien commun. Mesurer avec quel brio elles ont passé l'épreuve du temps peut nous rendre à la fois modestes et sûrs de nous pour aller de l'avant. Modestes, car rares sont ceux qui auraient aujourd'hui la patience des bâtisseurs de cathédrales. Mais sûrs de nous, car, pour imaginer, inventer et construire la France de demain, le patrimoine matériel et immatériel de notre pays est à la fois une leçon de choses et un encouragement. Quand on sait d'où l'on vient, on peut beaucoup plus aisément savoir où l'on va.
Le mycélium de la patrie
  Dans son beau livre « Le Temps de l'Homme », plaidant pour une véritable écologie humaine, Tugdual Derville(1) use d'une image saisissante. Afin d'illustrer la force des réseaux familiaux, amicaux, etc., qui résistent en profondeur à la déconstruction systématique de notre société, il les compare au mycélium. Le mycélium est ce réseau durable de fines racines invisibles en surface, interconnectées, nourrissantes et résilientes, sans lequel aucun champignon ne verrait le jour. Tissé de liens comme le mycélium, l'humus de la société, pour peu qu'on en prenne soin, résiste par nature au déracinement.
  Le patrimoine culturel est comme un autre mycélium, nourissant de son histoire longue les liens qui existent à l'intérieur d'une patrie et ceux qui viennent s'y ajouter au fil du temps. Connaître et aimer notre patrimoine est donc aussi une nécessité politique. »
 
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  Je souscris bien entendu à ces propos, d’autant plus que je viens de traverser une partie de la France et que j’ai été, une fois de plus, saisi par l’heureuse alliance dans notre pays des paysages et des monuments laissés par nos anciens. Oui, heureux sommes-nous de bénéficier d’un tel patrimoine matériel à la fois naturel et créé de main d’homme ! Aidons nos enfants à en prendre conscience et à en être fiers ! Cela contribuera à les équilibrer en leur fournissant des repères pour donner du sens à leur vie.
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  Cela dit, saisissons aussi toute occasion de leur faire mesurer en même temps la richesse de notre patrimoine immatériel constitué autour de notre langue écrite et parlée.

Or, celui-là est en grand danger, encore plus que l’autre.
  Il est d’abord victime de la crise générale de l’école à laquelle s’ajoute la primauté accordée de fait chez nous à l’enseignement des sciences(2).

  Sous l’influence tyrannique et déformante des moyens modernes de communication, il souffre aussi de l’invasion d’un sabir franglais mâtiné de néologismes : chez trop de nos concitoyens, le langage SMS + BD tend à remplacer le bon français.
Même en haut lieu, et dans tous les domaines, la rédaction de textes importants en pâtit.
 
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  Ma génération avait eu la chance de goûter très tôt à la culture classique et d’en rester souvent imbibée. En ce qui me concerne, des professeurs rigoureux m’ont initié aux grands auteurs en me faisant apprendre par cœur des strophes entières des Ronsard, du Bellay, Malherbe, Boileau, Corneille, Racine, Molière, Vigny, Musset, Lamartine, Hugo, Hérédia et Verlaine… sans compter Péguy et bien d’autres dévorés à la maison, Rostand en tête.
  Merci à ces maîtres qui ont piloté ma formation. Grâce à eux, j’ai découvert la joie d’écrire alors que je ne pouvais plus courir. Grâce à eux aussi, je retrouve au fond de ma mémoire des tirades d’autrefois que je me surprends à réciter en désherbant mes plates-bandes assis sur mon pliant.
  C’est mon patrimoine culturel à moi : il contribue à mon bonheur de vivre.
  J’en souhaite autant à nos jeunes.  
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   A propos de la conservation et de la transmission de notre patrimoine culturel de base, je suggère notamment de remettre La Fontaine au programme… non plus du certif… mais du bac…
   … et j’aimerais entendre la Ministre de l’Education, prêchant d’exemple, réciter au micro « Le laboureur et ses enfants » ! …
  
Jean Delaunay
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(1) Le Temps de l'Homme, Plon, 2016 par Tugdual Derville, Journaliste et écrivain.
(2) Un seul exemple : j’ai passé en 1943 le concours de Saint-Cyr, relativement équilibré entre sciences, lettres et histoire/géographie. Nos petits successeurs choisissent, eux, l’une des 3 options du concours : les littéraires ne peuvent prétendre qu’à un nombre limité de places et leur initiation aux sciences me parait insuffisante pour servir dans une armée moderne. Quant aux scientifiques et aux nombreux candidats à l’option sciences éco, c’est leur maîtrise de notre langue, et toute la culture qui va avec, qui me paraissent négligés. C’est le cas aussi, me semble-t-il sauf exceptions, dans les écoles d’ingénieurs et les facultés de médecine.