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Le billet de la semaine
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17/08/2016

Du pain et des jeux

Du pain et des jeux
Par Jean Delaunay

   En commentant «panem et circenses» lors de mes modestes études latines, j’avais déjà compris que les hommes ont besoin à la fois de nourriture et de distractions.
Nous-mêmes avions acheté en 1968 notre premier poste de TV pour suivre les jeux olympiques d’hiver. Il y a quelques jours, nous avons eu la chance de voir Le Tour de France passer juste devant notre chalet lors de l’une des plus dures étapes alpines.
   Cela m’amène à des réflexions contrastées sur le sport en France et en général.
   Lors d’une épreuve de ce genre, j’admire le beau spectacle que représentent ces hommes roulant à toute allure devant de magnifiques paysages (qu’ils n’ont même pas le temps d’admirer) sur des routes pentues à 10 % dont je sais les dangers. Je salue l’engagement total des concurrents, leurs qualités physiques et morales, leur volonté, leur endurance, leur esprit d’équipe et les sacrifices de tous ordres qu’implique leur genre de vie.

   Du coup, je veux oublier les vilains bruits qui courent concernant le dopage des coureurs, les sordides affaires d’argent qui entourent ces manifestations et même leurs à-côtés désagréables comme l’interminable défilé préalable de bruyants camions publicitaires.
   Je m’amuse de l’attitude moutonnière de ces milliers de badauds dont certains s’installent 48 heures à l’avance le long de nos routes pour ne pas rater le passage de leurs héros. De même, je comprends l’attitude de ces millions de téléspectateurs dont le goût du sport se limite à admirer, un verre à la main, les performances des athlètes à Rio…
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   Par bien des côtés, nous sommes par-là éloignés de l’idéal de Pierre de Coubertin. Pourtant, depuis une trentaine d’années, il me semble que les spectacles de sport donnent envie a beaucoup de gens de s’entraîner physiquement en équipe ou seuls.
   Moi, qui, pendant des années, me suis astreint à le faire chaque jour, je me réjouis de voir aujourd’hui de nombreux jeunes et adultes trotter par tous les temps et presqu’à toute heure du jour, et, en plus, quand ils le peuvent rouler en vélo, skier l’hiver et nager l’été ! ...
  

   En ce qui me concerne, la pratique d’une activité physique, notamment à l’armée, a contribué à me transformer physiquement et moralement.
   Enfant peu sportif et naturellement craintif, j’ai d’abord été obligé dans mon collège de faire de la gymnastique (méthode Hébert) tous les jours en fin de matinée.
   C’est cependant à l’armée que j’ai pris conscience de mon potentiel. L’activité physique est alors devenue une sorte de passion. C’est donc finalement progressivement et de façon assez décousue que j’ai intégré l’activité physique dans ma vie. Elle a beaucoup contribué à forger ma personnalité, m’aidant à acquérir de la confiance en moi, à développer ma volonté et mon influx vital et à équilibrer mes activités intellectuelles.
   Le potentiel ainsi acquis m’a permis de réagir plus facilement aux épreuves de l’âge. Ma forme physique a donc été un élément important de mon dynamisme vital…
   Par ailleurs, très marqué par ce que j’avais lu sur les défaillances de certains de nos chefs militaires pendant la campagne de 1940, j’ai un jour, écrit, comme colonel, un article dans une revue militaire : « La forme physique du chef, élément essentiel du commandement. » (Il a été traduit en plusieurs langues, ai-je appris, dont le russe et l’arabe…)
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   Par opposition, je souffre d’apercevoir aujourd’hui dans la rue tant d’hommes ventrus et de jeunes prématurément obèses, faute sans doute de se soumettre à une certaine discipline alimentaire et sportive.
   Je regrette surtout que, contrairement à ce qui se passe Outre-Manche, l’éducation physique tienne une si petite place dans les préoccupations de notre Education Nationale.
  
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   Je m’autorise donc de mon expérience personnelle pour rappeler aux éducateurs :
   -   que l’Homme étant corps, esprit et âme, c’est tout l’homme et toute la femme qu’il faut éduquer à travers l’enfant. Or, en France, ce sont les résultats scolaires qui semblent d’abord compter…
   -   que l’activité physique individuelle contribue largement à la formation de la volonté et à l’équilibre de la personnalité du jeune.
   -   que, sur le plan social, le sport participe largement à la formation du futur citoyen.
   -   La vie étant, dans une large mesure, un combat et une compétition. Il importe donc de lui faire comprendre pourquoi et comment c’est le meilleur qui gagne et comment on se prépare à devenir le meilleur… sans tricher.
   -   Le sport d’équipe est en outre une vraie école de citoyenneté : par exemple en respectant les règles du jeu et de l’arbitre, et en passant la balle au camarade le mieux placé et en évitant de jouer perso…
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   Au-delà des séances familiales d’enthousiasme collectif devant les magnifiques performances des athlètes des JO, sachons donc trouver le moyen d’inciter nos enfants à intégrer l’activité physique dans leur vie. (notamment par l’exemple.)
Il y va de leur santé et de la formation de leur caractère.
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