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Le billet de la semaine
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10/08/2016

Devoir de réserve oblige !
Après l’assassinat du Père Hamel :
devoir de réserve oblige !
Par Jean Delaunay

   Après ce nouvel attentat, j’ai réagi de trois façons. En tant que catholique, j’ai souffert et j’ai prié en lien avec mes petits-enfants partis à Cracovie, persuadé que les Jmjistes avaient trouvé, vu d’En Haut, la meilleure réponse … En tant que français, je partage cependant l’indignation et les interrogations de la plupart de nos concitoyens… En tant qu’ancien chef militaire qui dénonçait dès 1985 la montée du terrorisme comme moyen de guerre asymétrique, je continue à analyser les motivations et les méthodes de nos adversaires afin de suggérer des attitudes et des actions susceptibles de contrer leurs sinistres entreprises.

   A cet égard, me refusant à commenter sur d’autres plans la dramatique situation actuelle, et ayant déjà exprimé ici mon point de vue sur l’importance de la cyberdéfense (surveillance accrue d’Internet et des réseaux sociaux notamment ), je me permets cependant d’exprimer un autre avis à portée générale.

   Face au déferlement actuel des images et des mots, nous tenir davantage sur la réserve.

   L’actuelle volonté politique de complète transparence me parait en effet dangereuse.

   Je livre d’abord un témoignage personnel. Participant en 1971 avec l’IHEDN à un voyage en URSS et me trouvant devant l’un des officiels chargés de la communication de ce pays, je lui pose en public la question : « Ayant appris un peu de russe, j’essaye de lire vos journaux. Je suis frappé de ne pas y trouver la rubrique « faits divers » habituelle chez nous, celle qui relate par exemple les accidents, les crimes et les délits. Est-ce que vous avez réussi en URSS à éliminer tous ces maux ? ».

Il me répond : « Bien sûr que non. Mais, s’agissant des accidents, nous ne voulons pas les porter trop tôt à la connaissance du public avant que l’enquête soit terminée pour ne pas alimenter les controverses. Et surtout, en ce qui concerne les crimes, nous ne voulons pas « donner des idées » aux mauvaises gens car nous avons remarqué que l’annonce d’un crime perpétré ici en déclenche souvent d’autres ailleurs… »

   Tel était le point de vue d’un régime qui s’y connaissait en maniement des foules. Je crois qu’il comportait une large part de sagesse. C’est pourquoi, je suggère à nos responsables politiques et médiatiques d’en dire et d’en montrer le moins possible, et ce, pour 3 raisons.

- Celle d’abord qu’évoquait mon interlocuteur soviétique. En effet, l’actualité nous montre que c’est bien ce qui se passe aujourd’hui chez nous et ailleurs. C’est la publicité donnée au criminel A qui donne envie à plusieurs autres désaxés haineux de son genre B,C,D…de l’imiter chacun à sa manière.

- Celle aussi de protéger le secret sur nos enquêtes policières, sur nos intentions, nos moyens et nos stratégies, à l’extérieur comme à l’intérieur. En ce qui me concerne, je souffre d’entendre et de voir parfois diffuser des informations que j’estime précieuses pour nos adversaires.

- Celle surtout de priver ceux-ci d’une intense satisfaction : celle de constater qu’on parle d’eux sur toutes nos chaines de TV et radios, les massacres qu’ils commettent étant relatés en détail et passant souvent en boucle pendant des heures ou des jours. Il me semble que nous sommes à cet égard les principaux artisans de leurs victoires psychologiques.

   La préoccupation de ménager le secret et donc la surprise devrait dépasser chez nous le louable souci gouvernemental d’informer la population, laquelle, à mon avis, n’en demande d’ailleurs pas tant!
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