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Le billet de la semaine
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20/07/2016

NOUS SOMMES LA FRANCE
Le nouvel attentat dont nous venons d’être victimes confirme à la fois la réalité du danger qui pèse notamment sur notre pays et la difficulté d’y faire face. En ce qui me concerne, je pense qu’un déséquilibré violent, mal à l’aise dans notre société dont il veut se venger, a suivi les recommandations et les méthodes que Daech diffuse au quotidien et vient de passer à l’acte de manière inédite en exploitant à Nice des circonstances particulièrement favorables. Sans vouloir ni pouvoir en dire plus, je crois utile de diffuser le texte qui suit, assez éclairant sur un plan général.
Jean Delaunay
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NOUS SOMMES LA FRANCE


Dans son dernier essai, Natacha Polony tire les conséquences de l'abandon du modèle d'intégration à la française et ouvre des pistes pour demain.
Par Clotilde Brossolet

   Au lendemain des attentats de janvier 2015, Natacha Polony prend la plume avec une question obsédante : pourquoi des jeunes Français haïssent-ils la France au point de tuer d'autres Français ? A la veille des attentats de novembre, elle offrait à ses lecteurs une analyse prémonitoire montrant que la réaction post-Charlie n'avait pas donné les bonnes réponses. Charlie pouvait encore se cacher derrière le déni mais le Bataclan a montré que les excuses de la caricature, de la discrimination, de l'antisémitisme n'étaient qu'un leurre. En novembre, la bande d’Abdeslam a fait 130 morts et 413 blessés parmi la jeunesse parisienne.

   C'est là tout l'intérêt du livre sorti en octobre 2015, essayer de com­prendre ce réel que les médias, les politiques n'ont cessé de nier depuis janvier, mais que les Français attendent. Nous sommes la France(1) interroge ces silences et les fausses réponses que l'élite médiatico-politique a servis aux Français.
   Natacha est Charlie car elle voit dans la manifestation du 11 janvier «le peuple communiant dans la ferveur et la détermination, [...] la Marseillaise entonnée à pleins poumons avec gravité». La journaliste y voit donc cette Nation, décrite par Renan, qui fait que le peuple existe quand les êtres se sentent former un peuple et une Nation.
   Mais elle n'est pas ce Charlie qui a créé un réflexe pavlovien «pour éviter à tout prix de regarder en face ce qui s'était passé», de remettre en cause les certitudes et la vision binaire».
   D'ailleurs, la manifestation a subi une véritable OPA de la part des partis politiques, organisations syndicales et associations des droits de l'Homme. Charlie est devenu l'outil du déni et de la condamnation de toute parole nuancée. Oser questionner Charlie, c'était se voir mis au banc de la bien-pensance.
   D'ailleurs, le vernis a vite craqué. L'unanimité n'a jamais été réelle : des discours se sont très vite élevés pour faire entendre le rejet des valeurs portées par cette émotion collective. Dans les écoles, des jeunes ont justifié l'attaque de la rédaction de Charlie... Les analystes ont voulu n'y voir qu'une simple provocation d'adolescents, occultant ainsi ce que cette attitude révélait des rapports entretenus par une partie de la jeunesse avec les valeurs de la France.

   Natacha pointe du doigt ce déni récurrent qui cherche à occulter la dérive d'une partie de la jeunesse issue de l'immigration. Sans nier les discriminations sociales dont ils sont victimes, elle s'insurge contre ce supposé racisme qui ferait de cette jeunesse une éternelle victime politique, économique, sociale et ethnique.

   «Pourtant, c'est l'image qui s'est imposée après les attentats. Celle de jeunes de banlieue grandis dans les HLM, frappés par le chômage et oubliés par les services publics. On a vu défiler à la TV des militants associatifs déplorant le manque d'équipements sportifs ou le recul des subventions de l'Etat. Mais le plus frappant fut surtout le déferlement des discours sur cette France qui maltraite ses descendants d'immigrés, c'est-à-dire ses musulmans… lesquels sont devenus pour des intellectuels français les nouveaux damnés de la Terre, substitut du marxisme vieillissant».
   Natacha déplore donc toutes ces analyses qui tentent d'expliquer que tout est de notre faute. Ces analyses révèlent un malaise profond qui nie la complexité du réel et ne pose pas les bonnes raisons de la dérive djihadiste.
   C'est un phénomène complexe, comme le montre le parcours de l’égorgeur des otages occidentaux en Syrie. Il prouve que ce n'est pas notre supposé racisme qui a renforcé la radicalisation, mais nos sociétés contemporaines. Certes, les conditions sociales et politiques créent des rancœurs mais le mal, pour l'auteur, vient de plus loin. Maxime Auchard n'est pas issu de l'immigration mais d'une petite commune normande. Il ressemblait à tous les jeunes de la classe moyenne qui ne vit pas dans la misère et élève ses enfants dans l'amour et la pédagogie positive. Il appartient à ces jeunes « autant déracinés dans un petit village de l'Eure que dans une cité du 93 ».
   Elle pointe du doigt les manques de notre société dont les enfants grandissent entre Mac Do, téléréalité, jeux vidéo et culture rap, pour lesquels le centre commercial fait office de forum existentiel. Elle met le doigt sur ce qui unit les jeunes issus de l'immigration et ceux de la classe moyenne qui vivent dans les villes moyennes de province : sans racines, errant dans une société qui a troqué ses promesses civilisatrices pour un consumérisme hédoniste.
   Alors quoi de plus étonnant que des jeunes partent combattre aux côtés de Daech ? Natacha voit dans ces départs tout le contraire d'une démarche nihiliste, les jeunes sont toujours motivés par l'argument humanitaire. Ils sont en quête de justice, de sens à leur existence et d’un engagement exaltant réparateur. Ils veulent vivre l'épopée que la France ne s’autorise plus alors qu'ils sont prêts à mourir pour une cause dans une mort sublimée par la cause. « En privant cette jeunesse d’un grand récit national, nous ne lui laissons comme seule alternative que d'écrire le sien, atroce et dérisoire, effroyable et sanguinaire. »

   Nos élites politiques ont volontairement privé notre jeunesse d’un grand roman national en signant la faillite de l'école qui ne transmet plus. Le savoir a été détruit au profit du «savoir-faire», «savoir-être», alors qu'il est la condition de notre humanité. Nous avons renoncé au savoir qui libère et nous l'avons compensé par le catéchisme citoyen au nom de l'émancipation.

   Toutes les institutions de la transmission ont été mises à mal, elles qui permettaient de savoir quel est le monde qui nous précède : Eglises, syndicats, partis politiques, mouvements de jeunesse, corporations, armée ... ont perdu leur influence sous les coups de la déconstruction promue au nom de l'émancipation des individus.
   La famille, «dernier noyau de la transmission à l'agonie, est victime d'un double mouvement : la fragilisation des liens par l'émergence d'un individualisme hédoniste valorisant les attachements affectifs et donc éphémères et le culte démocratique remettant en cause toute forme de hiérarchie y compris entre parents et enfants».
   Pour l’économie de marché, il ne s'agit plus que de livrer à des puissances marchandes des consommateurs dociles, débarrassés de tous leurs attachements qui pourraient limiter leurs besoins en produits inutiles».
   Ainsi, l'identité nationale a été reléguée comme une question d'arrière-garde, bonne pour les années Trente, lui préférant les identités individuelles, communautaires, nourries au petit lait de l'imaginaire victimaire.
   Le constat est donc sans appel. Le crime du déni profite à une classe politique qui fait de l'électoralisme sa politique de la ville et le crime de la déconstruction profite au marché qui fait des individus des consommateurs.

   Mais Natacha nous propose, dans sa troisième partie, une feuille de route pour reconstruire une nation.
   Certes, elle a trop souvent tendance à faire remonter les valeurs qui pourraient nous unir à la Renaissance et aux Lumières, à penser nos valeurs comme universelles car enracinées dans la République ; elle survole trop rapidement l'héritage gréco-romain et chrétien de notre pays ; elle pense que la cause de cette situation vient de l'abandon des valeurs républicaines et ne s'interroge pas sur une éventuelle f aillite du système, mais elle nous parle de la France, d'une France dont nous héritons, qui se partage entre tous ceux qui veulent vivre de ce destin commun.

   Sa feuille de route est claire : repenser la France comme une nation à la manière de Renan et s'en donner les moyens. La première étape passe par la restauration de l'ordre républicain et la refondation de l'école. La deuxième doit s'attacher à reconstruire une mémoire vivante de notre territoire en lien avec les paysans, les artisans et les PME dans un système économique qui ne détruise pas le savoir-faire et tout ce qui en fait la beauté.
   Elle défend le tissu social des territoires, mais ce qui la rend très intéressante c'est son attachement à la culture du repas français, à l'alimentation, à la culture agricole, outils par excellence pour recréer ce Nous.
   Enfin, la troisième étape passe par la redéfinition d'un projet commun, avec une réflexion sur la souveraineté : «tout cela restera lettre morte si ces mesures ne sont pas accompagnées d'un projet, le seul qui puisse donner sens, le projet de faire perdurer la France ensemble. Nul besoin de moyens faramineux. Simplement la volonté de donner aux Français, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent, un horizon plus noble que la simple quête du bien-être par la consommation et de valoriser autre chose que les modèles publicitaires».
   C'est ainsi et seulement ainsi, que les Français deviendront d'authentiques fils de France.

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   Nous sommes la France est un livre à lire, parce qu'il est sans compromission sur la France de Charlie, mais surtout parce que le modèle proposé est celui de valeurs universelles, fruit d'une histoire et d'un héritage à transmettre à ceux qui en sont les usufruitiers et à tout homme qui veut y adhérer. Ce modèle mérite qu’on y réfléchisse !
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Extrait d'un article paru Permanences d'avril 2016
Edité par ICHTUS 49 rue des Renaudes 75017 Paris
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(1) Nous sommes la France, Natacha Polony, Éd. Pion, 2015, 216 p., 14,90 €.