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Le billet de la semaine
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Pour se retrouver et se protéger
Pour se retrouver et se protéger, l’Europe a sacrément besoin d’écouter le pape de Rome.
Par Philippe de Saint-Germain
Journaliste


Le pape François est revenu de l’île de Lesbos avec douze réfugiés syriens. Les critiques les plus fantaisistes ont couru sur le sens de ce geste : provocation, naïveté irresponsable, complicité politique. Lire le pape François est un exercice exigeant, qui appelle un minimum d’honnêteté intellectuelle. Pour commencer, interpréter son geste en écoutant tout ce qu’il dit, à la lumière de ce qu’enseigne l’Église et non pas de ce que disent les médias.

Cet exercice permet de dégager cinq enseignements :

1) Le drame des migrants – « Nous sommes tous des migrants » – est un drame humanitaire qui doit toucher toutes les consciences. Si les États peinent à trouver des solutions, nul n’est dispensé d’affronter la détresse des plus démunis. Nous sommes dans le registre de la charité, pas de la politique. C’est d’ailleurs une constante chez les chrétiens : réparer les erreurs de ceux qui ne les écoutent pas.

2) Ce drame humanitaire oblige les États à prendre leurs responsabilités, ce qui est d’abord « agir sur les causes », dixit le même pape François. Autrement dit, neutraliser l’assaillant à l’origine des migrations forcées. Pour être allé en Syrie, j’ai vu que les populations déplacées fuyaient les groupes djihadistes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar, ou par la France et les USA. Bref, si le pape s’occupe des migrants, c’est aussi parce que les États ne font pas tout pour les empêcher d’exister, quand ils ne font pas tout pour qu’ils existent, comme le prévoit le plan israélo-américain de purification ethnique des frontières.
Or, l’Église a toujours dit que le premier droit des migrants est de rester chez eux.

3) Les migrants choisis par le pape sont des familles, et non pas des individus. Trois familles, douze personnes, six enfants. Le pape n’est pas dupe des infiltrations terroristes ou des faux migrants, et il l’a dit. Donc, priorité aux familles.

4) Ces migrants sont musulmans, ce qui a été critiqué. En matière de charité, ou de politique, les chrétiens ne font jamais de sélection communautaire (entre les bons et les mauvais pauvres), ni ne défendent des privilèges. Le bien commun est commun, pas chrétien. En outre, ces musulmans sont victimes d’une guerre entre musulmans. Qu’ils soient accueillis par des chrétiens, et non par les richissimes Saoudiens coupeurs de têtes, n’est pas neutre. Comprenne qui pourra.

5) L’intention du pape n’est pas… d’islamiser l’Europe : il suffit de lire ce qu’il dit avec vigueur de l’exigence du retour aux racines chrétiennes de l’Europe pour saisir le grotesque de l’accusation. Pas de charité sans identité. Seuls des pays chrétiens enracinés peuvent accueillir des musulmans victimes de leurs propres guerres. Le chef des catholiques pousse la vieille Europe dans ses retranchements pour l’obliger à être elle-même. Ce n’est pas en se réfugiant dans les murs de son confort petit-bourgeois, ni dans le mythe d’une société de Bisounours sans frontières que l’Europe va se retrouver et se protéger.

Les Européens n’ont plus les moyens de nourrir la terre entière ? C’est en revenant à leurs fondamentaux qu’ils retrouveront la prospérité, pas en dressant des murs-passoires.

Mieux vaut donc construire des « ponts intelligents ». Charité, identité, intelligence. Pour se retrouver et se protéger, l’Europe a sacrément besoin d’écouter le pape de Rome.
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