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Le billet de la semaine
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GIGN
« Le terrorisme pour les nuls
Par Jean Delaunay

     On parle peu du terrorisme islamiste en ce moment parce qu’une autre forme de violence l’a, hélas, éclipsé dans les rues et sur nos écrans. Pourtant la menace est toujours là, nous prévient le colonel Bonneau, commandant le GIGN, interviewé cette semaine dans le Point.
     De ses propos et de mes réflexions, je retiens les dix idées suivantes.
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1/ Jusqu’à présent, les tueurs s’avèrent être des (mauvais) citoyens français imprégnés de propagande islamiste, des amateurs disposant de peu de matériel et maitrisant peu de technologie. Ils s'autofinancent dans nos propres banques où ils obtiennent des prêts pour (sans l’avouer) acheter des kalachnikovs en vue de tuer des innocents pour nous effrayer et nous amollir.

2/ Il n’empêche que le rapport coût-efficacité de chacun de leurs actions est terrible.
Ainsi, à Sousse, en assassinant trente touristes sur la plage, un seul tueur a amené la Tunisie au bord de la faillite. De même, chez nous, les dépenses générées par les attentats obèrent gravement notre économie déjà fragile. C’est elle qui est visée autant que nos esprits.

3/ Ce sont des individuels haineux et déterminés qui prennent l’initiative de chaque opération mais, quand celle-ci réussit et débouche sur des morts, l'organisation terroriste ne manque pas de la revendiquer et d’en glorifier les auteurs.
Ainsi, ceux qui ont tenu tête aux forces de l’ordre sont vite traités de héros sur les réseaux sociaux. Ce sont des gens qui étaient capables d'évoluer facilement dans nos sociétés.

4/Pour le patron du GIGN, les attentats visent deux objectifs : rassembler la communauté musulmane et essayer de la dresser contre nous qui représentons l'ennemi.
Selon lui, leur cible numéro un est la France. Les terroristes voudraient rééditer contre nous un 11 Septembre. « Aujourd'hui, il n'y a pas une guerre de l'avant en Syrie et une guerre de l'arrière en Europe. Tout est global. Les attentats de Bamako et Ouagadougou ne visaient pas le Burkina ou le Mali mais la France. Ce sont nos intérêts que visent ces groupes qui prolifèrent sur le continent africain : Boko Haram, Aqmi, les shebabs de Somalie. Le contexte international est très défavorable. La baisse du prix des hydrocarbures impacte directement les choses en ceci qu'un appauvrissement de la population joue en faveur des terroristes qui sauront recruter les plus faibles et jouer sur les peurs.
Il y a des terreaux de terrorisme partout. »


5/ La propagande et la communication des terroristes sont basées sur Internet. C’est imparable. Aujourd'hui, on peut recevoir directement sur son téléphone un SMS qui dit : « Dans trois minutes sort sur tel site internet le dernier numéro d'Inspire, la revue d'Al-Qaïda, en français. Vous n'avez qu'à cliquer.» Du coup pour les jeunes, il est très facile de recevoir sur son portable des vidéos de propagande, voire de décapitation.

6/ De plus, l’on peut s’alarmer de la qualité des revues terroristes : « En septembre 2015, le numéro 14 d'Inspire a fait un retour d'expérience sur les attentats français. Remarquable. En cinquante pages, ils disent ce qui a été bien fait et ce que les Kouachi et Coulibaly ont raté ou n'auraient pas dû faire. En substance, le magazine leur dit :
Pour l'avenir, voilà ce qu'on vous propose. »

Inspire, c'est le terrorisme pour les nuls : comment fabriquer des grenades ou des armes, comment tuer le plus de monde possible etc.
     En face, chez nous, il est aussi difficile de bloquer des sites internet que, pour les Américains, d'obtenir des clés de chiffrage des I Pads saisis : c’est pourquoi le FBI a assigné Apple en justice.

7/ Pour notre expert, le problème ne trouvera une solution qu’à l’échelon international : « Il faut accepter de s'inscrire dans le temps long. (…) Cela peut taper n'importe où, n'importe quand, sachant qu'on attaque chez nous des « cibles molles.
Le champ des possibles est très vaste.
On tue à l'arme blanche, à la kalachnikov, à l'explosif…
Mais, dès qu'il y a réponse des forces de l'ordre, les tueries s'arrêtent. Aucune tuerie ne dépasse cinquante minutes. »

8/ « Il faut être honnête : l’on n'avait pas vu en France ces choses arriver. Malgré les attentats de Londres et de Madrid, malgré les événements d’Afghanistan, du Pakistan et d’ailleurs…»


Si l’on n’y avait pas fait attention, « c'est parce que cela se passait loin de chez nous ! »

9/ Cela dit, la coopération internationale progresse. « Par exemple, le GIGN est intervenu en Belgique, la demande de coopération a fonctionné. »

10/ Une dernière remarque sur les attentats en France : tous les acteurs étaient français.
La lutte contre le terrorisme est donc une question de sécurité intérieure.
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