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Le billet de la semaine
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Saumur
     Saint Georges à Saumur

    A l’occasion de la fête de Saint Georges, patron des cavaliers, le général commandant l’Ecole de Cavalerie, m’a invité à inaugurer une salle portant mon nom. Parlant aux cadres, j’ai dit ceci.
Jean Delaunay

***

« Mes chers camarades, j’ai fait à Saumur des centaines de laïus. Celui-ci sera le dernier, en 3 points :
Merci. Hommage particulier aux officiers de réserve. Mon Testament.

Merci, Mon Général, de l’honneur que vous m’avez fait. Je l’ai accepté car il me permet d’exprimer mes sentiments.
     Ma solidarité respectueuse avec ceux qui m’ont précédé, ces cavaliers qui, de Murat à Leclerc, ont bien servi et défendu la France à cheval, à pied ou en blindés, en guerre et en paix.
    Ma gratitude à la fois à ceux qui m’ont formé en me montrant l’exemple et à ceux qui ont servi sous mes ordres pendant 40 ans. Aux uns et aux autres, je dois d’être ce que je suis.
     Ma fraternité avec mes camarades, les 260 sous-lieutenants sortant de Coëtquidan arrivés ici en janvier 1946. Déjà aguerris en 1944/45, nous avons été confiés à des capitaines qui venaient tous de commander un escadron au combat et en qui nous avons trouvé des modèles.
    Nous avons essayé ensuite d’être dignes d’eux comme lieutenants en Indochine et capitaines en Algérie où 51 d’entre nous sont morts pour la France. Je pense très fort à ceux-là aujourd’hui.
    J’exprime enfin ma confiance totale à mes jeunes, depuis le CEMA actuel que j’ai connu sous-lieutenant en 1978, jusqu’aux cavaliers durement engagés au Sahel ou retenus en métropole par d’ingrates mais nécessaires missions.

    Merci aussi de me permettre de revoir ce Haut Lieu qui m’est cher. J’y avais été marqué notamment par le capitaine de Galbert, chef d’une brigade de cadets défendant la Loire en juin 1940, puis héroïque commandant d’escadron de chars en Italie. Des années après, il devait commander cette école avant moi puis redevenir mon chef. Ayant hérité ici en 1961 de son ancien poste, j’ai pu y contribuer aussi à la formation des futurs cadres de la cavalerie et d’être de ceux qui préparaient l’armée de demain.

    Enfin, en 1976, j’ai cru vivre, à mon tour à la tête de l’EAABC, le couronnement d’une carrière marquée par une incroyable chance… mais celle-ci, à ma grande surprise, m’a amené jusqu’au poste de CEMAT.
    J’y ai servi de mon mieux mais j’ai choisi d’en démissionner en 1983, pour marquer mon désaccord avec le gouvernement car sa loi de programmation militaire sacrifiait de fait l’armée de terre à la dissuasion nucléaire. Or, je pensais que le dogme de la dissuasion devenait un mythe dès lors que nos adversaires employaient contre nous des méthodes révolutionnaires. On l’a vérifié, hélas, depuis, du Vietnam et d’Afghanistan à New York et du Mali à Paris.

    Après mon départ de l’armée, j'ai réfléchi sur le ‘’pourquoi ’’ de notre défense. J'en ai conclu qu'il ne suffit pas d'avoir des armes mais qu'il faut surtout savoir ce que l’on a à défendre, donc d'abord savoir pourquoi l’on vit.
    Cela m'a amené à écrire en 1985 « La Foudre et le Cancer » avec un chapitre assez prémonitoire intitulé « Kalachnikovs et transistors ». A la suite de sa parution, j’ai fondé l’association France-Valeurs qui milite depuis 30 ans sur ce thème. En même temps, mon engagement auprès des prisonniers m’a fait découvrir une autre face de la réalité humaine.
    Une autre de mes découvertes, c’est celle du monde politique. Il n’a pas la même vision de la France que nous et il ne ressent pas toujours comme nous les nécessités de la Défense, clé de notre survie. Notamment, au-delà du budget et des techniques, il méconnaissait jusqu’il y a peu l’importance des hommes et des forces morales.
     Cette importance, à vous de continuer à la faire comprendre aux hommes et femmes politiques, aux médias et à l’opinion publique.

Hommage aux officiers de réserve.
     Il y a ici certains d’entre eux ; je leur dis mon fidèle attachement reconnaissant. J’ai été marqué comme eux par la geste héroïque de leurs anciens qui défendaient les ponts de la Loire en juin 1940.
    Partout, notamment en Algérie, j’ai constaté le dévouement à la Patrie des officiers de réserve dont la présence aux côtés de leurs camarades d’active constituait un important :plus pour notre armée, et un lien irremplaçable entre l’armée et la nation. Ce lien est, hélas, devenu très ténu faute de relève.
    En 1986, M. Chirac m’avait demandé mon avis sur la fin de la conscription qu’il envisageait s’il était élu. Je lui ai dit fortement les différentes raisons de mon attachement au service national. On connait la suite. J’espère cependant qu’on va rétablir la participation de nos Réserves à la Défense.

Mon testament
Il est développé dans mon dernier livre *. J’insiste ici sur 4 points à l’attention des jeunes :

Restez pénétrés de l’esprit cavalier. Soyez attachés à la Tradition mais sachez exploiter la modernité.
Sur le terrain, en opérations, cherchez à être renseigné, à anticiper, à manœuvrer vite, à déborder et surprendre l’adversaire. (Plutôt Leclerc devant Strasbourg que charge de REICHSHOFFEN...)
Essayez d’exalter dans vos unités le culte de l’honneur et faites y régner la joie de servir- parfois avec panache.

Entrainez-vous personnellement. Votre efficacité comme chefs repose notamment sur votre dynamisme vital et la force de votre caractère qui, l’un et l’autre, dépendent beaucoup de votre forme physique.
Entrainez votre corps… mais aussi vos neurones.

Soignez les 4 pieds du cheval Autorité : ces pieds s’appellent compétence, exigence, amour et exemple.
Que votre autorité ne boite surtout pas d’un pied ! Soyez très rigoureux mais sachez commander d’amitié. (Général Frère). Parmi les grandes satisfactions de ma vie, il y a celle – très profonde - de recevoir chaque année des lettres de personnes qui ont servi sous mes ordres, y compris quand j’étais lieutenant ou capitaine, il y a 60 ans ou plus… Je vous en souhaite autant.

Sachez aussi renvoyer l’ascenseur, notamment aux sous-officiers qui représentent, à mon avis, de génération en génération, le maillon (trop méconnu) le plus précieux de notre armée de terre.

Enfin, soyez de bons militaires mais ne soyez pas que militaires, ayez les yeux ouverts sur le monde.
Cultivez-vous et saisissez toute occasion de vous engager aussi dans la Cité. On y a besoin de vous !

Partout et toujours, menez de front le service et le témoignage.

C’est ainsi que vous réaliserez votre vocation comme j’ai réalisé la mienne.

Et, par Saint Georges, vive la Cavalerie.
***

« En écho à St Ex », Général d’armée Jean Delaunay (2°S) www.francevaleurs.org ,
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