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Le billet de la semaine
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« Situation de la France »
     Ayant une certaine expérience des musulmans, je suis très choqué par deux attitudes opposées vis-à-vis de l’islam qui coexistent actuellement chez nous.
-D’une part, une islamophobie malsaine se traduit à la fois – et entre autres - par des montages imbéciles qui circulent à leur propos sur le Net et par de scandaleuses provocations comme l’accrochage de têtes de porcs sur les grilles de l’ambassade du Maroc, pays ami.
-D’autre part, et à l’inverse, l’inclusion dans les programmes de notre TV de brèves séquences vidéo soi-disant anti racistes qui sont affligeantes de partialité, d’inadaptation à l’actualité et, finalement, provocatrices dans l’autres sens. Cette maladroite campagne officielle me semble aussi contre-productive que l’ont été, dans des domaines encore plus graves, les déclarations de repentance vis à vis de notre passé et l’appel actuel à la laïcité…
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     En contrepoint de cette navrante réalité, je viens de lire, sous le titre « Situation de la France », un petit livre très dense écrit par Pierre Manent, un philosophe politique catholique. Il est très original et, selon moi, objectif, d’autant plus qu’il présente les choses de haut. S’agissant notamment de la position de l’Islam dans la société française, il propose « Un contrat social pour l’islam » pour que les Français musulmans trouvent leur place dans la Cité, en tant que citoyens et croyants. Cela dit, je me retrouve tout à fait dans ce qui suit.
Jean Delaunay         

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     « Les attentats de janvier à Paris ont bouleversé l’opinion et mis à mal la manière dont chaque camp se positionnait face à l’islam. Et pourtant, nous avons tourné la page pour nous réinstaller dans le confort de nos anciennes certitudes. C’est dans le but de nous sortir de cette léthargie que Pierre Manent, spécialiste de Machiavel et de la pensée libérale, a écrit cet essai posé mais audacieux.
    Tous les « partis » étant pris à revers, sa lecture vaut le détour.
Premier moment : l’état des lieux. Manent prend acte du désaccord entre, d’un côté, une opinion occidentale pour qui la société est l’organisation et la garantie des droits individuels, et, de l’autre, une opinion musulmane pour qui c’est l’ensemble des mœurs, fondé ultimement sur la loi religieuse, qui fournit la règle concrète de la vie bonne.
    Comment aménager une issue politique à ce désaccord ? Beaucoup dans l’Hexagone pensent qu’il existe déjà : c’est l’ambition de la laïcité à la française. Ne peut-on imaginer que ce qu’elle a accompli hier avec le catholicisme, elle est en train de le faire avec les mœurs musulmanes ? Alors, « les musulmans exerceraient à l’avenir au titre de droit subjectif privé la conduite que jusque-là ils tenaient par obéissance à la règle objective et quasi obligatoire des mœurs ».Pour Manent, cet espoir placé dans la transfiguration à venir de l’islam par la laïcité est la grande illusion qui nous ferme les yeux sur la réalité présente. Car la laïcité n’a pas le pouvoir qu’on lui prête. Elle a permis de « neutraliser la dimension religieuse de l’État », mais « elle n’a pas neutralisé religieusement la société française qui est restée une société de marque chrétienne ». Les musulmans étant, jusqu’à récemment, tenus à l’écart de cette aventure – ils n’ont participé à notre histoire, reconnaît avec tristesse Manent, qu’au titre de travailleurs subalternes –, il est trop tard pour leur demander le même accomplissement.
    C’est ici, second moment, que Manent propose un véritable contrat social avec les citoyens musulmans qui les ferait entrer dans la Cité. Les termes en seraient les suivants : nous renonçons à transformer vos mœurs, qu’il s’agisse du voile, de votre alimentation, des rapports entre les sexes ; nous ouvrons notre espace public à vos mosquées. Bref, l’islam est accueilli comme fait social collectif dans la nation. Mis à part le voile intégral et la polygamie, qui remettent en question les fondements mêmes de la participation et de l’amitié civique, « notre régime doit céder et accepter franchement vos mœurs, écrit Manent, puisque vous êtes nos concitoyens ». En retour, vous devez accepter une totale liberté de critique et de pensée relative à votre religion – la liberté de pensée étant le cœur battant de la conscience européenne –, et vous devez prendre votre indépendance, politique, économique et culturelle avec les pays islamiques, et rompre définitivement avec le rêve impérial de l’oumma qui habite la conscience musulmane. « Il faut que les musulmans reçoivent leur place en tant que musulmans. » Cette formule, venant d’un philosophe libéral catholique, a de quoi surprendre. Malgré toutes les objections que l’on peut lui faire, elle a le mérite de rebattre les cartes du problème.»
Martin Legros

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Situation de la France
par Pierre Manent
éditions Desclée de Brouwer