http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
La patrie de retour ?
Je viens de faire la connaissance de l’écrivain François Broche, fils de l’héroïque commandant du Bataillon du Pacifique, tué à Bir Hakeim en 1942. Il m’a adressé un article « La réponse de Barrès » dont voici la conclusion, d’actualité.
JD    

***

La patrie de retour ?
    « Exaltée par Barrès il y a cent ans, la diversité est plus que jamais nécessaire, dans la France troublée, inquiète, divisée de 2016. Qui oserait nier aujourd’hui que l’unité française se fonde à la fois sur des valeurs communes mais aussi sur des héritages différents, que seule peut concilier l’adhésion à ce qu’on appelle aujourd’hui « la République », mais qu’il est permis d’appeler également « la Patrie » ?

     La patrie a survécu à deux éprouvantes guerres mondiales, elle a survécu au processus d’intégration européenne, elle a survécu à des idéologies qui prétendent la renvoyer à un passé obsolète. Et, depuis le 13 novembre, il semble qu’elle ne se contente plus de survivre, mais qu’elle revienne au premier plan, sinon en force. On assiste, en effet, comme le constatait Pierre Nora au « réveil d’un sentiment qu’on ne peut qu’appeler patriotique ».
    Certes, aujourd’hui, rien n’est plus pareil, mais, en même temps, l’essentiel n’a pas changé. « Il y a quinze cents ans que nous sommes la France, disait le général de Gaulle le 14 juillet 1943, et il y a quinze cents ans que la patrie demeure vivante dans ses douleurs et ses gloires. »

    Dans son intervention du 14 juillet dernier, le président de la République avait prononcé le mot « patrie », ce qui était assez inhabituel dans la bouche des politiques qui préfèrent le mot « République» . « Nous devons être unis, nous devons montrer que nous sommes unis. Qu’est-ce que nous portons ensemble ? La patrie, c’est être sûr que nous portons les mêmes valeurs, les mêmes idéaux ».
     Certes – des sondages l’attestent de temps en temps – les Français, mis à part les militaires en opérations extérieures, ne sont guère disposés à « mourir pour la patrie ».
    Deux raisons à cela : d’une part, aucun péril ne leur paraît à ce point menaçant qu’il puisse les pousser au sacrifice suprême (même si, depuis le 13 novembre, il est permis de penser que les choses pourraient changer…) D’autre part, on s’interroge sur ce que l’on met encore dans ce mot si beau, si sacré, de patrie. Pierre Nora évoquait une « revitalisation profonde du sentiment national, sous des formes différentes, plus éclatées ». Ainsi, selon lui, la France se tournerait plus volontiers vers ses paysages, sa culture, sa cuisine, sa manière de vivre…

     Cette conviction a trouvé une sorte de confirmation au lendemain des attentats du 13 novembre dernier de la part du président de la République, qui, a déclaré que les terroristes s’en prenaient à des valeurs et à un mode de vie : « C’est la France tout entière qui était la cible des terroristes. La France qui aime la vie, la culture, le sport, la fête. » Les Français seraient-ils prêts à mourir pour sauvegarder ces valeurs et ce mode de vie ?
     Dans ses vœux aux Français, il a récidivé : « Les événements que nous avons vécus nous l’ont confirmé : nous sommes habités par un sentiment que nous partageons tous. Ce sentiment, c’est l’amour de la Patrie. La Patrie, c’est le fil invisible qui nous relie tous, Français d’ici ou d’ailleurs, citoyens de toutes conditions, de toutes croyances et de toutes origines. » Dans ce même message, il a eu cette phrase qui, à ma connaissance, n’a été relevée par aucun média : « La patrie, elle est au cœur de mon engagement. »
     Des propos qui renvoient, me semble-t-il, à ce qu’écrivait Barrès au cours de l’été 1917 : « La patrie sert à mesurer la direction de la vie et de la pensée . »
    Un chef de l’Etat barrésien – même s’il l’ignore – cela ne s’était pas vu depuis François Mitterrand – qui, lui, le savait et l’assumait sans complexe.
    Depuis, plusieurs signes ont montré que la patrie était de retour. L’on a appris que l’année 2016 serait l’année de La Marseillaise, l’hymne national devant être célébré lors d’événements sportifs, de concours, d’expositions, de films, de colloques…
Ensuite, le drapeau tricolore – dont la fabrication a connu un boom extraordinaire – sera brandi de toutes les manières possibles et en tout lieu.
     Enfin on note la spectaculaire progression des engagements de jeunes dans l’armée et la police …

« Les Français ne veulent plus mourir pour la patrie, disait Pierre Nora en 2007, mais ils en sont amoureux. C'est peut-être mieux. »
    Cet amour sera-t-il plus durable que l’élan qui a soulevé les Français après le 13 novembre ? Dans son entretien au Figaro du 27 novembre dernier, le même Pierre Nora faisait part de sa crainte qu’il ne s’agisse « que d’un moment intense et bref où l’on se serre les coudes et où l’on communie dans l’illusion lyrique d’une unité enfin retrouvée ».
     L’avenir dira si cette crainte était fondée. En attendant, le seul espoir qu’il soit permis aujourd’hui de formuler pour un avenir qui demeure très incertain, c’est que les Français de toutes origines et de toutes croyances ne soient plus conduits à « mourir pour la patrie ».
    Du moins, comme ils l’ont montré dans leur ensemble depuis trois mois, sont-ils déterminés à résister à l’obscurantisme et à la barbarie … au nom d’une patrie enfin redécouverte ! »
***

François Broche, journaliste et historien français, est spécialiste de la France libre et de la Seconde Guerre mondiale. Il a écrit notamment. :

La Bataillon des guitaristes, préface du général Koenig, Fayard, 1970
Maurice Barrès, Lattès, 1987
De Gaulle secret, Pygmalion, 1993
L'Armée française sous l'Occupation. Tome 1: La Dispersion, Presses de la Cité, 2001
L'Armée française sous l'Occupation. Tome 2: La Métamorphose, Presses de la Cité, 2002
***

L’Œuvre de Maurice Barrès, XVIII, Au Club de l’Honnête homme, 1968, p. 305.