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Le billet de la semaine
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La langue française est devenue notre Patrie

     La langue française est devenue notre Patrie
Toucher à la langue française, c'est toucher à la France et à son histoire.
Par Charles-Henri d’Andigné

    Depuis quelques semaines le débat fait rage. Faut-il supprimer le ph de nénuphar, ou l'accent circonflexe de coût et de paraître? D'après un récent sondage, 80 % des Français sont vent debout contre cette réforme. La langue doit évoluer, répondent les partisans du changement. Elle a toujours évolué, et l'orthographe a mis du temps à se fixer ; ainsi nénuphar daterait de 1935, date à laquelle l'Académie française aurait recommandé cette orthographe. Le mot s'écrivait auparavant nénufar.
    Que l'orthographe ait changé au cours de l'Histoire, c'est une évidence. Encore faut-il ne pas changer pour de mauvaises raisons.
    La première est de s'adapter à un niveau scolaire qui ne cesse de s'effondrer. Au lieu de tout faire pour que les élèves se hissent à la hauteur de leur langue, on baisse le niveau de l'exigence. Au lieu de leur faire découvrir les beautés - et les difficultés - de leur langue, on la simplifie. Ainsi, les «dysorthographiques» ne seront plus « stigmatisés », selon le jargon en vigueur. Supprimez l'orthographe, et vous supprimerez les cancres !
     La deuxième mauvaise raison est de considérer, comme le fait l'Éducation nationale depuis quarante ans, à la suite de son funeste maître Bourdieu, la maîtrise de la langue comme un signe d'appartenance aux «classes dominantes». Le bon français, l'orthographe correcte, seraient, comme la culture en général, un outil des puissants pour asseoir leur supériorité sur les faibles, une façon de se «distinguer» (Bourdieu toujours) du reste de la population. Et de prouver ainsi qu'ils ont vocation à rester en haut de l'échelle.
     Aussi cette tentative de réforme provoque-t-elle des réactions vigoureuses.
« Ces Français qui ne savent plus écrire mais qui rejettent en masse la réforme de l'orthographe», titre drôlement un site Internet (1).
    Paradoxe? Non. C'est bien parce que les Français estiment leur langue menacée qu'ils s'élèvent contre ces changements - dont certains, entre nous, sont bénins.
     Les Français aiment leur langue. Mais il y a davantage que cet amour dans le refus de voir évoluer l'orthographe. Quand celle-ci était mouvante, la France était fière d'elle-même et les Français savaient qui ils étaient. La question de leur «identité», expression très récente, ne se posait pas, tant elle était évidente.
Aujourd'hui, nous ne savons plus très bien qui nous sommes ni ce qu'est la France. Le français est devenu notre Patrie. Toucher à la langue, c'est toucher à la France et à son histoire, qu'on le veuille ou non. Nos compatriotes le sentent plus ou moins confusément.
    Raison pour laquelle il serait sage, comme l'a rappelé l'Académie française, de ne pas appliquer cette réforme inutile. •
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(1) Atlantico.fr, 14 février.
Paru dans Famille Chrétienne du 20 février 2016