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Le billet de la semaine
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Suzon

     Je lui avais consacré un chapitre de mon livre « Un coup d’œil dans mon rétro ». Elle vient de mourir et, devant la médiocrité de nombre de personnes dites célèbres, je juge important de revenir sur cette femme extraordinaire et l’admirable exemple de vie qu’elle laisse.

Quand j’ai quitté l’armée, l’on nous a demandé d’entrer dans l’Equipe dirigeante des Equipes Notre Dame. Il s’agissait de remplacer un couple qui avait terminé son mandat de six ans dans cette fonction et désirait s’engager ailleurs. C’est ainsi que nous avons découvert Suzon et Pierre auxquels nous succédions.

D’emblée, nous avons été saisis par la richesse de leur double parcours humain. Ils sont un vivant témoignage de foi et de charité…

Ils se sont mariés à l’automne 1954.
Pierre, officier de carrière, arrivait du Tonkin où il venait de connaître la dure condition de prisonnier des Viet. L’avion qu’il pilotait avait été abattu par la DCA au cours d’une mission de bombardement sur Diên Biên Phu. Sauvé par son parachute, il avait alors partagé le destin des rescapés du camp retranché.

    Suzon, alors sa fiancée, a suivi le drame depuis la France. Devenue l’épouse d’un pilote qui finira général commandant les formations de bombardement stratégique, elle continuera, durant des années, à être de celles qui attendent (anxieusement ?) chaque retour de mission.

Enfant, elle avait d’ailleurs connu, de 1942 à 1945, sa propre aventure de guerre. Elle en fait le récit dans un petit livre où il est question de Résistance, de passage clandestin des Pyrénées par sa mère, malgré sa santé fragile, avec ses deux enfants… de leur traversée, clandestine encore, de l’Espagne, jusqu’à la frontière portugaise franchie en douce… de leur séjour en prison à Lisbonne, (Suzon, une petite fille de dix ans au milieu des détenus !) , puis de libération… de vol vers l’Angleterre, de retrouvailles avec son père… de vie à Londres sous les bombes …

Comme toute femme d’officier, elle a ensuite connu de nombreux déménagements et découvert plusieurs garnisons…

Elle a surtout mis au monde sept enfants : Véronique en1955, Marie en 1957, Maurice en 1959, Pierre en 1961, Etienne en 1963, Thérèse en 1966, Paul en 1969 et a assuré leur éducation.
Sa fille Marie lui a causé des soucis particuliers car elle a vécu sous dialyse toute sa vie, un véritable calvaire que sa maman a partagé. Il s’est achevé par sa mort en 2004.

Leur nombreuse famille ne suffisant apparemment pas à combler leur capacité d’amour, son mari et elle ont entrepris, quand les leurs ont été élevés, de prendre en charge d’autres enfants, malheureux à des titres divers.

Ils ont ainsi recueilli successivement 2 enfants victimes de la guerre au Liban, puis 2 petits rescapés du génocide cambodgien, puis 5 autres enfants victimes de mauvais traitement ou handicapés à divers titres, dont Stéphane en 1973 et Jérôme en 1977.

Celui-ci, trisomique, a été adopté formellement, les autres sont restés par le cœur les enfants de Pierre et Suzon.

Cette sèche énumération recouvre une réalité, celle de millions d’actes d’amour, de biberons donnés, de repas cuisinés et distribués, de nuits de veille, de confidences reçues, d’encouragements prodigués et de remontrances, faites notamment à des jeunes subissant de plein fouet la crise de l’adolescence, en même temps qu’un lourd passif d’exil ou d’affreux souvenirs de leur passé… Mais surtout de millions de baisers donnés !

Quand leur « deuxième série » d’enfants a commencé à grandir et bien que déjà grand-mère de quinze petits-enfants…), Suzon a décidé de se dévouer aussi aux habitants de leur commune et a assumé un mandat d’adjoint au maire, puis de maire-adjoint, de 1983 à 1989. Elle a trouvé également le temps d’écrire des livres, le tout en dépit d’une mauvaise santé… allant jusqu’à des troubles de locomotion !

    Il est évident que cette femme étonnante, au caractère trempé et au cœur immense, a un secret qui explique aussi son sourire.
     C’est sa foi chrétienne, une foi à renverser les montagnes qui l’a amenée à mettre la prière au centre de sa vie.
    Alors qu’elle aurait dû comme tant d’autres, être écrasée par le travail matériel dans une maison alors pleine d’enfants dont certains très fragiles, elle éprouvait le besoin de se lever chaque nuit pour prier dans l’oratoire installé au sous-sol de leur maison …

     Un jour, son nom a paru au Journal Officiel au titre de sa nomination au grade de Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.
     Lors de sa décoration, moi qui ai assisté à beaucoup de cérémonies de ce genre, dont certaines concernaient d’autres héros, je me disais
« Je n’ai jamais ressenti à ce point qu’une décoration du Mérite puisse être autant justifiée ! »
Un immense merci, Suzon, pour l’exemple de toute ta vie !
Repose en Paix.
Jean Delaunay

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Livres de Suzon Caubel « Demain, il fera jour » Editions du Chalet ( épuisé), (une mère accompagnant sa fille du coma à la guérison) « La vie partagée » Editions du Chalet (épuisé) 1991 (S™ouvrir par l’adoption à l’enfant handicapé.) « J’aime l’Eglise » Editions de l’Emmanuel 1991 « Marthe et Marie » Editions du Moustier 1991 (épuisé « Dis-nous, Bonne Maman » Editions Amalthée 2004 »