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Le billet de la semaine
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Pourquoi ils aiment la France ?

    
Par Samuel Pruvot

La vague d'attentats de 2015 provoque un regain de patriotisme. Plus qu'un effet de mode, un réflexe de survie, quand la France est attaquée dans sa chair et sa culture.
Le drapeau tricolore est sorti de son purgatoire. Et depuis les attentats de Paris, il est porté par de nouveaux patriotes dont personne n'aurait pu imaginer l'existence. Parmi eux, beaucoup d'anonymes et quelques célébrités comme Magyd Cherfi, le chanteur du groupe Zebda. Cet artiste d'origine algérienne, proche du Front de gauche, a déclaré sa flamme à la France : « C'est mon jour de baptême, je deviens solennellement français, c'est dit. Je promets devant le fronton des mairies d'aimer la France pour le pire et le meilleur, de la protéger, de la chérir jusqu'au dernier souffle. » Cette profession de foi n'a rien d'opportuniste. Elle sonne plutôt comme un acte de reconnaissance, une déclaration d'amour : « y a des jours comme ça où, même anar, on porte un drapeau parce que c'est tout ce qui reste à brandir après l'embrasement, et il est bleu blanc rouge. Il y a des jours où on s'incline devant la tombe du soldat inconnu, où on ne rechigne pas à la minute de silence. Des jours où on applaudit à tout rompre les uniformes, tous les gardiens de la paix, les paras et les flics. Ce jour-là, on aime les Français quels qu'ils soient. :: »
     Ce patriotisme de bon aloi étonne. Il réjouit ceux qui n'ont jamais douté, comme le général Didier Tauzin, auteur de Rebâtir la France: « Le patriotisme n'a jamais disparu. Les Français ont toujours aimé leur pays depuis la bataille de Bouvines, même si certains se sont acharnés à Je dévaloriser comme un truc ringard. »
     François Hollande lui-même s'est mis à l'unisson. Lors du Conseil des ministres, le 26 novembre, il nous a invités à mettre des drapeaux à nos fenêtres lors de l'hommage solennel rendu aux victimes des attentats aux Invalides.
    Ironie de l'Histoire, c'est le même François Hollande qui a fait transférer les cendres de Jean Zay au Panthéon. « Jean Zay qualifiait notre drapeau de "torche-cul"! », s'indigne le général Tauzin. De fait, l'ancien ministre de l'Éducation nationale du Front populaire écrivait, dans sa jeunesse, contre le drapeau: «Je hais tes sales couleurs, le rouge de leur sang, le sang bleu que tu voles au ciel, le blanc livide de tes remords. » Mais les temps ont changé : Zebda a remplacé Zay. Pas forcément pour le pire...
    Fait incroyable, depuis les attentats, les jeunes se pressent davantage dans les casernes pour s'engager. «Nous constatons un afflux massif de candidatures», disent les autorités militaires. En 2014, de 100 à 150 jeunes prenaient contact chaque jour pour devenir soldat ; ils étaient 400 depuis les attentats de Charlie ; ils sont 1500 depuis le 13 novembre. Selon une étude d’opinion réalisée après les attentats, un tiers des jeunes de moins de 21 ans affirme pouvoir s'engager pour la défense nationale. Pour 89 % des jeunes, l'engagement dans la vie de la cité permet une société plus unie et plus forte. Les jeunes femmes sont même 91 % à le penser.
     «La jeunesse française est fabuleuse ! », commente le général Tauzin. Il en a fait l'expérience concrète auprès de jeunes de banlieues en créant, à la demande de Michèle Alliot-Marie, l'Établissement public d'insertion de la Défense. « Bien entendu, cette jeunesse fait des c...à tour de bras, parce qu'elle est mal encadrée. Comme toutes les jeunesses, elle a pourtant soif d'idéal et d'amour de la France ! » Une certitude qui a poussé le général à lancer l'association « France. Terre d'Espérance » dans l'optique de peser dans le débat politique en 2017.
     Ce regain de patriotisme mérite toute notre attention. Car il est gage de jours meilleurs malgré les épreuves. «La nation, au-delà des flonflons, c'est le sous-sol anthropologique sur lequel on repose tous sans même le savoir», explique Elisabeth Lévy, essayiste, et directrice de la rédaction de Causeur. « Quand nous sommes attaqués, nous retrouvons le sens de la patrie. Nous avons peur ensemble, c'est humain. L'être français attaqué se réveille. Cela permet de définir l'ennemi et de se définir soi-même. » Après le temps des cerises revient celui des drapeaux.
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Article paru dans « Famille chrétienne » du 9 janvier 2016
Nous avons déjà signalé le livre du Général DidierTauzin « Rebâtir la France,» et son mouvement « France, terre d’Espérance »

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Le rôle des catholiques
     Comment les catholiques peuvent-ils participer au sursaut patriotique? Cela serait incompatible avec la démarche communautariste d'une minorité religieuse qui chercherait d'abord à exister ou survivre en tant que telle dans l'espace public. Au colloque « Catholiques en action» », Ichtus s'est appuyé donc sur Evangelii gaudium. Le pape François a une vision dynamique de l'identité, qui conjugue «l'être» et «l'agir» du peuple. Il engage à «retrouver ta manière particulière que nous avons créée, dans notre Histoire, de former une communauté», pour «reconstruire de façon organisée et créative le rôle d'acteurs auquel nous n'aurions jamais dû renoncer». Il ajoute, dans Je crois en l'homme (Flammarion, 2013), que «nous ne pouvons plus pratiquer la politique de l'autruche en laissant les dirigeants faire et défaire; parce que nous savons ce qui se passe quand le pouvoir politique et économique se détache des gens».Voilà ce que pourrait être l'esprit d'un nouveau catholicisme social, civique, patriotique et populaire.
Guillaume de Prémare, délégué général d'Ichtus
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Compléments à paraître dans le numéro de janvier-février 2016 de Permanences.