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Le billet de la semaine
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Le colloque « Victoire 1945 »
Notre Promotion « Victoire » a rassemblé à Coëtquidan, en juillet 1945 pendant 5 mois, 2.000 élèves engagés pour la guerre et d’origine différente: étudiants désirant devenir élèves-officiers de réserve et militaires voulant rester dans l’armée active. Soixante-dix ans après, à l’initiative de l’un d’entre nous, évadé de France, combattant de la 1° armée devenu Ambassadeur de France, les survivants ont décidé d’organiser le 26/10 à Paris un Colloque pour transmettre aux jeunes quelques éléments de notre aventure collective qui débuta là. Dans ce cadre, j’ai été chargé de rappeler ce que fut la vie des officiers de carrière pendant la période 1945 /1985. Il m’a semblé que cela intéresserait peut-être nos amis. D’où ce texte
Jean Delaunay

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« -Ayant bénéficié dans notre jeunesse de l’exemple de nos parents, acteurs de la guerre de 1914/18, témoins nous – mêmes de la débâcle de 1940, marqués par l’Occupation et ayant déjà une certaine expérience de la guerre avant de rejoindre Coëtquidan en 1945, nous avons traversé ensuite, en tant qu’officiers, une période de grands bouleversements : suites du 2° conflit mondial, décolonisation, guerre froide, révolution des techniques et des mœurs.

-Notre vie militaire a été très marquée par les guerres d'Indochine et d'Algérie et leurs issues frustrantes pour nous. Nous avons été ensuite engagés à fond dans l’évolution de l’armée et de la société après 1968.

- Nous avions vécu la Victoire de 1945 mais nous avons enduré ensuite de grandes souffrances

- souffrance dans notre corps : 205 morts au combat, plus beaucoup de blessés et malades

… - souffrance dans notre cœur : des séparations familiales renouvelées de 27 mois chacune, la mort de frères d’armes, l’abandon de populations dont nous avions la charge…
Sans compter le sentiment d’être, malgré nous, partie prenante d’échecs répétés: de Caobang aux accords d’Evian…

- Souffrance dans notre esprit : perception d’un décalage entre notre vision à nous des choses
(Engagement complet, corps et âme, dans la mission) et celle du pouvoir politique (Général de Gaulle y compris à propos de l’Algérie)
Et d’un autre décalage entre nos Valeurs et nos soucis, d’une part, et les préoccupations de nos concitoyens et les messages de l’intelligentsia, d’autre part…

- Nous avons dû nous réadapter fréquemment à des réalités nouvelles guerrières et humaines : adversaire et terrain.

Nous avons ‘’fonctionné’’ surtout au dévouement à la Patrie et au Sens du Devoir , d’où notre modeste satisfaction de ce jour, d'autant plus que l'actualité vient à notre secours : par exemple, la menace actuelle impliquerait comme hier des soldats nombreux, courageux et entrainés…

- Cela dit, le fait d’avoir surmonté tant d’épreuves et d’incompréhensions a ancré en nous une conviction : au-delà des pertes, des frustrations, des renoncements politiques, la vie vaut la peine d’être vécue, y compris dans l’armée, à condition, comme disait Lyautey, de n’être pas que militaire.
Suivait mon témoignage personnel disponible sur demande

Conclusion Moi, ce soir où nous revenons sur le passé, je pense surtout à nos camarades tombés à 25 ans au détour d’une piste, des fils de généraux comme Bernard de Lattre et Henri Leclerc de Hautecloque ou des modestes comme Marcel Gilet que j’accompagne fin 1948 au bateau qui va l’amener en Annam à la tête de partisans. Il me dit :
« Je suis fiancé et je ne la reverrai jamais. Je sais que je pars vers la mort. »

     Par opposition, je mesure ma chance immense et je me sens solidaire de tous mes camarades de cette promotion pas comme les autres qui, ayant bien servi et pas mal souffert, témoigne modestement de sa participation à la longue chaine du devoir accompli par les soldats de la France.

     Je constate sans vanité abusive que, les plus chanceux d’entre nous au moins, nous n’avons pas cessé de repartir après chaque coup reçu, d'entreprendre et de créer (et d’abord une famille), de témoigner et de transmettre, de croire et d'espérer en la jeunesse, en nos valeurs, en la France, en la Vie...

C’est d’ailleurs le splendide message contenu dans « Les champs de braise », le maitre - livre de mon camarade de corniche Hélie de St Marc qui n’a pu nous rejoindre à Coët en 1946 car, mal remis de sa déportation, il était à l’hôpital. ( ….)

C’est aussi, en moins connu, celui de Jacques Bonfils, ici présent. Un obus lui avait arraché le bras gauche dans sa tourelle en novembre 1944, il était pourtant des nôtres à Coet en juillet 45. Il s’est battu en Indochine à la tête d’une compagnie de Légion sur la RC 4 en octobre 1950.
     Prisonnier des Viet pendant plus de 2 ans et libéré, à peine remis, il a voulu reparti au combat pendant 4 ans en Algérie.

Cet homme-là a consacré sa retraite à faire du bien au peuple vietnamien dont certains l’avaient pourtant beaucoup maltraité, l’aidant à reconstruire les ponts, les écoles et la cathédrale que la guerre avait cassés.
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     C’est aussi le message que j’essaye de faire passer depuis 30 ans à France-Valeurs.

JD         

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Hélie de Saint-Marc