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Le billet de la semaine
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A propos de l'encyclique Laudato si ?

     La crise écologique que nous traversons réclame des solutions globales.
Au lieu de me livrer à des commentaires sur la question, je préfère laisser la parole sur ce sujet à une grande voix qui prolonge et actualise noblement celle de François d’Assise.
Jean Delaunay


A propos de l'encyclique Laudato si ?
     Le pape François s’adresse à « chaque personne qui habite cette planète pour « entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune ». Selon lui, tout le monde devrait se sentir concerné par les problèmes écologiques qui interrogent nos façons de vivre.
     Le monde d’aujourd’hui est en effet au bord d’une catastrophe écologique et il est donc urgent d’agir. Le pape propose des pistes d’action.

La démarche
Il développe sa démarche en six chapitres.
1/ Evaluation de la situation actuelle d’après les résultats de la recherche scientifique.
2/Rappel de la tradition judéo-chrétienne d’engagement en faveur de l’environnement.
3/ Rappel des symptômes de la crise écologique pour en interpréter les causes profondes.
4/ Proposition d’écologie intégrale, à la fois environnementale, économique et sociale.
5/ Pistes d’orientation et d’action consécutives.
6/ Aspect spirituel d’une action globale permettant à l’humanité de changer.

Le diagnostic est sombre : « Ce qui se passe dans notre maison. »
Pollution et changement climatique, menace sur les ressources d’eau potable, perte de la biodiversité, détérioration de la qualité de la vie humaine et dégradation sociale…
« Nous n’avons jamais autant fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. »… « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale ».
« Ces situations provoquent les gémissements de « sœur terre », qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant une autre direction ».


Pour une réponse globale
     Du fait de sa nature systémique, la crise écologique ne se satisfera pas de réponse partielle. Il faut une approche globale de cette crise à la fois environnementale, économique, sociale, culturelle, qui embrasse aussi la question de la justice.
« Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature ». L’on ne peut se contenter de proposer « un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit », car « c’est isoler des choses qui sont entrelacées dans la réalité, et c’est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial »… « Une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres »

. Les obstacles
     La situation est urgente et les choses évoluent très lentement, observe le pape. Il reconnaît le chemin parcouru par le mouvement écologique mais il constate que les efforts pour trouver des solutions concrètes à la crise environnementale débouchent souvent sur des échecs « non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres ». Cela va « de la négation du problème jusqu’à l’indifférence, la résignation facile, ou la confiance aveugle dans les solutions techniques ».
     Sa critique est particulièrement sévère à l’égard de la communauté internationale, notamment dans sa réaction politique : « La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement. Il y a trop d’intérêts particuliers, et l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets. (…) L’alliance entre l’économie et la technologie finit par laisser de côté ce qui ne fait pas partie de leurs intérêts immédiats. Ainsi, on peut seulement s’attendre à quelques déclarations superficielles, quelques actions philanthropiques isolées, voire des efforts pour montrer une sensibilité envers l’environnement, quand, en réalité, toute tentative des organisations sociales pour modifier les choses sera vue comme une gêne provoquée par des utopistes romantiques ou comme un obstacle à contourner » (n° 54).
     À quelques mois de la conférence sur le climat à Paris, ces mots veulent mettre la communauté internationale devant ses responsabilités.
     Il dénonce aussi la volonté des pays riches d’imposer aux pays pauvres un contrôle des naissances au motif que la croissance démographique serait incompatible avec le développement. Cet argument ne fait que masquer l’égoïsme des riches :
« Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. »

L’espérance
En dépit de tous ces obstacles, le pape n’est pas résigné. « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer », écrit-il dans son introduction (n° 13).
     Les raisons de sa confiance, il les trouve dans l’histoire sainte. Dans l’épisode de l’arche de Noé ou plus tard dans l’exil à Babylone, Dieu « a donné à l’humanité la possibilité d’un nouveau commencement. Il suffit d’un être humain bon pour qu’il y ait de l’espérance ! » « L’espérance nous invite à reconnaître qu’il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes » (n° 61).
     « Tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surmonter, opter de nouveau pour le bien et se régénérer, au-delà de tous les conditionnements mentaux et sociaux qu’on leur impose. Ils sont capables de se regarder eux-mêmes avec honnêteté, de révéler au grand jour leur propre dégoût et d’initier de nouveaux chemins vers la vraie liberté »
(n° 205).

Les propositions
     Le mot dialogue revient souvent, notamment dans le chapitre qui propose des lignes d’action : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète » (n° 14). « La gravité de la crise écologique exige que tous nous pensions au bien commun et avancions sur un chemin de dialogue qui demande patience, ascèse et générosité, nous souvenant toujours que la réalité est supérieure à l’idée» (n° 201).
     C’est la voie obligée en vue de réponses intégrales : dialogue entre science et religion « qui proposent des approches différentes de la réalité » ; entre foi et raison ; entre croyants de différentes traditions et confessions religieuses ; entre le langage scientifique et technique et le langage populaire ; entre politique et économie ; entre les diverses sciences ; entre les différents mouvements écologistes « où les luttes idéologiques ne manquent pas »...
     Il insiste sur la transparence du dialogue dans les négociations internationales en vue de l’obtention d’un consensus. « La prévision de l’impact sur l’environnement des initiatives et des projets requiert des processus politiques transparents et soumis au dialogue, alors que la corruption cache le véritable impact d’un projet en échange de faveurs, conduit à des accords fallacieux au sujet desquels on évite information et large débat » .
     Dialoguer, c’est refuser les postures idéologiques et la défense des intérêts particuliers.
Il montre ici l’exemple quand il laisse les données scientifiques interroger la foi chrétienne.

Spiritualité écologique
En finale, le pape indique le type de changement dont l’humanité a besoin pour faire face au défi de l’heure. Il invite d’abord à « miser sur un autre style de vie » dans un monde où « le marché tend à créer un mécanisme consumériste pour placer ses produits ».
Il souligne aussi l’importance du défi éducatif qui ne doit pas seulement créer une « citoyenneté écologique », mais doit aussi cultiver « de solides vertus », condition du « don de soi dans un engagement écologique ». Cette éducation environnementale peut même être un chemin vers Dieu en nous disposant « à faire ce saut vers le Mystère, à partir duquel une éthique écologique acquiert son sens le plus profond ».
     Aucun geste ne peut être tenu pour anodin. « Eviter l’usage de matière plastique et de papier, réduire la consommation d’eau, trier les déchets, cuisiner seulement ce que l’on pourra manger, traiter avec attention les autres êtres vivants, utiliser les transports publics ou partager le même véhicule à plusieurs, planter des arbres, éteindre les lumières inutiles » peuvent contribuer à changer le monde en permettant au bien de se répandre dans la société (n° 212).
     L’encyclique se termine par « quelques lignes d’une spiritualité écologique », tirées de l’Évangile et de l’expérience chrétienne: « Il ne sera pas possible, en effet, de s’engager dans de grandes choses seulement avec des doctrines, sans une mystique qui nous anime » (n° 216). Il invite à emprunter un chemin de conversion qui doit conduire à un renouvellement de nos relations avec le monde qui nous entoure, avec autrui et avec Dieu.
     Il propose de faire ce chemin en compagnie de François d’Assise et des saints qui nous révèlent le sens le plus profond d’une écologie intégrale  : « Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée. » (Evangelii gaudium, n° 71) » (n° 225
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Extraits d’une analyse de Dominique Greiner


Encyclique Laudato si ?