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Le billet de la semaine
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Mourir dans la dignité

par Hervé Catta (1)        

    On entend parler depuis une dizaine d’années d’une revendication de « mourir dans la dignité »
. Mais quelle dignité ?

    La dignité fondamentale de l‘homme, c’est d’être reconnu pour un homme sans exception. C’est le droit de vivre, sans lequel il n’y a plus d’autre droit.

    Il n’y a pas d’homme qui devrait être traité comme un sous-homme parce qu’il est Rom. Ni parce qu’il est diminué mentalement, qu’il ne se souvient plus de son nom, parce qu’il est déprimé.

    Il y a des lois qui défendent la vie des loups mais la vie d’un homme ne vaut-elle pas plus que celle d’un loup ?

     Il y a des moments où l’homme ne sait plus qui il est mais il est. Il continue d’être, encouragé par le regard de ceux qui le regardent comme un homme.

     Mon père à 80 ans était atteint d’une dégradation progressive de la mémoire. Il ne savait plus le nom de ses enfants. Nous l’avons sorti d’une maison médicalisée où il sombrait. Pendant deux ans et demi, il a habité chez nous, avec quelques vacances chez l’un ou l’autre. Puis il a fallu l’hospitaliser car, à domicile, l’on ne pouvait plus lui donner les soins nécessaires. Lors de son évaluation à l’accueil de l‘hôpital, un médecin nous a dit : « votre père est toujours un artiste, un joueur de violoncelle, mais il ne peut l’être que sous votre regard. »
    Il était dans un service où nous étions assurés qu’on ne lui ferait pas la piqure fatale. Nous le visitions tous les jours. L’un de mes frères venait aussi mais nous ne nous sommes jamais rencontrés et mon père ne savait pas nous le dire. En revanche, il a reconnu un jour ses trois filles venues ensemble. Notre dernier frère habitant l’Equateur a pu revenir à temps et l’a veillé pendant ses derniers jours.

    Voilà ce qu’on peut appeler mourir dans la dignité : considéré jusqu’au bout comme un homme : traité à la maison, puis à l‘hôpital avec attention, aimé, entouré, autant que l’on puisse le faire.
***

Je refuse
     Je ne suis pas président de Cour d’Assise, comme celui qui réclame l’euthanasie, associé à cet avocat qui plaide pour la mort. Depuis longtemps, je ne suis plus avocat. Mais je me lève aujourd’hui pour prendre la défense de ces humbles : malades, infirmes, déprimés, personnes handicapées ou âgées, vulnérables, auxquelles on veut refuser les droits de l’homme.
    Au nom de l’homme, je refuse qu’on leur ôte le droit à la vie. Au nom de l’homme, je réclame pour eux la protection de l’Etat.
    Au nom de l’homme, je refuse les lois hypocrites qui permettraient l’autodestruction sur prescription médicale et les lois qui permettraient l’assassinat en silence.
    Au nom de l’homme, je refuse ces comités de médecins qui seraient chargés de délivrer des ordonnances-permis de tuer.

    Non, la dignité, ce n’est pas de mourir avant l’heure par empoisonnement délibéré, qu’il soit décidé par une personne ou par un comité. La dignité, c’est d’être soigné, entouré, respecté et aimé jusqu’au bout.
Je veux mourir dans cette dignité-là.
***

Extrait de la brochure « Je veux mourir dans la dignité », publiée par l’ACC (association pour la culture citoyenne)
Culture citoyenne