http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Une cure de jouvence estivale !
Une cure de jouvence estivale !
par Jean Delaunay        

    Tout au long de l'année, heureux anciens que nous sommes, vivant encore à deux, nous appuyant l'un sur l'autre, relativement valides et nous sentant entourés de l'affection des nôtres, nous vivons agréablement en ville mais assez au ralenti et en fonction exclusive de nos habitudes.
    Nos amis survivants étant dans le même état que nous, nos rapports se limitent trop souvent à des commentaires réciproques sur l'état de la France et à celle de nos carcasses.

    Ici, dans nos montagnes, rien de pareil : contact direct avec la nature, air pur, spectacle grandiose, jardin à remettre en état au prix d’une bienfaisante fatigue somnifère, et surtout accueil de nos jeunes familles l’une après l’autre et merveilleuse redécouverte (ou découverte) chaque année de nos arrière-petits-enfants.

    Bien sûr, il nous faut assurer l’essentiel de l’intendance pour remplir ces jeunes estomacs affamés.
    Bien sûr, il nous faut accepter un peu de désordre et beaucoup d’agitation dans notre petit chalet.

    Mais quelle joie en échange de pouvoir dialoguer le soir avec ces jeunes parents qui nous racontent leurs vies professionnelle et familiale, leurs engagements, leurs contacts… Quelle joie de contempler de près les frimousses réjouies de leurs bambins, de recevoir leurs baisers, d’écouter leurs babils, d’admirer leurs performances gymniques ou aquatiques, de solliciter leur aide pour tel service, de répondre à telle question de détail ou profonde, de saisir une occasion pour faire passer un message ou engager une conversation qu’il faudrait reprendre plus tard…

     Hier soir, au diner, Ludovic, notre petit- fils ainé, le papa des six, a annoncé : « La météo annonce grand beau. Demain, on part à la Tournette. Timothée, Pierre, Gabriel et Lucie, préparez vos effets chauds car il va faire froid là haut de bon matin. »
     La Tournette, c’est le (modeste) sommet qui domine le lac d’Annecy : son ascension est chez nous comme un rite d’initiation. J’y ai souvent emmené mes descendants par l’une ou l’autre voie en les prévenant que ce serait dur, qu’il faudrait se lever avant l’aube pour marcher à la fraîche mais que, du sommet, on verrait le Mont Blanc, et surtout qu’ils seraient très fiers d’eux-mêmes après avoir accompli cet exploit.

    A l’annonce de leur père, j’ai senti de l’enthousiasme chez les deux garçons ainés, 10 et 9 ans, qui n’ont peur de rien mais un peu d’appréhension chez Gabriel, 7 ans, et Lucie, 6 ans. J’ai essayé de les rassurer en leur expliquant qu’en chemin ils rencontreraient des bouquetins, qu’ils apercevraient des chamois et des marmottes et qu’au retour on les considérerait comme des grands.

    Ils sont allés se coucher car le réveil était prévu à 4 heures, départ à 4 H 30, petit déjeuner pris…

    Nous n’avons entendu ni leurs préparatifs ni leur départ, très discrets. Au matin, j’ai constaté que le temps n’était pas aussi beau qu’annoncé et j’ai pensé qu’en plus de la fatigue, ils devaient affronter le brouillard. Tout au long de la matinée, je pensais à cette petite caravane cheminant dans le coton sur ces sentiers abrupts que j’ai si souvent parcourus. Il me semblait entendre de loin les : « Quand est ce qu’on arrive ? J’ai froid ! J’suis fatigué ! On ne peut pas s’arrêter ? »
    J’imaginais les encouragements du père, ses remontrances, sa main tendue à sa fille dans les passages difficiles, ses appels à la prudence envers les hardis éclaireurs de tête en quête des animaux de montagne. Je savais qu’il ferait une ou deux pauses pour croquer quelque remontant et boire une gorgée de thé chaud. J’appréhendais un peu pour eux l’arrivée subite d’une couche de brouillard épais comme j’en avais quelquefois rencontré avec visibilité nulle et sérieux danger… J’avais cependant toute confiance car je connais la solidité et l’expérience du guide, sa force et son sens des réalités…

     C’est donc le cœur tranquille que nous sommes allés faire des courses pour ravitailler nos montagnards au retour.

    Vers 13 h, ils sont revenus, fourbus mais fiers d’avoir atteint le sommet malgré les bancs de brouillard, déçus de n’avoir pas vu le Mont Blanc mais intarissables sur les mini incidents de parcours et la rencontre avec des bêtes jusque-là inconnues.

    A table, ce qui dominait le cliquetis des couverts, c’étaient les expressions d’enthousiasme de nos alpinistes débutants tout fiers d’avoir vaincu la Tournette, le plus jeune à six ans.

    Ce midi, déjeunant au milieu d’une autre famille qui revenait d’une autre promenade (à la vérité moins longue que celle de leurs cousins, épreuve qu’ils affronteront, eux, demain), nous avons entendu cette parole étonnante de la part de notre Aloyse de huit ans :
« Moi, à la montagne, j’aime tout … sauf la fatigue ! »

     (Il faut dire que la jeune personne en question est notre miraculée. Il y a 6 ans, elle est tombée par la fenêtre du 5° étage à Paris, rattrapée au vol par un touriste russe qui venait pour la première fois en France et qui, de la rue, a opportunément regardé en l’air et tendu les bras. Cette aventure a heureusement laissé notre héroïne physiquement indemne mais a dû cependant laisser des traces dans son inconscient car elle nous apparait mûre et réfléchie pour son âge. Il est vrai qu’elle a de qui tenir : sa grand-mère et sa maman sont des philosophes…
     Elle nous parait capable de soutenir bientôt une thèse autour de sa remarque de ce jour. Je me rappelle en effet avoir entendu un conférencier ou un prédicateur nous dire : « Dans la vie (ou dans la foi), on doit prendre « tout le paquet », le bon et le moins bon. A nous de faire avec ! »
***

    Petits-enfants, nos échanges et les contacts avec vos enfants nous projettent dans l’avenir alors que notre génération a sans doute trop tendance à se référer à son passé et à pleurer sur l’actualité.

    Vos visites estivales constituent pour nous une vraie cure de jouvence et nous incitent à l’Espérance.

    Merci !
***
La Tournette