http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
Aucune bête au monde…
15/02/2006

     Je connaissais depuis longtemps l’exploit de Guillaumet, pilote de l’Aéropostale, victime d’un crash en pleine Cordillère des Andes, à 5.000 m d’altitude, et réussissant à s’arracher, tout seul, à un désert de roc et de glace et son cri quand il fût découvert : « Aucune bête au monde ! »… Mais j’ai rencontré samedi un personnage encore plus admirable...
     C'est par hasard, à l'occasion d'une signature de livres en province, que j'ai fait sa connaissance. D'emblée, j'ai senti que cet inconnu, à la voix douce et au maintien élégamment discret, était un homme hors du commun ; en lui, j’ai découvert un vrai héros.
     Il est né en Cochinchine alors française, de parents vietnamiens. Parce qu'il était l’un de nos amis, son père a été assassiné par le Viet Minh en 1946. Malgré sa jeunesse, le fils a compris que les Français étaient davantage attachés à la construction d'une Indochine libre et démocratique que le Viêt-minh imbibé d'idéologie marxiste et manoeuvrant dans le sillage et au profit de l’URSS et de la Chine. Huynh a alors obtenu la nationalité française ; il est venu finir ses études en France et est devenu officier dans notre armée.
     Revenu en 1950 dans son pays alors en guerre, il a d’abord été choisi comme aide de camp par le Général de Lattre, puis est devenu instructeur dans l'armée Vietnamienne alors en formation et a enfin pris le commandement, lui tout jeune capitaine, de l’un des premiers bataillons de cette armée, en charge d’un sous-secteur dangereux du Tonkin.
     A la tête d’un détachement de son unité, il est tombé, un jour d’avril 1953, dans une embuscade montée par tout un régiment d’élite adverse. Malgré leur défense acharnée, ses hommes, combattant à un contre cinquante, ont été finalement submergés. Dans la mêlée, leur chef a reçu un coup de crosse sur la tête et s’est réveillé prisonnier.
     Sa captivité a duré 23 ans…
     Sa survie relève non du miracle mais d’une force d’âme extraordinaire…

     Dans ces régions, le climat est rude et le terrain difficile. Les asiatiques savent être cruels envers leurs adversaires, et les communistes s’y entendent à briser la résistance physique et morale de leurs captifs afin de leur laver le cerveau. On imagine donc les tourments subis par cet homme cheminant de nuit, pendant des semaines, sur des pistes de brousse, affamé, torturé par la dysenterie, pieds nus et bras ligotés… avant d’être enfermé au secret dans un cachot obscur au fond de la jungle, n’en sortant que pour comparaître rudement devant le commissaire politique… Une évasion manquée aggravera son cas le classant comme irréductible et à traiter comme tel. Après Dien Bien Phu, les prisonniers français survivants furent libérés mais il fut maintenu dans un camp de travail de jungle des plus sévères où il devait rester des années. Malgré leur puissance, les Américains débarquant alors furent tenus en échec par les divisions aguerries et fanatisées de Giap équipées de neuf grâce à une aide chinoise massive. La situation de Huynh empira encore… Encore des années de détention cruelle et de travail forcé dans une prison d’un autre genre, bétonnée et ceinte de barbelés... Ce n’est qu’en 1976 que, les communistes ayant envahi le Sud Vietnam, le carcan sur le Goulag se desserra un peu et qu’il réussit, dans des conditions incroyables, à sortir de sa condition de bagnard…
     Je ne veux pas en dire plus mais je tiens à souligner que son calvaire devait continuer en France où l’on refusa, des années durant, de rendre sa carte d’identité à ce citoyen français, à ce héros martyrisé à cause de son dévouement à notre cause.
***
     Au moment où une partie de notre intelligentsia condamne sans appel notre colonisation, il faut lire et faire lire ce témoignage bouleversant. C’est à la fois
- un monument à la gloire du courage dans la durée et de la volonté de ne pas subir*
- et un hymne d’amour à la France. Elle peut être fière d’avoir formé des hommes tels que celui-là.
Jean Delaunay
***
* La devise de de Lattre : "ne pas subir"

« Oublié 23 ans dans les goulags Viet-Minh » 1953- 1976
par Huynh Ba Xuan
Editions L’Harmattan, 266 pages, 26,5 €
haut de la page
Retour