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Le billet de la semaine
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Honneur à nos paysans et justice pour eux
Par Jean Delaunay    

Bien que citadin, je souffre beaucoup de la crise de l’agriculture française : je mesure la véritable angoisse des hommes et des femmes de la terre et je la partage.

Je descends en effet de petits paysans du pays de Caux et j’ai eu la chance d’être initié culturellement aux réalités du monde agricole. Mon père, devenu parisien après la guerre, était resté amoureux de son Dieu, des auteurs classiques et de son terroir d’origine, de ses paysages et de la vie de leurs habitants. Il m’a légué ce triple héritage.

Comme beaucoup de mes contemporains, j’ai ensuite eu l’occasion pendant l’Occupation de partager un peu la vie des paysans. C’était le temps du travail exclusivement manuel, à la fourche, à la bêche, à la faux, à la hache, à la binette… Le temps de la découverte des odeurs puissantes, des tâches littéralement éreintantes et des travaux fastidieux sous le soleil brûlant. De la découverte aussi des joies élémentaires, tremper un instant mon visage ruisselant de sueur dans l’eau fraiche et en boire et, le soleil couché, partager le repas de gens simples.

Je sais que les choses ont changé : les agriculteurs ne représentent plus qu’une petite minorité de la société, ils travaillent seuls à bord de leurs tracteurs pour labourer, semer, herser, épandre l’engrais, soulever des fardeaux ; la récolte est mécanisée ; beaucoup d’animaux à 2 ou 4 pattes ne quittent le hangar où ils sont nés que pour mourir. Du coup, la tyrannie de la finance et la loi du marché pourrissent l’existence de ces hommes davantage encore que les caprices de la météo.

Je sais surtout que ce sont ces personnes-là qui nous nourrissent et qui entretiennent le sol de notre France. Ils le font, au prix d’un dur travail, les éleveurs surtout, sans trêve ni relève le week-end, sans congés, et avec la perspective de retraites misérables...

… Et surtout, j’en ai peur, sans assez de considération. La société moderne hyper urbanisée glorifie les rois du tertiaire, les commerçants, encore plus que les techniciens alors qu’elle ignore ou méprise les activités primaires, celles des cultivateurs, des forestiers, des pêcheurs.

Je ne sais pas comment le gouvernement pourra aider nos cultivateurs à tenir bon dans un contexte de marché libre, la Bavière et la Nouvelle Zélande nous livrant leurs productions animales à bas prix.

Je souhaiterais cependant que la France reste la France, que les vaches charolaises et les vaches bretonnes continuent à animer nos paysages au lieu d’être gavées dans des usines à bidoche.

Je voudrais surtout que l’opinion réalise le rôle capital des paysans, fils de ceux qui ont littéralement fait la France et nourri les français des siècles durant par leur travail opiniâtre en dépit des rigueurs climatiques, des épidémies et des destructions dues aux guerres. Ces guerres, on leur a ensuite demandé de les faire comme soldats, en 1914/ 18 notamment, au prix de morts innombrables parmi les hommes et de l’héroïsme de leurs veuves seules aux champs et à la tête de leurs familles.

Leurs descendants restent porteurs de valeurs humaines qu’il serait urgent de réintroduire dans nos villes : le courage dans la durée à travers l’acceptation d’un dur travail et d’une vie simple, la patience infinie, le respect de la nature, l’amour de la terre et l’entraide mutuelle.

Sachons rendre hommage à nos paysans d’hier et d’aujourd’hui ! Agissons pour que justice et considération leur soient rendues ! Sachons les soutenir !
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