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Le billet de la semaine
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TOI ET MOI, J’Y CROIS
par Jean Delaunay             

    Sous ce titre, je viens de lire un tout petit livre important.
    Il est écrit par Philippe Pozzo Di Borgo en complément de son livre « Le second souffle ».
    Celui-là, écrit en 2001, racontait son drame personnel et constituait la base de ce film qui a connu un succès international : «Les intouchables».
     On se souvient de la terrible chute, au propre et au figuré, survenue en 1993 à cet homme à qui tout réussissait. Socialement et professionnellement connu, très doué, né dans une vieille famille de l’aristocratie très fortunée et marié à Béatrice , une femme merveilleuse qu’il aime et père de deux enfants, de surcroit coureur de marathon et virtuose du parapente, il s’écrase un jour sur une paroi rocheuse.
     Evacué et tenu pour mort, il ne sort du coma qu’au bout d’un très long délai et se réveille tétraplégique. Brisé physiquement, il s’en sort moralement grâce à son incroyable énergie vitale et à l’aide de quelques personnes dont sa Béatrice, son modeste serviteur Abdel (qui devient la phénoménale moitié agissante de lui-même) et un trio fraternel de complices qui ont échappé à l’accident mais ont tenu à prolonger à ses côtés leur commune aventure.
    Des années après, ayant assumé un deuxième drame personnel, la longue maladie et la mort de Béatrice, qui a occasionné pour lui des rechutes physiologiques et des accès de dépression, il reprend son second souffle en s’établissant au Maroc où il bénéficie de l’accompagnement attentif de Khadija, sa deuxième épouse qui, entre autres, l’initie aux valeurs de la société locale.
     Rivé depuis 25 ans à son fauteuil, ce miraculé peut alors rassembler ses réflexions sur un sujet qu’il définit comme simple et universel : les rapports humains.
    Apologie de l’humilité, de l’accueil et de l’écoute modestes de l’autre, de la longue patience, du silence intérieur, de la faiblesse se transformant en force, cet hymne à la vie décrit aussi la recherche du sens de son existence de la part d’un apprenti croyant qui n’a pas encore trouvé Dieu mais se reconnait en disciple de Jésus.

Deux passages de ce merveilleux livre me paraissent en rapport avec l’actualité.
Le premier concerne nos rapports avec l’Islam.
« Le regard que Khadija portait sur la France et nos sociétés remit en cause beaucoup de mes certitudes. Elle s’offusquait que nos vieux soient si mal considérés alors que dans la famille marocaine les anciens sont respectés. Le manque de liens familiaux, d’assistance envers les membres de la famille connaissant un coup dur, l’opulence, l’extrême pauvreté, la solitude dans les villes, lui paraissaient inacceptables. L’arrogance des pays nantis, l’affichage d’un athéisme triomphant la choquaient.
La confrontation de son regard avec le mien nous permit de nous enrichir mutuellement et d’élargir notre compréhension du monde. La mondialisation devrait être une opportunité pour découvrir les richesses des autres sociétés et non pas un champ de bataille pour imposer une vision monolithique. »(…)


L’autre conteste notre marche sournoise vers la banalisation de l’euthanasie.
« La règle des 80/ 20 % est la quintessence de la normalité (…) On garde les 80 % considérés comme la norme et on écarte les 10 % de chaque extrémité. On élimine les autres qui ne sont pas très présentables. (…) Vouloir faire le tri, c’est créer une sourde angoisse. C’est annoncer à chacun qu’il est en sursis. Car, un jour, les normaux seront vieux et imprésentables et il leur faudra « y passer ».
Quelle violence ! Proposer, ou simplement accepter, d’éliminer l’autre, c’est éteindre la société. Dans cette société normée, atteinte d’une crise profonde qui ne fait qu’accentuer l’angoisse d’être éjecté de la norme, intégrer l’extrême, c’est apaiser les relations. (…)

Accepter l’anormalité, c’est un chemin de guérison pour tous. L’euthanasie, ou le suicide assisté, toutes ces propositions «bienveillantes » de supprimer la souffrance ne sont pas pertinentes pour la société. »

     Et, en guise de conclusion et de vœux pour l’été, je vous livre ces lignes :

« Depuis que je suis en fauteuil, je souris pendant 99 % de la journée.
La petite portion où je ne suis pas souriant, aimable, je n’ai personne devant moi. Etre avenant s’impose tous
. (…) « La bienveillance est extrêmement simple : il faut d’abord être désarmé. » (…)

***
«Toi et Moi, j’y crois »
Par Philippe Pozza Di Borgo
Collection «J’y crois» Editions Bayard ISBN 978-2-227-48755-0
213 pages format poche .