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Le billet de la semaine
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« Vivre ensemble 1 »
     Cette formule est souvent employée dans les milieux politiques mais surtout, hélas, pour regretter la difficulté qu’éprouvent à la réaliser des communautés de cultures différentes.
     En contrepoint, je veux, au nom de France-Valeurs, donner deux exemples de ce que certains de nos contemporains réussissent à faire. Le premier cas me touche d’autant plus que deux de mes petites filles y sont impliquées. Il s’agit de l’association Simon de Cyrène que la Croix présente cette semaine sous la signature de Jean-Baptiste François (extraits) :
Jean Delaunay

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« Placée sur le devant de la scène grâce au film Intouchables, l'association développe un réseau de maisons partagées qui fait cohabiter personnes valides et handicapées. Elle fait déjà ses preuves à Vanves et vient de s'exporter à Angers. D'ici à 2018, un millier de valides et de victimes de lésions cérébrales vivront sous le même toit dans une dizaine de villes.
    En 2011, le film Intouchables, aux 19 millions d'entrées mettant en scène la rencontre d'un jeune de banlieue avec un milliardaire en fauteuil roulant, annonçait que 5 % des bénéfices du producteur iraient à Simon de Cyrène. Ainsi, l'aventure cinématographie s'est-elle prolongée dans la vraie vie, notamment pour Irène. Cette jeune paraplégique de 28 ans est candidate pour emménager dans la maison partagée d'Angers, inaugurée la semaine dernière. Dans cette bâtisse neuve de 550 m2, à côté d'un foyer étudiant de La Catho se trouvent six studios adaptés pour adultes handicapés, quatre studios pour assistants et jeunes valides et un grand salon-salle à manger commun à tous de 50 m2. Irène a confirmé son choix de vivre ici, au terme de dix jours de stage de découverte. Sur le plan de l'autonomie, elle ne trouve rien à redire; «Portes automatiques, douches à l'italienne, tout est fait pour qu'on se sente bien. » Sur le plan humain, cette étudiante en droit, qui a fait toute sa scolarité en milieu ordinaire, est aussi satisfaite : «Je ne voulais pas être mise dans une case pour handicapés, je ne me résume pas à ça. Là, nous sommes tous mélangés, je suis très enthousiaste à l'idée de vivre une expérience de vie en communauté, quelles que soient nos différences. »
    Pascale, Antoine, Claire-Marie, Camille et Josué ont eux aussi testé cette maison sur une courte durée. « Certaines personnes qui ont subi un trauma crânien ont des difficultés à mobiliser leur mémoire récente. Parfois, les explications trop conceptuelles ne passent pas. Rien ne vaut l'expérience sensible pour les aider à savoir si le projet est fait pour eux ou pas », explique Axelle de Suremain, permanente de Simon de Cyrène à Angers. Car dans cet espace de vie, la rencontre est de mise. Deux à trois fois par semaine, on prépare à manger et on dîne tous ensemble. Il y a aussi les activités partagées avec le centre d'activité : peinture, chant, musée, cinéma. À Angers, trois autres maisons doivent sortir de terre, dont l'une sera adossée à une chapelle, dans le quartier des Capucins.
    L'expérience ne s'arrête pas là. À Vanves, quatre structures semblables existent déjà. Le chantier a commencé pour cinq autres à Rungis, et des permis de construire ont été déposés à Dijon, Nantes, Lyon et l'île de Ré. Des plans sont à l'étude à Lyon, Bordeaux ou Marseille. En tout, 600 logements et 400 emplois devraient être créés d'ici à 2018, pour un chantier dont le coût est évalué à 60 millions d'euros.
    Si ce développement bénéficie des gains d'Intouchables (600 000 €), Laurent de Cherisey, fondateur de Simon de Cyrène, compte bien sur l'engouement suscité par le film : « l'allégorie de deux personnes blessées qui, en se rencontrant vraiment, ne se mentent plus sur leurs fragilités respectives, le tout dans le rire et le bonheur de vivre ensemble.
C'est pour nous un support incroyable pour parler, faire découvrir notre projet et convaincre nos partenaires. »

Le responsable mise d'abord sur la générosité du grand public pour développer son modèle. Alors que 10 000 € suffisent au financement d'un logement, Simon de Cyrène a reçu l'appui de différents bailleurs sociaux et de la Caisse des dépôts.
    Pas question, toutefois, de construire à la hâte sans avoir réuni au préalable le capital humain nécessaire. « Nous recherchons avant tout des relations vraies qui font du bien, le reste viendra avec», assure Laurent de Cherisey. Avant la mise en chantier, le lien entre personnes handicapées et valides doit par conséquent avoir été cimenté dans des groupes d'amitié. À Nantes par exemple, depuis 2013 déjà, 40 compagnons partagent régulièrement des activités socioculturelles et des repas. La section locale compte déjà 110 adhérents.

Simon de Cyrène , une histoire de rencontres
• 1993 : À la suite d'un accident de parapente, Philippe Pozzo di Borgo, homme d'affaires français, devient tétraplégique. La relation incroyable qu'il développe avec son aide à domicile, Abdel, lui inspire un livre : Le Second Souffle, publié aux Éditions Bayant en 2001.
• 1999 : Un groupe d'amis se forme, à l'initiative de Syiviane de Cherisey, de son fils Laurent et de sa fille Cécile, gravement accidentée en 1983. Ils partagent le même désir d' « arrêter de regarder le handicap pour regarder les capacités ».
• 2006: Laurent de Cherisey fonde la première communauté Simon dé Cyrène à Vanves, en lien avec l'association homonyme initiée par Marie-Hélène Mathieu, fondatrice de l'Office chrétien des personnes handicapées, et Philippe Pozzo di Borgo.
* 2011 : Le film Intouchables, inspiré de la vie de ce dernier, attire plus de 19 millions de spectateurs.
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Fédération Simon de Cyrène
5 Place du Clos Montholon
92 240 Malakoff
Tél : 01.82.96.00.10
www.simondecyrene.org/