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Le billet de la semaine
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Réflexions de printemps volontairement « terre à terre »
     Je viens de boucler un périple routier à travers la France printanière. Du lac d’Annecy à Reims et à la baie de St Malo, le spectacle de notre campagne française est un enchantement. Retrouvant mon jardinet urbain où le muguet commence à fleurir, je désherbe mes modestes plates-bandes assis sur un pliant, et une partie de ce que j’ai vu et entendu ces derniers jours trotte dans ma tête.

    Je pense surtout aux innombrables contradictions de notre monde. J’y fais déjà allusion dans mon livre « En écho à St Ex » en soulignant l’énorme décalage entre notre situation d’occidentaux nantis et celle des peuples du Tiers Monde. L’actualité confirme, hélas, mes inquiétudes pour l’avenir.
Quatre exemples.
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- La couverture médiatique du désastre au Népal fait ainsi apparaître une criante dissymétrie.
Les touristes étrangers témoignent au micro de leur impatience devant le retard de l’avion qui doit les ramener à leur confort, leurs coûteuses aventures sportives ayant été interrompues.
    Quant aux habitants qui vivaient chichement de leurs métiers de sherpas, d’éleveurs de yacks ou de tisserands, ils ont vu s’écrouler leurs masures avec leurs temples et attendent résignés d’hypothétiques secours dans un pays submergé par la malchance et la pluie de mousson.
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- Une récente émission TV de « C dans l’air » était consacrée notamment au gaspillage alimentaire. Elle montrait l’immense et scandaleux gâchis de nourriture qui sévit dans nos cantines, scolaires et autres, dans nos grandes surfaces et même dans nos familles. Ce, alors même que, chez nous, l’obésité menace beaucoup de jeunes mais, qu’au sud, 870 millions d’humains ont faim.
    Parmi ceux-là, beaucoup rêvent de vivre mieux, chez nous, et risquent en conséquence leur vie d’abord sur les pistes des déserts puis sur la mer à bord de rafiots bondés.
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- L’un de mes petits-fils, cadre dans l’agroalimentaire, me disait avoir vu pleurer l’un de ses clients cultivateur qui voyait s’éloigner de sa ferme un camion chargé de sa récolte qu’il vendait à perte malgré l’intensité de son labeur quotidien. Mon informateur me rappelait l’imbroglio de la situation actuelle. Notre agriculture est très concurrencée par celle de nos voisins hollandais et allemands dont les usines à lait ou à viande rassemblent des centaines de vaches ou des dizaines de milliers de poulets élevés en batterie. Ce faisant, elles exportent une partie de leur production transformée vers le Tiers Monde à des prix inférieurs à ceux des exploitations locales qu’elles étranglent littéralement.
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-Dans notre France profonde, je viens de traverser de nombreux villages quasi morts et de longer des terres bien cultivées à perte de vue mais désertes.
     Dans le même temps, la famille nombreuse d’Ellen, notre filleule philippine, n’a comme ressource que ce qui pousse sur un terrain de ¾ d’hectare dans une ile balayée par un typhon deux fois par an.
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     Sur ces constatations, j’apprends que les organisateurs de l’exposition universelle qui vient de s’ouvrir à Milan ont choisi comme thème : « Nourrir la planète, énergie pour la vie ».
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     J’espère que cette manifestation donnera l’occasion à des hommes politiques de tous les pays (et notamment à ceux de notre Occident réputé riche et sage) de vouloir s’arracher chacun à leurs préoccupations relativement minces (dont, pour chacun, sa propre réélection…) pour chercher enfin à résoudre ensemble les immenses problèmes qui concernent le monde.
    Et ce, en dépassant le point de vue idéologiquement orienté de nos écolos traditionnellement contestataires pour aborder par le haut la question aujourd’hui vitale pour les hommes de demain : que faire de notre terre ?
Jean Delaunay         

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Exposition universelle de 2015