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Le billet de la semaine
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Libres propos sur la réforme scolaire
    
     Parmi les maux dont souffre la société française, la plupart des observateurs de tous bords s’accordent pour dénoncer l’échec scolaire. Trop de jeunes sortent de l’école sans savoir correctement lire, écrire et compter. Quant aux bacheliers d’aujourd’hui, même si leur réussite est de l’ordre de 80 %, tous n’ont pas le niveau voulu pour aborder sereinement les études supérieures et s’y épanouir. D’où cette impression de frustration de ces deux catégories de notre jeunesse qui restent sur le carreau faute de formation sérieuse alors que certains de leurs camarades sont embauchés au premier essai, les plus chanceux réussissant même à créer très tôt leur entreprise.

     Face à cette réalité, je suis consterné par l’annonce récente d’un projet concernant la réforme de l’enseignement au collège. Très marqué idéologiquement, il semble vouloir ajouter encore à ce changement de civilisation qu’annonçait déjà le mariage pour tous.

    Sur le plan social, voire politique, ses auteurs veulent combattre l’élitisme qu’ils considèrent comme opposé à leur conception du vivre ensemble. Sur le plan pédagogique, ils prétendent diminuer la répulsion des jeunes envers l’école en innovant dans tous les domaines, notamment par recours au numérique et incitation à la participation. Dans ce but, ils veulent limiter encore l’acquisition des connaissances obligatoires au profit du prétendu éveil des intelligences. Pour cela, ils diminueraient beaucoup la proportion de cours magistraux au profit de séances interactives pluri-disciplinaires où, par exemple, le professeurs essayerait de faire réagir en permanence les « apprenants » en enseignant l’orthographe à travers les sciences naturelles ou la géographie...

     Cela irait de pair avec la suppression préconisée des filières susceptibles selon eux de favoriser la transmission d’un certain type de culture. Ce que j’appelle, moi, la culture classique (dont ma génération a eu la chance de profiter à travers l’enseignement du latin et du grec en plus de celle du français, des maths et de la physique-chimie) devient pour nos adversaires une culture de classe.
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     Loin de moi la prétention de présenter un contre-projet de remise à plat de l’enseignement en France. De nombreux experts y ont déjà travaillé depuis 40 ans, proposé des réformes (dégraisser le mammouth notamment) et échoué devant la grogne des syndicats, des parents et des jeunes.

    Ayant cependant consacré une grande partie de ma vie à la formation des hommes, je tiens cependant à exprimer ici, fût-ce, à contre-courant, quelques idées qui me sont chères.

-Le bon sens et l‘expérience millénaire des anciens dans ce domaine ne sauraient être balayés même devant l’irruption du tout numérique et autres progrès techniques.
-L’existence d’une élite intellectuelle est un bienfait pour un pays à condition que ses membres adoptent comme devise « Servir et non se servir ». (Bien qu’ayant de multiples problèmes à résoudre, l’Inde moderne a donné priorité à cet objectif humain, clé de son développement.)

Toutes les méthodes qui prétendent instruire en riant sont folles. C’est au contraire la rigueur qui s’impose. Enseigner est un art difficile qui repose sur un certain nombre de clés connues depuis l’Antiquité et acquérir des connaissances exige de travailler, et de travailler personnellement et avec méthode, tout en respectant l’indispensable progressivité.

-A cet égard, le développement de la mémoire semble aujourd’hui négligé. Mes petits-enfants bacheliers ne connaissent même pas « le loup et l’agneau » alors qu’on les pousse à faire du théâtre. Or la possession d’une excellente mémoire m’a beaucoup aidé dans la vie. Je le dois à l’exigence d’un professeur qui nous faisait apprendre par cœur tous les textes latins et grecs que nous traduisions, ce, en plus d’innombrables récitations françaises et des formules de physique / chimie.

    Les pédagogues modernes diront « ça ne sert à rien, les jeunes n’ont qu’à cliquer sur Google ou ouvrir leur calculette s’ils ont besoin »… Je réponds, c’est dommage de laisser leurs facultés en sommeil, l’entrainement des neurones est aussi important que celui des muscles. (Nous sommes par ailleurs à la merci de pannes informatiques généralisées, l’actualité vient de le montrer.)

-Sur un autre plan, de même que la disparition des peines de prison encourage selon moi la délinquance, de même la suppression des notes scolaires risque d’encourager la paresse alors que l’émulation est un puissant stimulant. « Ce n’est pas vrai pour les mauvais élèves qu’on risque d’enfoncer », diront les pédagogues férus d’égalité à tout prix. Je réponds, on touche là au problème fondamental : celui des bases. D’où l’importance majeure de l’école primaire et le danger du passage systématique (et démagogique ) d’une classe à l’autre pour les élèves non au niveau..
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    Je m’arrête là. Je voulais simplement souligner que la vie de l’homme est de toute éternité un combat, la vie moderne étant, sous certains aspects, plus rude à vivre que celle de l’homme préhistorique. Dans ces conditions, moi qui pense aimer tendrement mes arrière-petits-enfants, je crois que prétendre épargner des souffrances à nos chers petits en portant leur cartable sur le chemin de l’école, en allégeant sans fin leurs horaires et leurs programmes, en affectant d’ignorer leurs fautes d’orthographe et en refusant de les classer, c’est de l’anti éducation.

    Pour moi, l’enseignement et l’éducation modernes exigent un mélange d’amour et de rigueur, de bon sens et de réalisme, de respect des individualités, d’encouragement permanent et de sanctions parfois, d’apprentissage de la discipline sous toutes ses formes (y compris celle du coucher et du lever et celle de l’usage des jeux vidéo, d’Internet et du portable…).

     La culture générale reste, à mes yeux, un élément important de promotion sociale, le moyen de comprendre un peu le monde et d’y trouver du bonheur.

    Mais il ne suffit pas de former les esprits des jeunes, de les aider à acquérir et des connaissances et la joie de connaître : il faut aussi éduquer leurs corps, leurs caractères et leurs âmes et leur apprendre à ouvrir leurs cœurs.

Bon courage donc, parents et éducateurs !

Jean Delaunay        

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