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Le billet de la semaine
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La liberté d’expression bafouée
     Sœur ainée d’une petite fille trisomique, cette jeune élève-avocate a eu l’audace de s’engager dans un concours de plaidoiries pour protester contre la décision du CSA (conseil national de l’audiovisuel) qui avait censuré un court métrage consacré à la trisomie.

Extrait de la plaidoirie de Mariette Guerrien-Chevaucherie.
www.fondationlejeune/org/nos-missions-et actions/défendre/videos)

« Nous ne sommes pas aujourd'hui à l'autre bout du monde, dans les ténèbres de Guantanamo.
Nous sommes à Paris, en France, berceau de ce qui fait notre fierté, les droits de l'Homme.
Le 25 juin 2014, le CSA a censuré un court métrage de sensibilisation à la trisomie 21 : « Chère future maman » où des personnes trisomiques nous disent qu'elles sont heureuses.
Le Conseil a censuré ce témoignage en considérant « qu'il ne relève pas de la publicité. Bien qu'ayant été diffusé à titre gracieux, il ne peut pas non plus être regardé comme un message d'intérêt général, puisqu'en s'adressant à une future mère, sa finalité peut paraître ambiguë et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle ».
Parce qu'elles apparaissaient heureuses, tes personnes trisomiques se sont vues retirer le droit de s'exprimer librement au sein des écrans publicitaires.Sur ce constat, je soulève devant vous le non-respect de l'article 14 de la Convention qui interdit les discriminations.
Pour se justifier, le CSA retient trois arguments.
-Il considère en premier lieu que ce message n'est pas d'intérêt général. Mais qu'est-ce que l'intérêt général ? L'intérêt général, c'est l'intérêt de la société dans son ensemble, le vôtre, le mien, celui des personnes handicapées. Je considère qu'il est dans l'intérêt général que « la capacité des enfants trisomiques à propager du bonheur autour d'eux» soit connue de tous.
-En deuxième lieu le CSA avance que la finalité de ce message « peut paraître ambiguë et ne suscite pas une adhésion spontanée et consensuelle ».
Alors oui, ce spot peut mettre mal à l'aise. Il dérange. Il culpabilise. Des spots choquants sont diffusés sur les écrans télévisés, notamment des courts métrages sur la sécurité routière qui nous glacent le sang. Qui oserait dire qu'ils sont inutiles ? Qui oserait dire qu'ils ne culpabilisent pas les mauvais conducteurs ? Le CSA les autorise car il est évident que nous sommes réceptifs aux messages de sensibilisation qu'ils transmettent. Si toutes les émissions devaient susciter une telle adhésion, imaginez-vous toutes tes suppressions qu'il faudrait réaliser!
-En troisième lieu, le CSA conclut en énonçant que ce message «s'inscrivant dans une démarche de lutte contre la stigmatisation des personnes handicapées, aurait pu être valorisé, par une diffusion mieux encadrée et contextualisée, par exemple au sein d'émissions ».
De quel droit une parole doit- elle être contextualisée ? Parce qu'Inès est trisomique alors sa parole est bridée, rangée bien soigneusement dans les documentaires scientifiques. La trisomie 21 fait peur car elle est méconnue, car elle marque la différence, car elle n'est pas normale. Mais qu'est-ce que la normalité ?

Monsieur le Président du CSA, défendez les ! Défendez le droit des personnes handicapées de s'exprimer librement et par tous les canaux de communication possibles ; défendez leurs droits à se faire connaître, à se faire aimer ! En bridant leur liberté d'expression vous les condamnez à l'oubli ; te grand public doit savoir que l'on peut être handicapé et heureux !
Je ne souhaite de votre part, aucune pitié ni aucune complaisance. C'est de sagesse dont il est question aujourd'hui. Le Professeur Jérôme Lejeune, pionnier de la génétique moderne, découvreur de la trisomie 21, n'en a pas manqué. Pour lui, la trisomie 21 a été le combat d'une vie.

Monsieur le président du CSA, pour l'honneur de l'institution que vous représentez, pour la liberté d'expression des personnes handicapées, annulez courageusement votre décision. »