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Le billet de la semaine
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Réflexions en différé sur les évènements : après l’émotion, la raison !

     Je suis un vieux soldat, un chrétien et le fondateur de France-Valeurs.
     A ces trois titres, je suis un partisan de la paix et j'essaye même d'être un lanceur de ponts entre des adversaires. (Même si, ayant eu la chance de rencontrer à la fois du beau monde et des prisonniers, je suis sans illusion sur la nature humaine…)
    Par ailleurs, j'ai vécu en terre d'Islam, j'ai eu au moins un vrai ami musulman, je respecte cette religion et j’ai été tôt frappé par la foi sans respect humain de ses adeptes et leur fidélité.
    C’est pourquoi j’ai tôt pensé que les caricatures du Prophète constituaient une dangereuse provocation à leur endroit alors que le monde musulman, très éclaté il est vrai, ne manquait déjà pas de griefs à l’égard de l’Occident.
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    Cela dit, deux semaines après les drames et la mobilisation auxquels j’ai réfléchi sans passion, je permets d’émettre deux idées.

    D’une part, les récents massacres m'ont fait horreur. J'ai partagé l'émotion générale et je me suis d’abord réjoui de la mobilisation inédite qui s'en est suivie… mais je ne me sens pas Charlie…

    D’autre part la situation me semble suffisamment grave pour justifier un réexamen complet de l’état de la société française. Elle devrait aboutir, selon moi, à une redécouverte de notre identité et à un retour aux fondamentaux de notre civilisation, c’est à dire l’inverse de ce que l’on prétendait hier nous imposer.
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    Je ne suis pas Charlie. D’abord parce que j’aime l’esprit de finesse, celui qu’on s’applique d’abord à soi-même et non la dérision épaisse qui risque de blesser ceux qui, nombreux sur terre, n’ont en rien le sens de l’humour.
     Ensuite, parce que, féru de liberté, je ne suis pas pour autant libertaire, c'est-à-dire que je ne me crois pas autorisé à dire, à faire, à montrer n’importe quoi.
     Il me semble même que cet esprit-là qui marque notre société depuis 68 est l’une des causes de son délitement.

    Je crois avec le Pape que notre liberté va de pair avec notre responsabilité et que c’est vrai notamment de notre liberté d’expression, particulièrement s’il s’agit d’écrits et encore plus d’images. Ce d’autant plus que leur diffusion mondiale est aujourd’hui instantanée et que les fauteurs de troubles excellent à les exploiter pour attiser les haines.

    A cet égard, il me semble que nous sommes en pleine contradiction quand nous envoyons nos soldats combattre Al Quaida au Sahel, notre porte-avions au large de la Syrie et nos policiers traquer les terroristes potentiels sur notre sol même alors que nous applaudissons au tirage de sept millions d’exemplaires de Charlie Hebdo qui ( malgré ses dernières nuances) sont autant d’incitations de jeunes à partir au djihad.
    Ce sujet donnant actuellement lieu à des flots d’encre et de salive, je m’arrête là , tout en continuant à dénoncer la menace islamiste et à demander qu’on donne à notre armée les moyens d’y faire face dans son domaine. .
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Réexamen de la situation française et décisions correspondantes.

    C’est dans ce domaine, me semble-t-il, qu’il faudrait dépasser l’émotion et s’appuyer sur la froide raison en ayant le courage de revenir sur des mesures antérieures basées, elles, sur l’idéologie. A cet égard, le langage pèse lourd car, avec Camus, je crois que « mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. » Je souhaite donc qu’on n’abuse pas en haut lieu des termes assez creux comme vivre ensemble, tolérance, mixité sociale et même laïcité, (ou abusifs comme apartheid nous concernant) mais qu’en revanche l’on ose parler de devoirs face aux droits, d’autorité à restaurer partout, de discipline à ramener à l’école, de sens de l’effort, de responsabilités à assumer, d’intérêt général et, finalement, de la France car ce vocable semble ( volontairement ? ) sous-employé par rapport à celui de République.

    Par ailleurs, le bon sens et le réalisme devraient retrouver droits de cité. Interdire d’interdire, supprimer les notes scolaires et libérer de dangereux criminels avant terme me parait aussi dangereusement illusoire que d’envoyer des profs inconnus dans les écoles pour chanter les louanges de la laïcité à des gamins imbibés de Sacré par leurs imams et leur TV.

    Plus généralement, et je reprends là le sens de l’engagement de France-Valeurs de 1986, une société ne peut pas tenir debout si, avec la table de multiplications, l’on n’enseigne pas aux jeunes le courage, le respect, la générosité, l’honnêteté, l’attachement à leur famille et la conscience d’appartenir à un ensemble plus ancien et plus vaste qui s’appelle la France.

    L’on a récusé ces années – ci le débat sur l’identité française de peur d’attiser les communautarismes et l’on a préféré légiférer abusivement sur le mariage pour tous.

     Le moment me semble pourtant venu de réfléchir sur la France que nous voulons laisser à nos enfants.
    Je récuse quant à moi cette conception à la mode d’un hexagone de terre multiculturelle, c’est-à-dire sans culture partagée ni destin assumé, où les gens survivent animés chacun seulement du touche pas à mon pote…

    Je nous souhaite une France à la De Gaulle où les différences de couleur de peau, de religion et de sensibilité sont dépassées par la fierté de continuer à bâtir ensemble une maison commune.
    Une vieille maison dont les fondations ont été ébranlées par les intempéries et la folie des idéologues mais où, à partir des massacres du 7 janvier et de la mobilisation du 11 janvier 2015, l’on a décidé de revenir aux valeurs fondamentales individuelles et collectives. Vive cette France-là!
Jean Delaunay        

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