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Le billet de la semaine
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Une interview de Roger Hanin.
Extraits
6/12/2006

       (…) « Je suis né en Algérie et je suis fier de mes racines. Comme tous les « pieds-noirs », j'ai sans doute une certaine propension à la volubilité. ( …) Les gens d'Afrique du Nord aiment la musique, le théâtre, ils aiment - comme les Marseillais de Pagnol - faire chanter les mots, jouer leurs personnages, faire rire, intéresser les autres. Mais ce n'est pas par désir d'avancer masqué ou de se cacher. Je crois que c'est tout simplement par amour des autres, de la rencontre. ( …) Je parle mais j'écoute aussi beaucoup...
       ( …) J'ai commencé à faire l’acteur par le plus grand des hasards. Un de mes copains était aide-décorateur au théâtre Sarah Bernard. La production cherchait des figurants pour incarner des hallebardiers Lorsqu'on m'a annoncé que je pouvais gagner 1000 F de l’époque pour simplement me déguiser, tenir une hallebarde et regarder Jeanne-d'Arc au fond de la scène, j'ai eu... la vocation !
       (…) Je suis né dans un taudis de la basse casbah d'Alger, ma famille était très pauvre… La vie n'était pas vraiment facile…Je vivais dans la rue… Ce qui m'a sauvé, c’est de baigner dans l’amour de mon entourage, de ma grand-mère, de ma mère, de mes sœurs…. On peut grandir sans argent, sans confort, même dans un certain dénuement, mais pas sans amour.

(…) Oui, ma femme est décédée. Elle n'est plus là physiquement, à mes côtés, mais je n'ai pas le sentiment qu’elle m’ait totalement quitté.
       Tous les lundis, je mets un bouquet de fleurs blanches sur son bureau.
(…) Simplement, comme le disait François Mitterand, je crois aux forces de l'esprit. Je suis persuadé que Christine me voit et, d'une façon très mystérieuse continue de vivre à mes côtés.
(…) J'ai un très grand respect pour les religions, je comprends que l'on puisse avoir la foi chrétienne, juive, musulmane. Mais je me méfie farouchement de ceux qui voudraient enfermer Dieu dans une définition, me dire comment il faut lui parler, l’adorer.
       Je crains, surtout aujourd'hui où l’actualité, malheureusement, me donne raison, que choisir une religion, c'est souvent la choisir contre une autre. Et c'est une manière de défigurer Dieu !...
       ( …) Il m'arrive aussi de le prier, de m’adresser à lui lorsque je suis dans le désarroi face à une injustice. Je fais souvent le constat que, après la prière, je vais mieux, je suis davantage en paix.
       (…) Enfant, j’étais un gosse actif, toujours en mouvement. (…) Je vivais à plein en goûtant l’instant présent. Ce n'est que vers l'âge de 17/ 18 ans que j'ai commencé à me poser des questions d’ordre spirituel... Grâce à mon professeur de lettres, qui m'a fait lire Bossuet, Montaigne, et surtout Pascal et ses merveilleuses Pensées
       Moi, l'enfant juif, j'ai alors été assez fasciné par le christianisme où je compte aujourd'hui de nombreux amis. J’aime la façon que le Christ a de parler d'amour, sa façon de toujours essayer de comprendre, son insatiable capacité à pardonner…(…)

(…) Même si j’emprunte des chemins de traverse, même si je ne suis pas pratiquant de ma religion d'origine, je me sens héritier, à ma façon, d'une grande tradition spirituelle.

       Et cette tradition, il faut faire ce qui est en notre pouvoir pour la transmettre aux générations qui nous suivent. La vie est plus belle lorsqu'on y réserve une part au mystère, à la mystique… (…)

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( Extrait d’une interview parue dans Panorama de novembre 2006.)
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