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Le billet de la semaine
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Après les paroles du Pape sur l’Europe


       En tant que chrétien comme en tant que président de France-Valeurs, j’ai jubilé en entendant les paroles du Saint Père à Strasbourg.
       Au risque de paraitre vaniteux, j’ai cru y discerner beaucoup de points communs avec ce que j’écris depuis 27 ans et ce que j’ai tenté de résumer dans mon livre « En écho à St Ex ».

       Sur le ton, j’ai trouvé ces paroles parfois sévères pour nous mais fortes et très éloignées, heureusement, de la langue de bois (ou de guimauve) de nos dirigeants qui n’osent guère employer des mots comme danger, rigueur, effort, privations.
       Sur le fond, j’ai aimé leur hauteur de vues qui tranche avec certains discours politiques prononcés à haut niveau (où, par exemple, c’est la boite à outils qui sert de référence…)
       J’ai aimé que la vérité y éclate à chaque ligne.
       Pour moi aussi, la vision papale de la dignité de la personne se justifie par notre situation commune de fils de Dieu.
       Moi aussi, je conteste le primat actuel de l’économie et de la finance et, par exemple, je souffre depuis hier de voir nos rues coûteusement illuminées en l’honneur d’un Noël bien paganisé.
       Parmi mes dadas figure aussi la nécessité urgente de ne pas séparer les droits humains des devoirs correspondants.
       « L’écologie humaine », évoquée à Strasbourg, est le centre du programme de nos amis de l’Alliance Vita et je les rejoins. De même, dans mon minuscule jardin, j’essaye de prendre soin de notre « mère terre » dont François nous rappelle que nous sommes « les gardiens, non les propriétaires ».
       Pour moi aussi, ce souci dépasse la vision « Verte » des choses (un Vert assez matérialiste qui tire souvent vers le rouge…)
       Très préoccupé comme le Pape par le décalage monstrueux des niveaux de vie entre le Nord et le Sud de la planète, je redoute, apparemment plus que lui, l’afflux croissant des immigrés car je suis conscient des problèmes qu’ils représentent et qu’ils suscitent. Cela dit, en tant que visiteur de prison qui connait leur situation de départ, je souffre beaucoup, avec lui, de voir tant de nos frères humains périr dans le « cimetière Méditerranée» dans l’indifférence trop générale.

       L’on nous dira qu’il est plus facile de dénoncer et de recommander quand l’on n'est pas directement chargé de responsabilités concrètes, ce qui est le cas du Saint Père, (et très modestement d’une association comme la nôtre).
       Il n’empêche qu’une parole élevée et désintéressée comme celle que nous venons d’entendre, est plus que jamais bienvenue de la part d’une autorité morale dont les vues surnaturelles surmontent nos misérables particularismes humains et les petites combines électoralistes de nos partis.

       Pour revenir à l’Europe qui, pendant des siècles, a exercé sa domination ou son influence sur le reste du monde, le grand-père (fatigué) que je suis estime aussi qu’elle mérite d’être qualifiée de « grand - mère fatiguée et vieillissante ». Tentée de se refermer sur elle-même, elle semble préoccupée surtout par ses soucis matériels et ne prend pas assez la mesure de sa crise sociétale généralisée, à commencer par le vieillissement de sa population.
       Le matérialisme, l’individualisme et l'hédonisme y règnent en maitres, d’où, par exemple, la célébration scandaleuse du droit à l’avortement qui vient d’avoir lieu en grande pompe chez nous.

       Il était temps qu’une grande voix venue de loin ose enfin élever publiquement le débat. François y a réussi en comparant l'Europe à un peuplier qui est vide à l'intérieur, incapable de croître en raison de l’assèchement de ses racines, et dont la cime est secouée par des vents mauvais.
       La crise économique ne doit pas nous obnubiler, il faut surtout que l’Europe retrouve son âme.
       Merci au Pape François de nous avoir confortés dans ce que nous croyons profondément et de ce que nous exprimons modestement depuis bientôt trente ans.
Jean Delaunay