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Le billet de la semaine
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22/10/2014
Réflexions autour de la terreur pratiquée comme arme de guerre
       Marqués que nous sommes - même ceux qui refusent de croire en Dieu- par vingt siècles de civilisation Chrétienne, nous nous indignons de la multiplication des pratiques barbares de nos adversaires djihadistes qui, pour le malheur de notre cause, combinent adroitement, et diaboliquement, le maniement du sabre ancestral et l’usage d’internet.
      Ils ne font qu’appliquer, en les adaptant à la technologie moderne, les méthodes expéditives de leurs ancêtres. De 622 (Médine) à 732 (Poitiers), ceux-là ont en effet réussi à balayer durablement la chrétienté jusque-là majoritaire du Moyen-Orient jusqu’au Maghreb (qui comportait alors plusieurs centaines de diocèses) et à une partie de l’Europe Balkanique. Leurs conquêtes ont été prolongées par une longue mainmise sur une grande partie de l’Espagne. (La fin de la reconquista est de 1492). Sans oublier les deux tentatives ottomanes de s’emparer de Vienne en 1529 et 1683.

Hier comme aujourd’hui, la publicité qu’ils s’ingénient à donner aux atrocités qu’ils commettent délibérément constitue la base de leur stratégie fondée sur l’intimidation.

Ma génération d’officiers a vu de près en Indochine et en Algérie de tels procédés employés quotidiennement par nos adversaires pour soustraire les populations à notre influence et à notre protection.
       Quelques voix militaires se sont alors levées pour rappeler que l’action psychologique constitue un élément fondamental de la guerre, surtout de la guerre révolutionnaire qui vise à contrôler les populations. C’est ainsi que cette donnée a été inscrite au programme du concours de l’Ecole supérieure de guerre en 1959, l’année où j’y ai été admis.
Malheureusement, sans doute liées dans l’esprit du Général de Gaulle au souvenir du putsch, les études de guerre psychologique ont bientôt fait l’objet d’une interdiction formelle et personnelle de sa part…

       C’était justement l’époque où il décidait de doter la France de la bombe atomique et il accréditait la dissuasion nucléaire. Or il s’agit d’un concept à base fondamentalement psychologique puis qu’il repose sur la menace de l’apocalypse et admet implicitement le non-emploi de l’arme…
      J’avoue avoir mal vécu intellectuellement cette contradiction entre l’exploitation officielle de la terreur qu’inspirent les armes atomiques, une menace virtuelle, et le refus de regarder en face le danger horriblement réel que représentent les ignobles pratiques de bandits sanguinaires.

      Après les horreurs perpétrées ces temps-ci par Boko Haram, l’Eiil et autres djihadistes et les bouleversements politiques qu’elles induisent, nous sommes bien obligés de prendre aujourd’hui très au sérieux les actes terroristes posés au nom d’Allah. Ce, d’autant plus que la propagande qu’ils appuient parvient à convaincre et à retourner, jusque chez nous, non seulement des jeunes garçons paumés avides d’aventures mais aussi des adolescentes réputées sentimentales.

      Dès lors, la question fondamentale – peut-être vitale- pour nous, les Occidentaux, c’est de savoir comment nous défendre et vaincre dans ces affrontements dits «asymétriques». Ils sont asymétriques quant à la nature et la puissance des moyens employés (encore que la puissance de feu de nos adversaires va grandissant), et asymétriques surtout quant à nos motivations, à nos objectifs, à nos références au droit et surtout à nos conceptions respectives de la vie et de la mort.
      Alors qu’ils choisissent de mourir pour gagner le Paradis, nous affichons « guerre zéro mort » (zéro chez nous…) et nous espérons que les satellites et les drones nous permettront de régler le problème en quelques jours avec l’aide de quelques dizaines d’héroïques tarzans héliportés, écoutes et photos aidant, au bon moment et, GPS aidant, au bon endroit.

      L’expérience américaine complétant les nôtres, tout aussi douloureuses, nous prouve cependant que trois éléments sont indispensables en pareil cas :
- - le réalisme politico-stratégique (à comparer avec le choix désastreux de M. Bush d’éliminer Saddam Hussein, et celui de M. Sarkozy de contribuer à éliminer Kadhafi…)
- - la notion de durée car « nous avons des montres mais eux, ils ont le temps… »
- - et surtout celle de courage, courage collectif et courages individuels, courage moral et courage physique, car on sait depuis la nuit des temps que le seul antidote de la peur, surtout exacerbée en terreur, c’est le courage…

      Je souhaite donc aux dirigeants occidentaux, actuellement réunis, le courage multiforme qu’il leur faut pour venir en aide aux chrétiens persécutés, soutenir nos soldats (et les autres) durement engagés à l’extérieur contre les terroristes et dissuader d’agir leurs alliés de l’intérieur.
Jean Delaunay             

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