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Le billet de la semaine
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24/09/2014
« Les déshérités »
      Ce livre tombe à pic. Il est pour nous, sinon, une arme, au moins un précieux argumentaire dans l’actuelle guerre civile des idées.
      Selon l’auteur, FX. Bellamy, les vrais déshérités actuels, ce ne sont pas les jeunes à qui échappe une part de la fortune de leurs parents défunts, mais ceux qui sont privés d’un patrimoine bien plus important, celui de la culture.
      Avec lui, France-Valeurs dénonce en effet depuis des années une panne de la transmission des valeurs de vie et notamment de notre culture d’origine chrétienne.

      Cet ouvrage est une vigoureuse riposte (différée) à celui qui avait été co-écrit en 1964 par Pierre Bourdieu. Dans « Les héritiers» , et à la suite de Jean-Jacques Rousseau, le sociologue dénonçait, lui, la transmission de la culture comme une faute. On se rappelle que l’auteur de « l’Emile » a écrit son traité sur l’éducation après avoir abandonné ses enfants, ce qui peut faire douter du sérieux de ses théories… Développant le mythe de l’enfant sauvage, Rousseau soutenait que le savoir et la culture sont des malédictions pour le jeune car ils risquent d’altérer sa personnalité.

      Dans son sillage, l’Education nationale, dont Bourdieu est le maitre à penser, imprègne tristement de cet esprit l’enseignement des futurs professeurs dans les IUFM. On leur dit en substance : nous sommes là pour ouvrir les yeux des enfants sur le monde, pour leur donner des outils de compréhension et de jugement, en aucun cas pour leur fournir des réponses aux questions, encore moins des certitudes, sauf en mathématiques.. .et encore.

      Simultanément, beaucoup de parents de cette génération, marqués par les slogans de 1968, ont élevé leurs enfants dans le culte de la liberté tous azimuts, renonçant à leur imposer quoi que ce soit et à leur apprendre les règles du savoir-vivre en société (d’où la multiplication des « incivilités ») et les bases de la culture française (d’où la montée de la barbarie matérialiste).

      Parmi les éléments de cette culture figuraient l’éducation religieuse. D’où l’effondrement actuel, sinon de la foi, au moins de la pratique. Dieu est mort dans l’esprit de beaucoup de gens mais subsiste la foi en des idoles modernes : la réussite par le pouvoir ou la notoriété et l’argent. (A cet égard, si le respect a disparu de l’horizon visible, celui du diplôme a survécu, supposé garant de vie matérielle aisée.)
      A propos des contradictions de l’Education Nationale, dit FX Bellamy, comment expliquer aux élèves que le racisme, le sexisme, la violence sont des fléaux sociaux, comment leur vanter la tolérance, la citoyenneté et notre responsabilité collective face à la nature sans s’appuyer sur un certain nombre de bases morales comme le faisaient les hussards noirs de la République, les instituteurs d’avant 1914 qui, en dépit de l’anticléricalisme latent, tenaient à cette époque, dans ce domaine, un langage voisin de celui des chrétiens.

      Le livre de FX. Bellamy est celui d’un philosophe et d’un enseignant chrétien et, comme père de famille chrétien et ancien catéchiste, je partage ses points de vue élevés sur la transmission de la foi.
      Comme visiteur de prison, j’ai constaté que les délinquants sont, en majorité, des déshérités, des personnes qui n’ont rien reçu en positif et qui sont tentés, à l’inverse, de reproduire ce qu’ils ont subi de plus mauvais.

      Comme général, je me retrouve aussi dans son langage sur la Tradition. J’ai enseigné pendant des années aux jeunes officiers à « tenir à la fois les deux bouts de la chaine » : cultiver la Tradition et s’adapter en permanence à la Modernité.

      Contrairement au conservatisme stupide, comme le refus d’abandonner le pantalon rouge, cause de tant de pertes humaines en 1914, le culte de la (bonne) Tradition, c’est l’attachement raisonné à des Valeurs éternelles comme la discipline, le courage, l’honneur, l’exemple et le dévouement à la Patrie.
      L’adaptation à la Modernité, je le prends dans son sens le plus large, celui de la maitrise des techniques nouvelles évidemment, mais surtout l’actualisation de nos concepts opérationnels face à des attitudes inédites de l’adversaire, ainsi que la prise en compte au quotidien des évènements politico stratégiques sur le terrain. (On mesure actuellement leur complexité, notamment face à la menace djihadiste).
      Comment les dirigeants du monde pourraient-ils gérer les crises actuelles sans une solide culture générale ? Celle que mon éminent prédécesseur, le général Lagarde, considérait comme l’élément de base de la formation des élites.
      Or, la culture générale ne s’invente pas, elle a besoin d’être transmise par des professeurs savants et objectifs, ne regardant pas les réalités à travers le prisme déformant de l’idéologie et, complétée si possible, par des parents eux-mêmes cultivés et soucieux de ne pas conditionner leurs jeunes mais d’aiguiser leur esprit critique.

      A ceux-là, je recommande la lecture et la diffusion du livre « Les déshérités ».

Jean Delaunay           

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« Les déshérités ou l’urgence de transmettre »
par François-Xavier Bellamy, éditions Plon, 206 pages, 17€
FX. Bellamy est professeur agrégé de philosophie et maire – adjoint de Versailles.