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Le billet de la semaine
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20/08/2014
Du décryptage de l’actualité dans une perspective historique…


      Je ne suis pas particulièrement fier de mes capacités à prédire l’avenir. Comme beaucoup d’autres responsables, j’ai en effet soutenu pendant la guerre froide que l’URSS constituait un danger militaire sérieux pour l’Occident. C’était d’ailleurs le point de vue des dirigeants occidentaux d’alors, ceux de l’Alliance Atlantique notamment. Ainsi, ai-je entendu de mes oreilles le Président Mitterrand nous déclarer en 1982 que le régime communiste était si solidement établi à l’Est qu’il durerait encore cinquante ans…
     Or, l’URSS a implosé en 1989 et nous avons alors découvert que ses réalisations soi-disant extraordinaires dans tous les domaines relevaient surtout de la mystification.
     C’est pourquoi je ne me hasarderai pas à faire des pronostics sur l’évolution du monde musulman.
     Je constate cependant que si la chute du Mur et le reste ont finalement été des évènements heureux, les drames auxquels nous assistons aujourd’hui au Moyen Orient et en Afrique sont très inquiétants.
     J’avais mis beaucoup d’espoirs dans « les printemps arabes » et je vois aujourd’hui avec tristesse une partie du monde musulman se déchirer en guerres civiles, les plus radicaux se livrant même à des violences relevant de la folie meurtrière, la haine entre factions rivales allant jusqu’à dépasser celle qu’ils vouent aux juifs et aux chrétiens…
     Sans parler de Gaza qui relève d’une autre analyse, en Syrie en effet , en Irak, en Lybie, en Afrique sahélienne et centrale et ailleurs, les extrémistes sont en train de devenir fous, peut-être fous de drogue comme au Nigéria, en tout cas fous de méchanceté aveugle. C’est peu dire qu’ils tentent de déborder, en référence à une conception exaltée de la charia, leurs frères dans la foi – les Egyptiens et les Tunisiens au pouvoir notamment, qui semblent vouloir essayer de garder un peu de mesure et – sinon aller vers la démocratie - au moins ramener l’ordre dans des pays où l’on ne constate que ruines et deuil.
     Et tout cela alors que, s’appuyant notamment sur la manne pétrolière, l’Islam réussit à se développer depuis des années dans bien des pays au détriment d’autres religions et notamment de la nôtre. Que se passe- t-il réellement en Arabie Saoudite et au Qatar, pays traditionnellement réputés soutenir pacifiquement la cause en question, face au soi-disant « Califat » qui prétend préparer ou assumer bessif (par le sabre) l’unité du monde musulman ?
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     Nous, Français, devrions observer cette évolution avec une attention particulière du fait de la présence sur notre sol d’une minorité musulmane nombreuse et non assimilée (de son fait et du nôtre…). Beaucoup de ses jeunes notamment, déracinés et déboussolés, souffrant de frustration, ont tendance à nous accuser de leurs maux, nous les anciens colonisateurs, les roumis qui ont osé autrefois organiser les croisades et qui refusent aujourd’hui de leur faire la place qu’ils croient mériter.
     Du coup, une minorité d’entre eux cherche à rejoindre le djihad tandis que la majorité ronge son frein dans les cités, prêts peut-être à saisir toute occasion de se livrer en plein Paris aux mêmes exactions qu’ils voient à la TV perpétrées à Tripoli et à Mossoul.
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     Faut-il cependant se résigner au pire ? Instruit par les leçons du passé, s’agissant notamment de l’implosion inattendue de l’URSS, je crois au contraire que nous pouvons espérer à long terme une victoire de la raison et des forces de paix. Ce alors même que la situation de départ n’est pas la même, le bloc de l’Est étant autrefois relativement unifié sous la dictature de Moscou alors que, en dépit de l’Oumma proclamé, le monde musulman d’aujourd’hui est traversé de multiples courants. Cela implique cependant, entre autres conditions, que les Occidentaux, et d’abord les Européens, fassions front commun d’une part contre le terrorisme pratiqué au nom du djihad, d’autre part (et peut-être surtout), pour ne pas laisser les Islamistes faire la loi chez nous, et que nous présentions enfin aux jeunes français de confession musulmane l’image d’un pays attaché à des valeurs auxquelles ils puissent se rallier et que nous nous comportions vis-à-vis d’eux ( mutatis mutandis) comme nos anciens de l’armée d’Afrique agissaient vis-à-vis de leurs tirailleurs, avec rigueur et, j’ose le dire, avec affection..
     Il y a à cet égard fort à faire. Raison de plus pour nous y mettre tout de suite, notamment en incluant cet élément humain dans la formation de nos futures élites.
Jean Delaunay          

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