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Le billet de la semaine
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02/07/2014
On devrait dissoudre le peuple, ce serait plus simple
par Jean-Marie Le Méné

    Les électeurs français ont exprimé par leur vote ce qu'ils pensaient de l'Europe de Bruxelles, c'est-à-dire pas grand bien. Il faut dire que voter pour des Parlementaires européens qui ne font pas la loi dans un Parlement qui n'est pas souverain, c'est difficile à comprendre.
     Pas de quoi s'enthousiasmer pour un Parlement élu qui ne désignera pas non plus le président de la toute puissante Commission européenne, ce dernier étant désigné par le Conseil européen, réunissant les présidents ou chefs de gouvernement.
     Comment voulez-vous que qui que ce soit s'y retrouve à moins d'avoir un master en droit européen, ce qu'on ne saurait exiger des citoyens de base que nous sommes. Même quand les peuples rejettent la constitution européenne, on contourne les peuples. A la limite, on devrait dissoudre le peuple, ce serait plus simple. La principale caractéristique de l'Union européenne, c'est d'être tout sauf démocratique.
     On le sait mais une sorte de fatum antique pèse sur une évolution inexorable vers plus d'Europe de Bruxelles. Et quand un parti souverainiste gagne les élections en France, on entend que c'est une gifle pour la démocratie... Ah bon ! Un Russe rencontré récemment me disait que l'Union européenne est comparable à l'Union soviétique : on y obéissait mais personne n'y croyait. Cela ne peut avoir qu'un temps.

    On me dira que les Nations conservent certains pans de souveraineté, comme en matière bioéthique par exemple. Pourtant, depuis des années, on assiste à un grignotage de leurs compétences étatiques au profit de l'Union. Cela a été particulièrement manifeste dans les tentatives européennes de financer des activités de recherche détruisant des embryons humains ou des programmes favorisant l'avortement à défaut de pouvoir réglementer directement dans ces secteurs. Il s'agit clairement d'un abus de pouvoir et l'on a vu récemment l'intérêt de la France à vouloir demander à l'Europe d'opérer les transgressions à sa place, de les prolonger et de les généraliser.

     C'est précisément contre ces dérives que l'initiative citoyenne européenne One Of Us s'est inscrite. Profitant de l'opportunité institutionnelle de cette nouvelle procédure qui donnait l'apparence d'une sorte de retour vers une démocratie plus participative, les Nations européenne ont apporté la preuve qu'une mobilisation massive de deux millions de personnes était possible sur des sujets éthiques majeurs, que les citoyens avaient gardé du bon sens et qu'ils envoyaient un message sans faille : non au financement par l'Europe de la recherche sur l'embryon humain et non au financement de l'avortement.
    Que croyez-vous qu'il arriva ? Cette initiative citoyenne européenne n'allant pas dans le sens de la Commission, dans le sens des intérêts de laboratoires ni de la vision libérale libertaire transatlantique, sa poursuite fut stoppée net en plein vol. Le pire fut que Commission attendit le dernier jour de son mandat et le lendemain des élections pour rendre public son veto à l'encontre de l'initiative One Of Us, la plus importante pétition dans l'histoire des institutions européennes.
    La vérité est qu'il faudrait faire de la vraie politique, de la grande politique, alimentée par une stratégie et nourrie par une vision de l'Europe. Tout le contraire de l'univers kafkaïen et matérialiste à la solde de l'Amérique que nous connaissons.
    Force est de reconnaître que, sur le vieux continent, la seule Nation qui possède encore une âme et qui semble vouloir la sauver et qui semble vouloir nous l'insuffler avec une certaine puissance venue d'un christianisme millénaire auquel il adhère charnellement de toutes ses fibres s’appelle la Russie.
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Paru dans Permanences
La revue des catholiques en action
Mai-juin2014
Ichtus
49 rue des Renaudes 75017 Paris

La revue Permanences