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Le billet de la semaine
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18/06/2014
La loi et la vie
     C’est le titre d’un éditorial d’Etienne de Montéty paru dans le Figaro du 21 juin. Il correspond tout à fait à la vision que nous en avons, à France-Valeurs, nous qui considérons la Vie, en tant que telle comme la Valeur humaine de base, et son respect comme l’obéissance élémentaire au principe millénaire : « tu ne tueras point », un principe souvent bafoué, il est vrai, mais qui a contribué au fil des âges à humaniser quelque peu l’humanité.
     Nous nous trouvons aujourd’hui devant un problème aussi crucial que celui de l’avortement. Considéré comme un crime pendant des siècles, il a été déculpabilisé par la Loi Veil qui paraissait cependant l’encadrer prudemment. On sait ce qu’il en est advenu. Adopté à une voix de majorité pour faire face à des situations de détresse, l’avortement de convenance, banalisé et remboursé par la Sécu, est dorénavant un droit hautement revendiqué par les femmes avec le soutien du Gouvernement au point que le remettre en cause est devenu un délit.
    C’est au nom de principe de précaution, si souvent brandi en haut lieu, que nous partageons le point de vue exprimé ci-dessous. Selon nous, la décision du Conseil d’Etat fera jurisprudence et, si elle est positive, elle risque de déboucher sur un retour à la barbarie.
Jean Delaunay

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« Ainsi le rapporteur du Conseil d'État s'est prononcé pour que les médecins cessent d'alimenter et d'hydrater Vincent Lambert. Cette affaire, de quelque manière qu'on la considère, serre le cœur : l'état de l'intéressé depuis son accident, le chagrin de sa famille, ses déchirements publics, le dilemme dans lequel est plongé le corps médical ont remis à l'ordre du jour le débat autour de l'euthanasie - sur un mode poignant.
     Cependant, rien ne doit dispenser de réfléchir. Avec Vincent Lambert, on ne se trouve pas précisément dans une situation d'acharnement thérapeutique stricto sensu mais de maintien en vie. Une vie à l'évidence réduite à sa plus simple expression. Une vie vulnérable et entièrement remise entre les mains de la médecine et de ses prodiges. «L'obstination déraisonnable » qui est en cause depuis le début de cette affaire concerne l'alimentation et l’hydratation du patient : combien sont-ils dans ce cas, âgés ou impotents, nourris par d'autres mains ?
De son lit de douleur, celui qui est devenu un symbole et un enjeu pose la question ; qu'est-ce qu'une vie ? A quoi s'évalue-t-elle ? À la capacité de manger, de parler, de ressentir ? À partir de quel stade ne vaut-elle plus la peine d'être vécue ? Des experts médicaux, l'Académie de médecine et le Comité national d'éthique ont déjà mis en garde le Conseil d'État contre une définition par trop restrictive de la vie, limitée à la seule « conscience ». Notre époque, désorientée par l'effacement des repères éthiques, s'est détournée des, autorités morales ou religieuses traditionnelles, et préfère s'en remettre en dernier ressort à des juges ; en 2014, on ne cherche plus la voix de la sagesse dans les grands textes sacrés mais dans des Codes et des arrêts. Cette évolution a quelque chose de glaçant.
    On ne sait pas si mardi prochain le Conseil d'État suivra les conclusions de son rapporteur, préconisant l'interruption du « traitement », c'est-à-dire la mort. Mais ce jour-là, chacun devra avoir à l'esprit l'image d'Antigone acharnée à défendre la loi de l'humanité face à celle, implacable, de la cité de Créon.

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