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Le billet de la semaine
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04/06/2014
La marche au long cours
par Michel Menu

     Je viens de retrouver des animateurs des « goums », cette organisation chrétienne de loisirs fondée sur des raids à pied dans des régions arides dans des conditions de vie spartiates. Ils m’ont redit le grand bénéfice humain que leurs adeptes tirent d’une semaine passée dans ces rudes conditions sans téléphone, au contact de la nature dans une ambiance de recherche spirituelle.
     De leur revue trimestrielle, j’extrais l’article joint écrit sur ce thème par un célèbre ancien chef scout de ma génération.

JD
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     La marche au long cours ne délivre pas, certes, le même genre de sensations que le saut périlleux en skis dans la poudreuse... La marche au long cours est un exercice sans apparence. Ni stupéfiants. Rien n'est moins spectaculaire. À peine un sport, le seul moyen de se déplacer qu'avaient, en des temps plus qu'anciens, le pèlerin et le prolétaire. En la cultivant, de nos jours, les Goums n'y voient nullement un moyen de transport archaïque. Ils sont de leur temps et préfèrent, quand ils voyagent pour leur job, le TGV ou le 747. Mais, dans un monde où l'on rampe à longueur de journées, la marche au long cours constitue, pour eux, une technique bien adaptée à leurs besoins de croissance physique et mentale. Ils en font une expérience de reprise d'altitude... en liberté.
     Inutile d'ajouter que, comme pour la haute montagne, cet exercice a ses conditions de réussite et l'on n'en récolte les fruits que si l'on respecte, sans trop de crispation, mais fidèlement, les modes d'emploi spécifiques. Il s'agit tout d'abord, bien sûr, d'une marche... au long cours. Pas d'une sortie de quelques heures avec les copains de Fac sur un GR bien balisé aux lampions d'auberges sensas. Rien à dire contre ce genre d'exploits, mais pour que la marche au long cours accouche de ce qu'elle promet, il y faut une bonne semaine, avec 5 ou 6 heures de cheminement quotidien ! C'est un quantum nécessaire. Nécessaire, mais suffisant. Les « marches forcées » ne sont pas dans les mœurs des Goums.
     De plus, il s'agit d'une marche à un certain rythme.
Rien à voir avec un marathon. À un rythme relativement lent. On prend son temps ! Il y faut une progression régulière et bien en phase avec les rythmes cardiaques et respiratoires. Pour devenir intériorisante, une marche au long cours ne peut pas non plus s'accomplir n'importe où.
     La montagne a des avantages, les bords de mer aussi, mais pour atteindre ce que nous cherchons, rien n'égale le désert ! Ce qu'on a dans les yeux pendant 8 jours compte autant que la marche elle-même. Dans des paysages comme ceux du Sauveterre ou du Méjean, tout apaise et nous renvoie vers l'intérieur. La marche nous transforme en douceur. Dans ces déserts, on reprend possession de son corps. On en reconnaît la dimension, le rapport concret à l'espace. Et au temps. Le regard retrouve son acuité. On voit frémir les brins d'herbe. La moindre petite fleur nous accroche. L'oreille récupère de sa sensibilité. On entend chanter le vent dans l'arbre. L'odeur de la terre... nous émeut. On respire mieux. C'est ainsi que se renoue une vieille connivence avec la nature. On comprend mieux, alors, après ces longues marches lentes au désert, que le surnaturel, soudain, nous semble... plus accessible. Et plus désirable. Plus vital et plus vivifiant.
    Quand on remet le corps « dans son assiette », la foi y germe plus facilement. La fidélité, qui est le secret du bel Amour, s'y inscrit comme une joie, plus que comme un... renoncement.
     Et voilà pourquoi, Mesdames, Messieurs, les jeunes vicaires et les retraités, les grands toubibs et les petites cheftaines, les ingénieurs et les employés, les catéchistes et les infirmières, bref, toutes celles et tous ceux qui, pour eux, et pour éclairer leurs frères, rêvent de recentrer leur existence sur sa finalité transcendantale, ont intérêt à prendre leur bâton de pèlerin. Et à chausser de temps en temps leurs godasses de prolétaires !
     Restaurer le centre de gravité de ce monde éclaté en commençant par retrouver le sien est d'une efficacité certaine.
     Et vous admettrez que pour 25€ la semaine, ça ne coûte... rien.
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Extrait de « Les Goums, une expérience de liberté » Éditions C.L.D.Michel Menu 1998
www.goums.org

Le causse Méjean
Le causse de Sauveterre