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Le billet de la semaine
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21/05/2014
Leçons de l'Histoire
     «Aucun empire n'est conquis de l'extérieur... ... qu'il ne se soit préalablement suicidé.»
par Marie Joëlle Guillaume    

     Quand l'actualité n'est que rase-mottes et précipitation, prendre de la hauteur et considérer le temps long est indispensable pour comprendre son époque et y agir à bon escient. La violence, les guerres, l'incroyable propension des hommes à s'entretuer pour des motifs de puissance ou seulement de plaisir pervers - le tout maquillé, au fil des configurations historiques, sous les prétextes les plus divers et parfois les plus nobles -, sont de tous les temps. Mais il y a des temps forts de l'Histoire, et des temps obscurs.

    Il y a de grandes civilisations disparues, il y a aussi le souvenir épouvanté de déferlements barbares. Il n'est pas indifférent de tenter de discerner si nous sommes aujourd'hui en un temps de progrès ou non. En vérité, cela dépend où.
    Chez nous en Occident, et singulièrement en France, il y a de quoi se faire du souci.

    Ces réflexions nous sont venues à l'esprit en relisant ces jours derniers Bilan de l'Histoire , ouvrage du grand historien que fut René Grousset. Homme de haute culture, esprit comparatif, connaisseur subtil et profond de l'Asie, René Grousset témoigne d'une telle maîtrise dans l'analyse du choc et du dialogue des civilisations que ce livre, hormis quelques considérations liées à l'actualité de l'immédiat après-guerre, n'a pas pris une ride.

    Deux remarques nous semblent particulièrement pertinentes pour aujourd'hui. Elles figurent parmi ce que René Grousset appelle «les lois de l'Histoire» et qu'il illustre par de nombreux exemples.

     Voici l'une: «Dans la vie des sociétés humaines, le progrès, le plus souvent, ne s'acquiert en un point donné qu'au prix des plus douloureuses régressions sur d'autres secteurs».

    Et voici l'autre : «En général, aucune civilisation n'est détruite du dehors sans être tout d'abord ruinée elle-même, aucun empire n'est conquis de l'extérieur, qu'il ne se soit préalablement suicidé».

    Pour faire bonne mesure, ajoutons un troisième aphorisme, arrivant en point d'orgue d'une analyse des destructions opérées par les Assyriens de l'Asie antique : «La capacité de résistance de la civilisation n'est pas indéfinie».

    À l'heure où notre droit, oubliant la logique et la clarté de sa romanité constitutive, se plie à toutes les contorsions d'un présent déraciné ; où le progrès est confondu avec le changement perpétuel, vu comme positif par définition; où notre civilisation de liberté paraît considérer qu'elle peut se permettre la transgression permanente de ses fondements sans qu'il lui en coûte la vie, il vaut la peine de prendre quelques leçons de l'Histoire ! •
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(1) René Grousset, Bilan de l'Histoire,
Librairie académique Perrin, 1974,
Paru dans Famille Chrétienne N° 1896

René Grousset