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Le billet de la semaine
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14/05/2014
Réflexions au soir du 8 mai…
     Pour les jeunes de 2014, le 8 mai n’a guère représenté qu’un jour férié de plus…

     C’était à nous, les anciens, de leur faire comprendre ce que cette date a représenté et continue à signifier pour notre génération : une véritable résurrection, la fin d’un cauchemar. La fin de cette angoisse multiforme du lendemain qui nous étreignait depuis 5 ans et, dans près de 2 millions de familles françaises, la perspective du retour (ô combien aléatoire !) des déportés et celui des prisonniers (plus sereinement attendu)…
     La joie dominait dans un contexte pourtant très douloureux : des milliers de victimes civiles et militaires, des centaines de disparus, de nombreuses villes détruites, des milliers de villages, d’usines et d’habitations rasés, l’administration et les communications désorganisées, le ravitaillement très difficile… sans oublier le prolongement des haines et des violences entre français, horribles séquelles de la Libération… et la grande influence du parti communiste qui attendait son heure…

     Ce que j’ai personnellement ressenti à l’époque, moi jeune soldat à la vocation militaire déjà affirmée, c’est surtout la réparation d’une insupportable humiliation nationale. En juin 1940, adolescent, j’avais dû pédaler tout seul dans une pagaille indescriptible au milieu de millions de réfugiés et de soldats en retraite mitraillés par les avions ennemis. J’avais vu, le cœur brisé, défiler les superbes unités d’un Hitler triomphant… En revanche, j’ai été de ceux qui ont eu la chance de vivre, 4 ans après, le retournement complet de la situation et de voir le pitoyable spectacle de la Wehrmacht sur ses fins, en dépit du courage de ses vétérans qui restaient redoutables…

     70 ans se sont écoulés depuis la Libération et 69 depuis le 8 mai 1945.
Aujourd’hui, nos villes sont reconstruites au coefficient cent ou plus. Nos réseaux routiers et ferrés sont superbes. Notre sécurité sociale est inégalée dans le monde. Nos magasins regorgent de marchandises de toutes sortes. Certes, la vie en France est dure pour les pauvres et les chômeurs mais, ce, sans commune mesure avec ce que supportent ailleurs des milliards d’humains et avec ce qu’ont vécu les Français 1914/18 et ceux de 1939/45… Et surtout, alors que des conflits font rage sur bien des terrains, la Paix règne en Europe…

     Cependant le moral des Français n’est pas à la hauteur de nos immenses chances. Notre déprime est d’abord liée à notre défaut national de gaulois individualistes, jamais contents et volontiers rouspéteurs. C’est aussi, sur le plan extérieur, le résultat de la mondialisation à laquelle nous nous sommes mal préparés dans le cadre d’une Europe au milieu du gué, « trop et trop peu ». D’où nos difficultés intérieures, économiques et humaines, chômage notamment, difficultés aggravées par la lourdeur de certaines de nos institutions budgétivores, enseignement et sécurité sociale notamment. Sans parler de la centralisation abusive de notre Etat et à son organisation en millefeuille territorial créateur de gaspillages.

     Face à cette situation qui provoque une nouvelle forme d’humiliation nationale, il manque un grand projet pour la France dans l’Europe et dans le monde. Un projet pensé et préparé loin des idéologies avec sagesse et réalisme par des représentants de toutes les forces vives de ce pays. Un projet qui ose parler de rigueur, de discipline, de sacrifices à accepter par tous. Un projet qui soit expliqué en vérité, clairement avec un gros effort de pédagogie. Bref un projet global de crise qui repose sur le principe du relèvement de la France par elle-même. Un projet cohérent mené par une équipe d’hommes à poigne qui sachent l’expliquer.

     Attention cependant ! L’histoire ne repasse pas les plats : ne comptons pas sur une nouvelle armada alliée (FMI ou autre…) pour nous libérer une fois encore. Notre salut est entre nos mains !
Jean Delaunay