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Le billet de la semaine
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07/05/2014
Peut-on imposer des limites à la biomédecine ?
     La procréation risque de devenir une pratique consumériste, l’enfant devenant un «produit» auquel «on a droit». Bientôt, en plus, on exigera qu’il naisse sans défauts physiques. Aujourd’hui, à l’occasion d’une fécondation in vitro, on sait déjà trier les embryons pour éliminer ceux qui seraient susceptibles d’attraper les maladies portées par les parents. Bientôt, en plus, à partir de simples prélèvements de peau, on pourra obtenir des ovules qui deviendront des embryons.

     Le danger vient de la convergence entre la passion des chercheurs dont la devise pourrait être : «Au nom de la Science, toujours plus loin» et la demande de couples ( y compris de personnes du même sexe) qui veulent une fille ou un garçon, blond ou brun, exempt de prédispositions au diabète ou au cancer du sein, et le tout sans la douleurs de l’accouchement…

     Ce faisant, et aucun contrôle ne s’exerçant dans ce domaine, on s’apprête à créer un certain nombre de problèmes que nous ne savons pas résoudre. Parmi ceux-ci, il y a le risque, à force de réduire artificiellement la diversité qui caractérise « l’espèce humaine », d’aboutir à son anéantissement. Jusqu’à présent, l’existence de l’humanité était considérée comme allant de soi malgré la menace atomique. Aujourd’hui, un écroulement démographique est envisageable : déjà la population de pays comme la Russie diminue d’année en année…
     Par ailleurs, en fait d’égalité et de démocratie, n’allons pas vers une humanité à deux vitesses ? Certains privilégiés naitraient artificiellement améliorés et d’autres resteraient vulnérables à tous les maux, comme papa et maman. Quels seront dès lors les rapports entre ces deux catégories de citoyens ?
     A la limite, le remplacement de l’humanité par une catégorie supérieure est envisageable, comme l’homo sapiens sapiens de la préhistoire a remplacé l’homme de Néanderthal.

     La situation n’a pas échappé à des scientifiques de haut niveau conscients de leurs responsabilités comme le biologiste Jacques Testart, le « père » d’Amandine, le premier bébé éprouvette. Il dit (1) :
« Les droits de l’humanité ont fait l’objet d’une prise de conscience en matière écologique. En ce qui concerne la bioéthique, on en est encore loin. Pour préserver l’avenir de l’humanité, il faut inventer des limites aux actions individuelles. »
     Plutôt que faire appel à des experts qui manqueraient peut être d’objectivité, il pense à des conférences de citoyens, tirés au sort, représentatifs de divers milieux et philosophies et ayant reçu avant de délibérer un minimum de formation préalable.

     Le philosophe Rémi Brague lui répond : « Que faut il faire pour que l’aventure humaine se poursuive de façon légitime, pour que puissent vivre mieux que nous ceux dont la future existence dépend de nous ? » Il ajoute : »Nous souffrons d’une renonciation à l’usage de la raison. En se repliant derrière la ligne Maginot de sciences plus ou moins dures, on risque d’abandonner à l’irrationnel le domaine de la pratique humaine. »
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Je m’arrête là car le débat n’en finirait pas mais je suis heureux de retrouver ici, exprimé différemment, mon plaidoyer sur le principe de précaution à appliquer en priorité à ce domaine proprement vital.
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Jean Delaunay
(1) La Croix du 22 avril
Jacques Testart

Rémi Brague