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Le billet de la semaine
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Demande de Brevet de Pension
08/11/2006
Un modèle de dignité et de civisme pour les citoyens d'aujourd'hui !


Département de l’Ain
District de Saint-Rambert
Commune de Saint-Rambert

Demande de Brevet de Pension

Citoyens Commissaires aux Secours publics
Bureau des blessés
6° division

       Je me nomme Jean-François Bubatton. Je suis né dans la commune de Saint-Rambert. Je vais atteindre ma 23e année. J'ai porté des armes au service de ma Patrie, d'abord en qualité de fusiliers, puis comme caporal.
      Le 16 Vendémiaire An II, dans la forêt de Bienval, qui faisait partie des lignes de Lauterbourg, dans une action très chaude, suite d'une attaque de l’ennemi, j'ai été atteint d'un coup de feu à oeil gauche
      L’art de la chirurgie n'a pu sauver cet organe. Comble de fortune, le droit en est sensiblement altéré.
      Incapable de servir davantage, j'ai demandé au Conseil d'administration de mon Bataillon mon congé absolu. Il me l'a accordé le 18 Floréal de l’An II.
      Je n'avais pas 3 ans quand j'ai perdu mon père. Son héritage ne consiste qu’en une petite maison sans autre ressource. Ma mère ne peut m'être utile; à peine le travail de ses mains peut-il suffire à ses premiers besoins et à ceux de ma sœur.
      Cependant, j’avais résolu de ne solliciter aucun secours de la Nation, déjà surchargée par des dépenses considérables auxquelles elle est obligée de faire face à chaque instant et je me livrais assidûment à mon état de perruquier.
      Mais mon oeil droit s'affaiblit si sensiblement que je ne peut travailler que quelques heures de suite, ce qui me donne l’effrayante perspective d'être aveugle dans peu d’années.
      Je me détermine donc à solliciter les bienfaits de la Nation. Mon courage et mon civisme me les ont mérités ; ma blessure les assure.
      Je viens en conséquence vous demander, Citoyens Commissaires, que
vu :
1°/ le congé absolu qui m'a été délivré le 18 Floréal de l’An II par le Conseil d'Administration du 1° Bataillon de l’Ain, en ce moment encadré dans la 191e Demi- Brigade, lequel constate que ma cessation de service est la suite d'un coup de feu.
2°/ le certificat qui m'a été délivré par cette 191e Demi-Brigade, le 20 Nivôse dernier, attestant de mon courage et mon civisme.
3°/ et enfin, le certificat des citoyens Brun et Billet, officiers de santé, en date du 9 Floréal dernier, visé par la Municipalité et le District duquel il résulte la perte de mon oeil gauche et l’altération sensible du droit…
       vous m'accorderez, par forme d'indemnité, la pension annuelle de 365 livres, à raison de 20 sols par jour, conformément à l'article 8 du décret du 6 Juin 1793, et cela, à compter du premier Vendémiaire de l'année courante.
      Je ne serai tenu d'imputer aucun provisoire. Je n'en ai point demandé. Je n’en demanderai aucun.
      Je vous prie de me faire accorder ma demande aussi promptement que vous le permettra la multiplicité de vos occupations.

Fait à Saint-Rambert, le 1° Prairial de la 3° année Républicaine.

Signé JF Bubatton

PS Je ne vous adresse que des expéditions des pièces que je vous ai ci-dessus désignées dans la crainte que les originaux ne vinssent à s'égarer. Mais vous devez y ajouter foi entière, les ayant fait viser par le Directoire de mon District.
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