http://www.francevaleurs.org

Le billet de la semaine
Retour
12/03/2014
Journal de bord d’une descente aux enfers médiatique

      Jean Marie Le Méné est le président de la Fondation Jérôme Lejeune.
Il raconte sa récente expérience des studios.


L'avortement a subitement débarqué en janvier comme un coup de vent, non signalé par les prévisionnistes patentés... En hâte, il a fallu capeler le suroît, monter sur le pont et affronter le mauvais temps.et piquer du nez.

Le grand journal de Canal + ou les jeux du cirque
      Prié d’arriver une heure trop tôt. Ni bonjour, ni bonsoir. Parqué dans une cage à tourner en rond. Avec un gâteau sec et un verre d’eau pour exciter la bête. A l'heure dite. poussé dans le tunnel. La trappe est levée. Vas-y ! Taureau dans l'arène, ébloui par le soleil. Souris pour les chats qui s'amusent sans la tuer. Applaudissements du public télécommandés par le présentateur. Ne plus réfléchir, ni faire réfléchir l'interlocuteur. Brutal rapport de forces. S'en tenir à ses réflexes. Guerre des slogans. Lâcher quelques missiles. Difficile de faire des phrases de plus de trois mots. Seul objectif : présenter une cohérence sans faille. Avortement zéro. Bachelot n'imaginait quand même pas ça. T'énerve pas Roselyne ! Avant la naissance, un cœur qui bat, comme vous et moi ? C'en est trop. C’en est trop ! Le présentateur appuie sur la touche «huer». Amenez le brancard et poubelle ! Le public jubile.

Europe 1 ou l'insulte de Julie
      Débat contre la présidente du Planning familial. Avec des militantes septuagénaires qui récitent au téléphone leur catéchisme féministe. «Et le viol ?». Ne pas céder d'un millimètre. Parce qu'après, ce sera : «et la santé de la mère ?». Puis : «et la malformation de l'enfant ?», etc. Les défenseurs de la vie téléphonent autant que les promoteurs de l'avortement. Ils sont jeunes, eux. Pourquoi sont-ils deux fois moins nombreux à passer à l'antenne ? Quand je quitte le studio, Julie, présentatrice historique d'Europe 1, à ce qu'il paraît, hurle dans mon dos un retentissant : «connard !». Tout l'open space a entendu. La personne qui m’accompagne me dissuade de lui répondre. J’exige de voir le directeur des programmes. « Tout va bien, me dit-il, ça n'est pas passé à l’antenne. » Pas un mot d'excuse. Il attend peut-être que je le remercie. J’aurais préféré au contraire que l'insulte passe à l'antenne ! Mais leur courage ne va pas jusque-là.

BFM TV ou le dialogue de sourds
      Dans le studio, le journaliste est accueillant. Je suis opposé à la députée PS Axelle Lemaire, en duplex à l'Assemblée nationale. Elle est auteur de l'amendement qui supprime la condition de détresse pour avorter. Selon elle, la détresse serait une concession de Simone Veil pour que la droite catholique de l'époque accepte de voter le droit à l'avortement. Elle a sans doute raison, hélas ! Mais ça ne correspondrait plus à rien aujourd'hui. D'où le toilettage nécessaire de la loi qui ne changera pas grand-chose dans la vie des femmes.
Je lâche mes chevaux de bataille : la détresse montre qu'il ne s'agit pas d'un droit mais d'une dérogation, enlever cette notion va renforcer l'eugénisme notamment sur le critère du sexe, comme en Grande Bretagne, et surtout la loi infligera deux ans de prison à ceux qui tenteront de dissuader les femmes de l'avortement, ce qui constitue une atteinte à la liberté d'expression. Dialogue de sourds. Il faudrait la contrer sur tout. Pas le temps !

La chaine parlementaire ou le bal des féministes
      Surprise d'affronter deux féministes, une conseillère PS de Paris inconnue au bataillon et une vieille connaissance, Fiammetta Venner, la compagne de Caroline Fourest. Tout un programme. Je suis heureux d'avoir à mes côtés le député UMP Philippe Gosselin que j'aime bien. Patatras ! Quand on lui demande pourquoi il a soutenu, avec seize collègues de l'Entente parlementaire, un amendement visant le déremboursement de l’IVG par l'assurance maladie, il se dégonfle. Amendement coup de gueule, amendement d'appel, se défend-il. Mais aucune intention de concrétiser. C'est malin ! Faut dire qu'ils se sont fait houspiller par Debré et les vieux UMP. Je reprends la balle au bond en faisant remarquer que d'autres pays se posent la question comme la Suisse par exemple. Car la grossesse n'est pas une maladie. Souligner que les féministes ne disent pas la vérité aux femmes sur la nature de l'acte abortif qui fait mourir des êtres humains avant la naissance, ça porte. Fiammetta Venner insinue que je suis antisémite puisque 9 millions de morts depuis 40 ans, c'est plus que 6 millions de Juifs ! CQFD !

LCI ou le pacte droite/ gauche sur l’avortement.
      Style policé de l'émission. Le contraire de Canal Plus. Un invité, le député PS Denaja, rapporteur de la loi, écoute aimablement sans interrompre. Deux contradicteurs l'interrogent. Je commence avec mon tiercé gagnant : pas de droit à l'avortement ; porte-ouverte à l'eugénisme ; deux ans de prison pour celui qui dit la vérité. Le deuxième contradicteur est la députée UMP Claude-Greff, ancien ministre de la famille, qui d'emblée proclame son attachement à l'avortement, avant de replacer le débat à un niveau politicien. Vous n'avez sorti ces amendements que pour diviser la droite, dit-elle. Mais non, mais non, répond son homologue socialiste. Echange à fleurets mouchetés entre collègues de la même boutique qui se tutoient, s'embrassent et n'ont aucune envie de se disputer sur un non-sujet pour eux Que faire ? M'opposer aux deux en même temps ? Ils sont doux comme des agneaux. C'est la fin de la semaine. Ils ne pensent qu'à rejoindre leur circonscription. Et puis j'en ai assez de jouer à Cyrano. L'insignifiance de la droite est le drame de la France.
***
Paru dans « Permanences »
La revue d’Ichtus N0 514/515

La reue Permanences