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Le billet de la semaine
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05/03/2014
A propos du principe de précaution

      J’ai souvent écrit que l’introduction du principe de précaution dans la Constitution me paraissait une véritable trahison de la condition humaine.
      Bien entendu, je traverse dans les clous, j’évite de toucher un fil électrique dénudé et j’ai appris à mes descendants à mettre un chapeau et à emporter une gourde d’eau pour marcher l’été en montagne...
      Cela dit, pour moi, toute vie d’homme ou de femme est une aventure qui implique la prise (mesurée) de risques lesquels donnent justement son sel à l’existence.
S’il avait porté le principe de précaution en sautoir, Christophe Colomb n’aurait jamais découvert l’Amérique… (Peut-être même que l’espèce humaine aurait disparu car appeler un enfant à la vie représente, quand on y pense, la prise d’une somme de risques considérables pour lui et pour ses géniteurs…)
      Malheureusement, le législateur a décidé d’inscrire ce principe dans la Constitution Française. Or, c’est dans l’application à géométrie variable de ce principe, que le bât blesse, c'est-à-dire que les contradictions et les incohérences socio politiques foisonnent.
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      L’interdiction des recherches sur l’exploitation du gaz de schiste et celle de la culture des OGM sous la pression des militants écologistes représentent deux exemples parmi les plus connus de l’application stricte du principe alors même que la nocivité de l’un et de l’autre n’est pas établie avec autant de certitude que celle de l’amiante…ou du tabac.
      On peut citer aussi la réduction drastique de notre parc de centrales nucléaires alors que les énergies de remplacement n’ont pas encore fait leurs preuves et que leurs performances semblent avoir été très exagérées par les Verts.

      Je peux cependant comprendre qu’une majorité de parlementaires se soit trouvée pour éviter de faire courir des risques matériels abusifs aux générations qui nous succéderont.
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      Je m’indigne d’autant plus que la même majorité soit restée et demeure aveugle, sourde ou autiste devant les dangers non évaluables (et à mon sens mortels) que les lois votées ou en préparation contiennent en germe dans le domaine humain.

      L’on connaît déjà (quand du moins on accepte d’écouter ou de lire les rapports correspondants) le drame que constitue l’avortement pour beaucoup des femmes concernées. L’application du principe de précaution dans ce domaine justifierait qu’on essaye de limiter le nombre des IVG (plus de 200.000 chaque année) avec un accompagnement adapté et bienveillant des femmes en difficulté.
      Or, si l’on légifère actuellement dans ce domaine, c’est au contraire pour sanctionner toute entrave à l’avortement.(sic)

      L’on mesure tous les jours les souffrances des enfants victimes du divorce de leurs parents et les perturbations durables qui s’ensuivent. Quand on a, comme moi, l’expérience des prisons, on connaît le lien étroit qui existe entre défaut d’éducation et délinquance.
      Or, répète depuis des années la sociologue Evelyne Sullerot, « la famille représente le principal amortisseur des difficultés sociales ». L’on devrait donc, au nom de principe de précaution, aider la famille à jouer son rôle. C’est l’inverse qui se produit : l’accès au divorce est facilité et le ministre de l’Education Nationale assigne à l’Ecole le rôle d’arracher les enfants au déterminisme de leur milieu et de leur éducation, sous-entendu en contrecarrant l’influence des parents.

      L’on sait aussi les difficultés psychologiques de certains enfants adoptés en mal de recherche de leur origine. L’on devrait donc tout mettre en œuvre pour les aider et limiter le nombre de victimes potentielles de ce malaise. Or, c’est le contraire qui se prépare avec des aberrations morales et sociales comme la gestation pour autrui et la procréation médicalement assistée qui risquent d’amener au monde des enfants déboussolés dès la naissance.

      La population française vieillit et de grandes misères menacent ou atteignent déjà les anciens qui mériteraient de finir leurs vies diminués, c’est le destin de tous, mais tranquilles. Or, les lois à l’étude sur le thème du pseudo droit de mourir dans la dignité risquent de perturber le psychisme de certains vieillards ; ils seront en effet en droit de se demander à chaque instant si tel geste anodin d’une gentille soignante ne masque pas leur mort programmée pour débarrasser la société d’ex citoyens devenus non seulement inutiles mais coûteux.
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      De grâce, Messieurs et Mesdames les législateurs attachés au principe de précaution, soyez cohérents avec vous-mêmes, ayez le bon sens et l’honnêteté de l’appliquer à tous les domaines de la vie sociale… Non seulement ne le limitez pas au domaine des OGM mais ayez à cœur de le considérer comme central dans le domaine humain.
Jean Delaunay     

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