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Le billet de la semaine
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05/02/2014
A propos de la famille

      Mon curé de Haute Savoie me demande un bref article sur « La Famille » pour son bulletin paroissial. Cela tombe bien ! Pour France-Valeurs, j’en fais un billet de la semaine en y ajoutant des éléments d’actualité. JD.

      « Ce m’est facile de dire du bien de la famille car nous sommes gâtés dans et par la nôtre. Nos 20 ° et 21 ° arrière-petits enfants sont annoncés. Nos descendants sont charmants avec nous, ils s’entendent bien et ont la même conception que nous d’un bonheur tout simple qui n’empêche pas certains d’endurer de rudes épreuves.
      C’est donc les yeux ouverts sur notre réalité familiale que j’écris depuis trente ans : la famille est le pilier de la société… C’est le lieu privilégié de la transmission des valeurs de vie … dont l’amour reçu et donné (à commencer par l’Amour de Dieu), le partage, le respect, le service, le pardon… A ce titre, c’est aussi le principal amortisseur des difficultés sociales parce que c’est le lieu des premiers affrontements entre jeunes personnalités différentes qui apprennent à gérer leurs conflits à la maison dans une relative paix.
      Dans cet esprit, je répète que le meilleur legs que des parents puissent faire à leurs enfants, c’est celui d’un capital-bonheur né d’une vie de famille harmonieuse.
     Malheureusement, bien que nous soyons nombreux à avoir cette conception et à en vivre, ce n’est pas le cas de tous : le divorce entraine de grandes souffrances, entre autres chez les enfants… Des frères et sœurs se détestent. Les familles monoparentales ont bien du mal à vivre et beaucoup d’anciens sont délaissés...

     Au lieu de se replier sur elles-mêmes, que les familles heureuses acceptent donc d’aller vers les autres. C’est ainsi qu’elles rayonneront et que, pas à pas, par elles, l’Amour triomphera. »
Jean Delaunay

***

     Je ne voulais pas évoquer la politique dans un bulletin paroissial mais, sur le site de France-Valeurs, je peux continuer à vider mon sac sans précautions abusives.
     Oui, la Famille, ou plutôt les familles, ce sont tout cela, et elles recèlent encore bien d’autres merveilles mais, en même temps, elles sont gravement malades.
     Malades d’abord par la faute de certains maris et de certaines femmes. Saisis par le vertige libertaire qui secoue la France et l’Occident, près de la moitié des parents oublient leurs devoirs, trahissent leurs engagements, abandonnent leur conjoint et demandent le divorce lequel aboutit nécessairement à d’immenses souffrances, notamment pour leurs enfants.
      Moins grave mais très préoccupant aussi, des parents qui travaillent tous les deux s’en culpabilisent et élèvent leurs enfants avec tendresse mais parfois sans son nécessaire complément qui est l’exigence. D’où, s’ajoutant aux précédentes, de fréquentes crises d’adolescents élevés dès le berceau sans de suffisants butoirs, et des cas nombreux de suicides de jeunes.
      Tout cela est dans l’air du temps et cette mentalité est entretenue par les séries télé qui décrivent ces situations de divorces, de crises et de familles recomposées comme normales.

     Dans un contexte aussi dégradé, se manifeste la volonté gouvernementale opiniâtre et d’autant plus effrayante, de changer la civilisation. Après bien d’autres, j’analyse cette funeste entreprise dans la première partie de mon dernier livre « En écho à Saint EX », je n’y reviens donc pas ici.

     Je constate cependant que mes craintes étaient fondées, qu’après le vote du mariage pour tous, l’on vient de banaliser encore l’accès à l’avortement, que l’on parle à nouveau (et entre autres) de gestation pour autrui, de PMA et d’euthanasie. Quant à la soi-disant querelle sur la théorie du genre enseigné à l’école et au démenti officiel qui a suivi, ils me plongent dans l’inquiétude.

      Voilà qui relance à bon droit la réaction de santé de nombreux Français qui faisaient campagne depuis des mois pour inciter le gouvernement à revoir sa position. Il ne leur a été opposé qu’un autisme méprisant et on affecte même de les assimiler à d’autres protestataires, violents ceux-là, qui menacent la démocratie et contre lesquels elle serait en droit de se défendre.
     Face à une situation aussi bloquée, la visite du Chef de l’Etat au Vatican semblant n’avoir donné lieu qu’à un dialogue de sourds sur le « respect de la dignité humaine », la question du « Que faire ? » se pose pour nous , défenseurs de la Famille dans son acception la plus noble, celle que j’évoquais en débutant.
     En ce qui me concerne, fidèle à l’idéal qui m’animait quand j’ai fondé « France-Valeurs », celui de toute ma vie, je crois que notre devoir nous impose de résister pacifiquement mais de façon déterminée et dans la durée à cette entreprise de démolition absurde, littéralement suicidaire.
     C’est pour cela que je suis de tout cœur avec les nouveaux marcheurs pour la Famille.
Jean Delaunay

***



PS
Simple clin d’œil sans rapport aucun avec l’actualité

En cet instant, me reviennent par hasard à la mémoire les vers de Victor Hugo opposant farouche à Napoléon III, vers non pas appris à l’école, ceux- là, mais recueillis de la bouche de mon père, féru, lui de transmission des valeurs.

Ultima verba (Les châtiments)

... Quand même grandirait l'abjection publique
A ce point d'adorer l'exécrable trompeur;
Quand même l'Angleterre et même l'Amérique
Diraient à l'exilé : - Va-t'en ! Nous avons peur !

Quand même nous serions comme la feuille morte,
Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous;
Quand le proscrit devrait s'enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous;

Quand le désert, où Dieu contre l'homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés;

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !

Mes nobles compagnons, je garde votre culte;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte;
Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit!

Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.

Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !

Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste,
O France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla;
S'il en demeure dix, je serai le dixième;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.